Maëlys, Bendaoud: la justice saisie par la culture de l’excuse

L’actualité a juxtaposé le même jour le dénouement de la tragique affaire Maëlys, et celui de l’affaire Jawal Bendaoud, le logeur de Daesh. Dans les deux cas, la justice paraît étonnamment clémente pour ceux qui commettent le crime, et étonnamment méprisante pour ceux qui le subissent. La culture de l’excuse atteint ici son paroxysme.

La culture de l’excuse a une particularité: elle atténue toujours la culpabilité de celui ou de celle qui s’en prend aux symboles de la civilisation occidentale, et elle soupçonne toujours cette civilisation d’être responsable des malheurs qui la frappent. La justice nous a offert hier deux visages de cette culture de l’excuse. 

L’étrange indulgence pour le tueur d’enfants

Dans l’affaire Maëlys, les tribulations de Nordahl Lelandais n’ont plus de secret pour le spectateur moyen. Celui qui a avoué hier avoir enlevé et tué une petite fille innocente a demandé à plusieurs reprises depuis l’été dernier sa remise en liberté, sous prétexte qu’il était innocent. 

Les caméras de télévision ont retransmis hier en direct une scène hallucinante: le procureur de la République a expliqué que le corps de l’enfant venait d’être en partie retrouvé. Sa relation des faits en apparence objective lui a permis de donner la version exposée par celui qui venait de passer aux aveux. Officiellement, l’acte était involontaire. 

Puis, de façon hallucinante, l’avocat de la défense a pris sa place et a profité de cette tribune pour plaider la cause de son client. Et sous nos yeux, le récit nous était porté d’un prévenu qui s’effondrait en larmes en confessant son crime. 

La justice de la République offrait là une version des faits sans contradicteur et sans contradiction. Elle invitait, pour le compte du meurtrier, l’ensemble de la presse et offrait la possibilité d’un show à moindre frais. 

Pendant ce temps, les représentants de la victime étaient sous le choc de ces révélations. Ils n’étaient pas là pour contrebalancer la parole de l’accusé. 

Est-ce la vocation du parquet que de donner un micro complaisant à ceux qui tuent les enfants innocents? Est-ce sa vocation de ne pas donner la parole aux familles sans histoire frappées par le malheur, aux familles de cette majorité silencieuse qui subissent le crime? On a bien compris que, pour l’élite institutionnelle, ces familles-là incarnent depuis plusieurs décennies ce qui est détestable en France, ou ce dont il faut se méfier. On a bien compris que ceux qui s’attaquent à elles ont droit à l’indulgence ou à la complaisance. 

N’empêche…

L’étrange indulgence pour le logeur de Daesh

Passons à Jawal Bendaoud, le logeur de Daesh. 

Celui qui a fait les choux gras de la presse comparaissait aux côtés d’un certain Mohamed Soumah, qu’il avait rencontré en prison, et de Youssef Aït Boulahcen, cousin de l’un des terroristes. Ces deux compères ont été condamnés, pendant que le principal accusé était innocenté. 

Dans la pratique, un certain Mohamed Belkaïd, qui vit en Belgique, a appelé le 15 novembre 2015 la cousine du terroriste Abaaoud pour qu’elle trouve une solution de logement à celui-ci. La cousine (morte à Sant-Denis lors des opérations de police) en parle à son frère qui en parle à Soumah qui en parle à Bendaoud. L’intéressé accepte, moyennant finance, de louer son bouge de Saint-Denis aux terroristes. 

La Cour a relaxé Bendaoud de l’accusation d’aide aux terroristes, en partant du principe que les euros donnés au logeur avaient endormi sa curiosité. Il ne savait donc probablement pas qui il hébergeait. Donc il peut sortir de prison. 

On retrouve ici la culture de l’excuse sous ses deux visages récurrents dans les attentats. 

Premier point, tout concourt chaque fois à suggérer que les terroristes ont bénéficié au minimum d’une importante chaîne de solidarité dans la communauté musulmane d’Europe de l’Ouest. Au pire, ils étaient des maillons parmi d’autres d’un vaste réseau qui gangrène une part difficile à mesurer de l’Islam d’occident. Mais cette idée-là remet en cause la théorie rassurante de tueurs isolés dans un Islam pacifique. Donc, on écarte, on passe sous silence, on oublie. 

Quel était le rôle de ce Mohamed Belkaïd? Y avait-il une cellule de soutien logistique qui organisait les terroristes? Au nom de la lutte contre le complotisme, ces points sont systématiquement occultés. 

Deuxièmement, la sympathie des musulmans de France pour les terroristes est évidemment un tabou impossible à lever. Alors que, à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo, même les gauchistes les plus endurcis ont confessé leur malaise face aux rondes de joie qui ont eu lieu dans certains quartiers, la version officielle du « pas d’amalgame » s’est imposée avec force intimidation. La relaxe de Bendaoud participe de cet aveuglement volontaire qui cherche une excuse systématique, une atténuation coupable aux trahisons de ceux que la France accueille sur son sol. 

Donc, Bendaoud avait rencontré en prison des gens qui ont été appelés, au lendemain des attentats, par des soutiens belges aux terroristes. Ces gens connus de Bendaoud lui ont demandé d’héberger en urgence à titre payant des gens qu’il ne connaissait pas. Alors que la France était à la recherche de ces terroristes, bien entendu, on ne doit pas en vouloir à Bendaoud de n’avoir pas cherché à savoir si les gens qu’il hébergeait au pied levé, et qui lui étaient recommandés par des gens douteux, étaient ceux-là. 

C’est vrai quoi! on ne voit pas pourquoi les musulmans de France seraient sommés de se désolidariser des terroristes! on ne voit pas pourquoi on leur demanderait de prendre leur part dans la lutte contre le terrorisme! On n’imagine pas que Bendaoud, qui a connu l’intermédiaire de cette opération dans une prison où nombre de jeunes musulmans se « radicalisent », ait pu avoir des soupçons sur les inconnus qui lui étaient recommandés. 

On vous le dit: les musulmans de France sont des victimes du colonialisme et de l’islamophobie. Aucun compte ne doit leur être tenu de la violence qui sévit au nom de l’Islam. Aucun reproche ne peut leur être adressé quand ils prêtent leur concours direct ou indirect au soutien du terrorisme.  

C’est cela, la culture de l’excuse: les bourreaux sont des victimes, et leurs amis des ignorants. Les victimes sont responsables des actes de leurs bourreaux.

1 commentaire sur Maëlys, Bendaoud: la justice saisie par la culture de l’excuse

  1. article clair et fort. La culture de l’excuse est partout, sauf pour des gens comme Fillon, pour lesquels cela devient la culture de l’accablement. Coupable de défendre des valeurs et non de faire table rase des valeurs.
    Entre excuse et accablement se trouve normalement la justice. La justice n’est ni l’une ni l’autre.

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