Marine Le Pen face au gouvernement profond

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Bien sûr, il y a le petit jeu du chat et de la souris entre Marine Le Pen et les “institutionnels” sur le mode du “c’est vilain de faire ça”. Mais, au-delà de ce simple sujet, une question plus sérieuse, moins fardée, se pose: celle de la capacité de nos “démocraties”, sous l’emprise de gouvernements profonds, à accepter l’arrivée au pouvoir de mouvements de rupture. Je me risque aujourd’hui à traiter cette question “sur la ligne de crête”, en la déminant au maximum.

Pourquoi je n’aime pas Marine Le Pen

Je suis bien obligé de commencer par cette mise au point, pour dissiper tout doute sur la partialité de cet article.

À de nombreux égards, Marine Le Pen incarne tout ce que je n’aime pas. Le simple fait qu’elle ait reçu son parti en héritage de son père est une source d’agacement. Je peine d’ailleurs à comprendre que des petites gens, notamment dans le Nord, ceux dont je suis issu, se laissent duper par ce genre de mise en scène. Marine Le Pen n’a jamais “travaillé” au sens où ils l’entendent, elle n’a jamais frayé avec les pauvres, et c’est un déchirement de voir qu’elle soit parvenu à leur faire croire le contraire.

Quant au programme économique du Front National, j’ai commencé à dire ce que j’en pensais. Il est aberrant, moins sur les questions d’euro que sur le poids qu’il fera porter aux entreprises. Créer une nouvelle branche de la sécurité sociale est une folie. Je me souviens d’avoir débattu un soir avec le conseiller économique de Marine Le Pen qui proposait de taxer les robots, exactement comme Benoît Hamon. Tout cela est suicidaire.

Pourquoi l’attitude du gouvernement profond face à Marine Le Pen embarrasse

Maintenant, il est vrai que ce que j’appelle le gouvernement profond déteste aussi Marine Le Pen et multiplie les agissements pour empêcher son arrivée au pouvoir. Son programme constitue en effet un danger éminent et imminent: sortie de l’euro, probable Frexit, et reprise en main de l’appareil d’Etat. Si l’on admet que ce gouvernement profond procède d’une délicate et complexe connivence entre la technostructure et le grand capitalisme, alors on mesure en quoi l’arrivée plausible de Marine Le Pen à l’Elysée constitue une menace pour l’état de fait existant.

On notera que, à sa manière, François Fillon porte un projet qui constitue une menace semblable dans ses effets, même sur un autre registre. La remise en cause d’un certain nombre de logiques étatistes, comme celle de la sécurité sociale, a autant inquiété le gouvernement profond que le programme de Marine Le Pen.

Marine Le Pen, comme François Fillon, sont étrangement soumis au même tir d’artillerie, selon les mêmes ficelles: dénigrement dans la presse, qui tourne en boucle, opérations judiciaires qui tombent fort à propos, attaques sous la ceinture émanant des candidats adoubés par le gouvernement profond. Cette similitude suscite deux embarras.

Le premier est que l’on n’aime pas les théories du complot (et il n’y a pas de complot, seulement une réaction collective au risque de voir un candidat du danger gagner). Mais enfin la célérité de la justice concernant les deux candidats de droite en tête des sondages il y a deux mois ne peut pas ne pas poser question. C’est pile-poil pendant la campagne électorale que ces dossiers sont mis en selle, quand d’autres sont laissés en jachère. En admettant même que ces affaires surgissent pour des raisons purement techniques, il n’est pas possible que les magistrats ne s’aperçoivent pas que les calendriers “techniques” percutent le libre jeu de la démocratie.

Et c’est le deuxième embarras: autant un combat à la loyale, à visage découvert, avec des arguments qui portent, serait acceptable. Autant l’utilisation de l’Etat de droit à des fins aussi évidentes mais aussi tues ne peut que mettre mal à l’aise les démocrates qui se disent que la fin ne justifie pas les moyens.

Qui met réellement la démocratie en péril?

À titre personnel, je n’ai jamais cru à la “dédiabolisation” du Front National, et je suis convaincu que l’entourage de Marine Le Pen est constitué de gens dangereux. J’ai coutume de répéter qu’en cas de victoire du Front, une Nuit des Longs Couteaux s’en suivrait et que Philippot, idiot alors devenu inutile, subirait le même sort que Röhm en 1934.

