En Marche rattrapé par la vieille politique, par Eric Verhaeghe

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Combien de temps En Marche pourra-t-il faire vivre la fiction d’un fonctionnement nouveau et horizontal avec un président jupitérien et des logiques institutionnelles de la Vè République qui poussent à des réflexes majoritaires? L’actualité est en train d’en donner, en temps réel, le récit…

Une procédure En Marche déjà pipeautée

Depuis plusieurs jours, la colère gronde dans les rangs d’En Marche, parmi les 13.000 candidats déçus de l’investiture. On leur avait dit que tout serait transparent. Ils découvrent soudain que leur définition de la transparence n’est pas la même que celle de Jean-Paul Delevoye, chargé des investitures dans le mouvement. Les critères de choix, qui doivent aboutir à des investitures paritaires et sur une bonne moitié de circonscriptions proposées à la société civile (personne ne dit si elles sont gagnables ou non), sont restés connus du seul Delevoye…

Un discret accord électoral avec le PS?

Et puis il y a les non-dits… devinés avec la candidature d’Emmanuel Valls. Alors que les candidatures doivent être déposées en préfecture la semaine prochaine, certains convertis de dernière minute adoreraient faire valoir leurs privilèges d’élus sortants, au mépris des règles édictées par En Marche. On s’en amuse par avance!

En effet, la perspective législative d’En Marche n’est pas exactement la même avec une investiture accordée aux 80 députés socialistes sortants qui veulent rejoindre le mouvement, tous susceptibles de conserver leur circonscription grâce à leur nouvelle étiquette, qu’avec des investitures d’inconnus affrontant le député sortant, de gauche lui aussi. C’est par exemple le cas, à Paris, avec des députés sortants comme Jean-Marie Le Guen ou Daniel Vaillant (on verra aujourd’hui si Cambadélis suit la même logique). Bien implantés sur leur circonscription, ces vieux briscards pourraient apporter de précieux fauteuils à l’Assemblée à un mouvement qui n’en a aucun aujourd’hui.

Pas de chance! les 80 députés en question ont attendu cette semaine pour manifester leur désir tout à fait désintéressé (comme dit Vaillant) de rejoindre la majorité présidentielle.

Renier ou non ses principes?

Pour En Marche, il va donc falloir sortir de l’ambiguïté.

Soit le mouvement préserve ses principes affichés et valide les 577 noms qu’il a arrêté. Et, dans ces cas, il envoie à l’abattoir des candidats souvent inexpérimentés face à de vieux briscards, au risque de perdre finalement le siège convoité au bénéfice d’une triangulaire qui profitera à un autre parti. L’objectif est noble, mais il ne concourt pas à la précieuse majorité parlementaire dont le Président aura besoin pour mettre en oeuvre un programme déjà contesté. Rappelons qu’en l’état les projections donnent 220 sièges à En Marche, pour une majorité placée à 289 sièges.

Soit, compte tenu de cette projection, En Marche (et c’est cette option qui semble privilégiée aujourd’hui) préfère s’adjoindre les 80 sortants socialistes qui frappent au portillon. Politiquement, ce calcul se tient, parce qu’il permettra d’approcher la majorité absolue à l’Assemblée si tout se passe bien. Mais… il va falloir, moins d’une semaine après la victoire, expliquer aux électeurs qu’on les a bien eus et que le renouvellement “jusqu’au bout” a tenu le temps des promesses, mais n’a plus sa place dans l’exercice du pouvoir.

Et En Marche préparera alors le savant reniement de ses engagements: plus de parité avec les femmes, avec la société civile, plus de renouvellement.

Personne ne sait quelles seront les conséquences sur l’électorat de cette mise précoce au placard des promesses si souvent répétées comme paroles christiques ces derniers mois.

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