Macron recourt-il à la pipolisation de la vie politique pour contourner le débat public?

Le mandat d’Emmanuel Macron entre de plein pied dans une logique de pipolisation (on nous pardonnera, espérons-le, cet anglicisme contestable). Ce glissement ne répond pas seulement à une intention du Président. Elle correspond aussi à une demande de l’opinion publique. Est-ce le signe d’une fatigue collective vis-à-vis du débat public?

La pipolisation du régime est aujourd’hui incontestable. Elle s’accroît, jour après jour, probablement dans des proportions jamais atteintes jusqu’ici, ni sous Mitterrand, ni sous Sarkozy, ni sous Hollande. 

La pipolisation par le dîner mondain

S’il fallait enregistrer un seul signal de cette pipolisation à l’extrême, le dîner avec les créateurs de mode organisé lundi soir à l’Élysée serait celui-là. On en lira avec intérêt le compte-rendu dans Gala, puisque ce site mondain est désormais le lieu de l’information politique.  

Un rendez-vous immanquable pour les plus grandes figures de cette filière qui rapporte des milliards d’euros chaque année. L’occa­sion pour le très discret Mathieu Barthe­lat Colin, le styliste person­nel de la Première dame, de poser aux côtés de Brigitte Macron et de la célèbre ancienne rédac­trice en chef du maga­zine Vogue US, Anna Wintour. Sur son compte Insta­gram, le styliste a ainsi partagé un cliché de cette rencontre au sommet : « Merci mon dieu, je l’ai fait ! Une soirée incroyable, merci, merci, merci », a-t-il écrit.

Plus pipole que ça, tu meurs! Où l’on découvre que la femme du Président dispose d’un styliste personnel!

Le gouvernement par le dîner mondain est en marche. 

Mais on pourrait ajouter à cet exemple l’engouement que suscitent Gertrude, Cunégonde, Rosine et Colette, les poules du Président qui errent dans les allées de l’Élysée depuis le dernier salon de l’agriculture. Celles-ci sont devenues des objets d’information. 

Macron tire-t-il un profit politique de cette pipolisation?

Pendant ce temps, les annonces de réforme s’enchaînent. Plus personne n’a vraiment le temps de les décortiquer ni de les comprendre. Après la formation professionnelle lundi, c’était au tour de la réforme pénale mardi. Tout le temps passé à évoquer les poules et les dîners est toujours ça de pris sur le temps des débats les plus houleux.

En soi, la méthode réussit plutôt au Président puisque, selon toute vraisemblance, même la réforme de la SNCF devrait passer sans encombre. 

L’opinion est-elle fatiguée de la politique?

Reste à comprendre pour quelle raison les Français se laissent aller à cette pipolisation avec autant de complaisance. Il serait erroné de croire que ce phénomène est ourdi par la presse. Celle-ci est de fait aujourd’hui débordée par une attente forte de son public.

Il suffit de voir l’engouement pour l’affaire Maelys, ou pour l’affaire Alexia. Les tragédies privées, le spectacle des passions humaines, font salle pleine. En revanche, les dossiers politiques passent au second plan, y compris lorsqu’ils arrachent des larmes. L’indifférence de l’opinion française pour l’affaire de la Gouta en dit long sur ce point. 

Devons-nous en déduire que les Français sont fatigués d’être des citoyens? que l’ère Macron et le cycle électoral de l’an dernier les a plongés dans une hyperactivité politique qui les a lassés?

Toujours est-il que l’appréhension des grands phénomènes collectifs les intéresse désormais beaucoup moins (mais pour un temps qui sera sans doute bref) que les passions individuelles… 

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