Macron prépare une nouvelle disparition pour un fleuron industriel français

L’ex-DCNS, devenu Naval Group, fleuron industriel français, devrait progressivement être intégré à un « Airbus » maritime. C’était l’objet même du voyage de Bruno Le Maire et de Florence Parly en Italie, la semaine dernière. Après la cession d’Alstom, Macron a donc décidé de sceller un sort européen à un nouveau groupe industriel français…

L’information est passée inaperçue. Mais, dans le long roman des Chantiers Navals de l’Atlantique, le gouvernement français vient de franchir une nouvelle étape: celle du rapprochement avec l’italien Fincantieri. Jeudi dernier, Bruno Le Maire et Florence Parly ont rencontré leurs homologues cisalpins pour évoquer le dossier.  

Un fleuron industriel de moins en France

L’intention du gouvernement est claire: au nom de la mythique taille critique, les Chantiers Navals devenus Naval Group doivent « se rapprocher » d’autres acteurs. Autrement dit, c’est le début de la vente à l’encan. 

Comme le dit le communiqué du gouvernement:

Cette alliance permettra la construction d’un projet industriel et commercial solide entre les deux groupes. Celui-ci se concrétisera notamment par la conception et la réalisation conjointes de bâtiments de surface, dont le bâtiment de soutien et de ravitaillement devrait être un premier exemple.

Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! Progressivement, donc, la savoir-faire stratégique français devrait être intégré à un ensemble européen où la France ne sera plus majoritaire. 

On notera en effet que le tour de table de l’ensemble n’est pas encore acté. Mais Fincantieri devrait, avec l’Italie, réclamer au moins 50% dans cet ensemble, comme l’entreprise italienne l’avait revendiqué au printemps 2017.

La manie macronienne des alliances léonines

Les salariés de Naval Group peuvent quand même se faire quelques soucis s’ils s’intéressent à la précédente expérience d’alliance: le rapprochement entre Alstom et Siemens. L’opération fut présentée il y a six mois comme une grande réussite française par Bruno Le Maire. 

« Je prends mes responsabilités parce que je crois à cette fusion. Je crois qu’elle est bonne pour le pays, bonne pour la France »

Six mois plus tard, les syndicats français sont vent debout contre le projet de filialisation présenté par Siemens. Selon eux, Siemens n’a guère de projet industriel pour l’entité française, et cherche seulement à récupérer du dividende. 

Chacun pensera ce qu’il voudra de cette perception syndicale. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement français accepte un dispositif où Siemens détient 50% du capital, et 6voix sur 11 au conseil d’administration…

Voilà qui en dit long sur la capacité de l’actuelle majorité à préserver les intérêts durables des entités industrielles qu’elle ne croit plus viable dans l’espace de nos frontières. 

Macron intoxiqué par une idéalisation de la mondialisation?

Dans un monde capitaliste « normal », les entreprises jouent le jeu de la concurrence pour se développer. Dans le capitalisme français, la concurrence est perçue comme négative, et les pouvoirs publics préfèrent la contourner en nouant des stratégies d’alliance avec les autres acteurs du marché. Contre la nature du capitalisme, le gouvernement français tend donc à monter des cartels. 

C’est un réflexe propre à nos hauts fonctionnaires partis pantoufler dans le privé. Cette caste de managers étrangère à l’esprit d’entreprise considère que les affaires doivent allègrement s’affranchir des règles concurrentielles pour atteindre la « taille critique » et affronter la mondialisation. Macron, qui adore jouer l’Européen, l’homme du marché unique, n’échappe pas à ce réflexe monopolistique qui percute les valeurs qu’il prône. 

Cette éthique du cartel a un prix. Les entreprises étrangères qui s’entendent proposer des alliances sont en position de force pour négocier face à une France demandeuse. Nos énarques au pouvoir croient faire oeuvre utile en agissant de la sorte. Ils placent systématiquement nos fleurons industriels en position de faiblesse en se présentant, à la façon des bourgeois de Calais, avec une corde sur le cou.

Leur aveu d’impuissance à relever le défi de la concurrence industrielle a beau se réfugier derrière le discours théorique de la « taille critique ». Il n’en constitue pas moins un suicide industriel assisté qui permet à nos concurrents de faire main basse à bon compte et sans coup férir sur l’ossature de notre histoire industrielle. 

Ne nous leurrons pas, la caste arrogante au pouvoir porte une écrasante responsabilité dans le naufrage industriel du pays. Tout cela au nom des bienfaits de la mondialisation, bien entendu. 

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