Macron toujours à reculons sur son programme

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Article écrit pour le Figaro Vox

Emmanuel Macron a dévoilé, paraît-il, son programme économique et social, qui s’appelle plutôt “premières orientations” de son projet. Le texte, qui n’est pas disponible sur son site de campagne, complète partiellement les discours et le livre du candidat. Il oblige à s’interroger sur l’épaisseur du candidat face aux enjeux auxquels il se frotte.

De premières propositions en premières orientations

Dans tous les cas, le programme de Macron se fait attendre. Les plus bienveillants vis-à-vis de ce chouchou médiatique diront qu’il adopte tous les codes du teasing Apple pour vendre un nouveau modèle d’Iphone, à cette nuance près qu’il s’agit ici de la politique de la nation et pas d’un produit de grande consommation. Les plus persifleurs verront leurs doutes confirmés sur l’épaisseur idéologique du candidat et sur sa véritable cortication. A-t-il une vision pour la France, ou empile-t-il les études marketing pour savoir ce que les Français ont envie ou sont prêts à entendre, et pour mesurer les caractéristiques possibles de son “offre différenciante” par rapport à ses rivaux?

Poser la question, c’est probablement y répondre.

Macron slalome en hors piste

Ce qui est sûr, c’est que Macron évite soigneusement les sujets qui fâchent et qui seraient susceptibles de le fâcher avec une partie de son électorat putatif. Il ne prend par exemple aucune position sur les finances publiques: faut-il augmenter les impôts? les diminuer? dans quelle proportion faut-il baisser la part de la dépense publique dans la richesse nationale?

Ce n’est pas en lisant le programme de Macron que l’on trouve des réponses à ces questions essentielles. Elles déterminent en effet le financement de tout programme une fois arrivé au pouvoir. Là encore, les plus optimistes diront que Macron ne veut s’interdire aucune hypothèse. Les plus sceptiques se conforteront dans la conviction que Macron demande un blanc-seing pour faire ce qu’il veut une fois vainqueur, s’il devait gagner. Ce qui est une façon bien ancienne et bien peu prometteuse d’être “moderne”.

À ce stade, en tout cas, Macron refuse de skier sur les pistes officielles et choisit des chemins de traverse pour avancer ses idées.

Des propositions encore extérieures au “comment on fera”

D’où le sentiment qui émane aujourd’hui du candidat: il aligne les propositions flatteuses, séduisantes, mais il se garde bien d’entrer dans le détail des mises en oeuvre. La vente, en quelque sorte, n’a pas encore commencé.

Par exemple, les propositions de Macron sur les retraites. Aujourd’hui, on surfe sur une vague sympathique: les assurés sociaux doivent pouvoir partir à la retraite à l’âge de leur choix, suggère le candidat. L’idée n’est pas nouvelle et même est bien connue: elle s’appelle la retraite notionnelle. Elle est mise en oeuvre en Suède et en Italie. Dans le cas de l’Italie, le basculement du système de répartition (proche du système français actuel) vers le nouveau dispositif s’étage sur une période de 40 ans. En Suède, le gouvernement a dû renoncer à appliquer la réforme sous sa forme pure et dure car elle conduisait à baisser autoritairement le niveau des pensions versées.

Ce qui compte, dans la réforme systémique des retraites, c’est bien entendu d’expliquer clairement aux Français ce vers quoi ils se destinent, et comment on fera pour y arriver. Sur tous ces points, Macron reste muet, et c’est démocratiquement gênant. Une chose est en effet d’adhérer à l’idée, autre chose est de la réussir ensemble.

Macron a-t-il senti les sujets de 2017?

Pour le reste, on se pose quelques questions sur le flair politique du bonhomme. Son programme apporte des réponses à des questions qui se posaient déjà lorsqu’il était ministre, et sur lesquelles il n’innove pas vraiment. Sa proposition d’assouplir les 35 heures par accords d’entreprise ou de branche est désormais vieille comme le monde, et ne répond pas aux questions qui agitent les entrepreneurs (les vrais, pas les inspecteurs généraux des finances passés par la banque).

Par exemple, Macron propose des mesures en faveur de l’investissement privé. Bravo! mais quelle porte ouverte enfoncée avec fracas! mais le sujet des entrepreneurs en 2017 n’est pas, ou pas seulement, bien loin de là, l’accès à l’investissement. Il suffit de lire les chiffres de l’INSEE pour comprendre que l’enjeu majeur des entreprises se situe sous les 80.000 euros et n’est pas de nature financière.

En revanche, les entrepreneurs français sont étranglés par la complexité réglementaire, qui ne cesse de s’approfondir, de proliférer, d’empirer. Et vas-y que je te mette une couche de pénibilité, vas-y que j’y ajoute un compte personnel d’activité, et que j’aggrave le tout avec un prélèvement à la source qui sera dévastateur pour les frais de gestion des entreprises.

Que propose Macron sur ces sujets brûlants, qui sont autant de freins à la prise de risque en France, et qui se poseront probablement avec acuité en 2017?

Manifestement, les études marketing menées par son équipe n’ont pas encore identifié le sujet, et le candidat n’en dit rien de particulier.

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