Malheureusement, un danger plus immédiat nous guette: l’appropriation de l’appareil d’Etat qui bloque toute réforme à son détriment. J’adorerais m’abandonner à de grands griefs sur le totalitarisme lepenien en gestation. Mais je suis bien obligé de constater qu’avant d’y parvenir, il me faut traverser la couche de cet autre totalitarisme à l’oeuvre, plus actif et plus avancé, qui est celui de notre régime actuel. Sous couvert de protection et de solidarité, il a multiplié les rêts qui mettent en servitude le peuple français, et qui le convainquent, dans un fascinant syndrome de Stockholm, de protéger ses bourreaux.

Le deal qui est passé aujourd’hui est simple: je me gave sur le dos du peuple à force d’euro, de réglementations liberticides, de subventions dans tous les sens qui créent du chômage et de la stagnation économique. Pour faire passer la pilule, je multiplie les aides sociales et les aumônes financées par les classes moyennes. Et surtout, ne nous gonflez pas à vos conneries de démocratie.

La réaction nobiliaire du gouvernement profond

En réalité, nous vivons une réaction nobiliaire face à l’émergence de partis disruptifs, au sens politique du terme. Le Front National veut changer de système, alors le gouvernement profond devient nerveux et ne se cache plus pour reprendre la situation en main et préserver ses intérêts.

D’un côté, il fabrique de toutes pièces un Emmanuel Macron dont la principale mission consistera, s’il est élu, à habiller l’immobilisme avec le costume du changement.

D’un autre côté, il envoie les juges discréditer les candidats qui gênent. Et c’est ici que la subordination du parquet à la chancellerie rend impossible d’échapper au sentiment de la partialité au moins subjective de la justice. Oui, le parquet financier émane du pouvoir. Oui, le parquet est soumis au ministre. C’est ainsi en France, et personne ne peut l’ignorer: les procureurs sont forcément suspects lorsqu’ils agissent pendant une campagne présidentielle.

L’étrange ambiguïté de Marine Le Pen sur l’appareil d’Etat

Face à cette réaction nobiliaire, la stratégie politique de Marine Le Pen surprend. Elle devrait naturellement se méfier de l’appareil d’Etat, qui ne lui sera jamais acquis. Sauf à pratiquer des purges profondes, la technostructure fera barrage à la mise en place de sa politique.

La logique voudrait donc que le Front National propose des réformes libérales. Mais c’est le contraire qui fait le sel de son programme. La révolution nationale proposée par Marine Le Pen est d’essence étatiste.

On comprend évidemment vers quelle confrontation nous nous dirigerions si Marine Le Pen était élue. Pour vaincre les résistances du gouvernement profond, elle serait obligée, comme en 1940, de basculer dans une aventure autoritaire dont nous ne connaissons pas l’issue. Ses propos sur les fonctionnaires et leur responsabilité en annoncent la couleur.

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6 commentaires sur Marine Le Pen face au gouvernement profond

    • Bonjour,
      En quoi taxer les robots serait-il juste et légitime ?
      Pourquoi alors ne pas taxer les machines outils qui remplacent tant d’ouvriers manuels au chômage ?
      Pourquoi ne pas taxer les chaînes de production automatiques, qui remplacent tant de travail à la chaîne ingrat et abrutissant mais qui pourrait être fait par de bons ouvriers esclaves de leur patron exploiteur ?
      Pourquoi ne pas taxer les excavatrices et autres tractpelles qui volent injustement le travail de solides gaillards ?
      Pourquoi ne pas taxer ces horribles ordinateurs qui permettent de s’informer quasi gratuitement au détriment des gentils journalistes ou bibliothécaires ?
      Bref, pourquoi ne pas tout taxer puisque la doctrine de ces gens est “le progrès est néfaste et crée le chômage” ?

  1. Bonjour, merci pour votre newsletter que je trouve toujours fort interessante, je me permet un commentaire ci après ;

    D’abord le candidat Fillon n’a rien a voir avec MLP, ni même dans ses rapports au “système” ; ne serait ce que parcequ’il participe aux réunions du groupe Bildeberg, partie emmergée de ce que vous appelez le gouvernement profond je crois, qu’il admet être incontournable et donc contre lequel il ne se battra certainement pas…(ce qui n’empêche que ledit gvt profond préfère Macron a Fillon assurément..)

    Ensuite je suis étonné que vous n’envisagiez pas l’élection (peu probable mais quand même…) de MLP et la cohabitation immédiate a laquelle elle serait soumise.
    En effet, il parait évident , même si elle devait passer l’obstacle de cette élection présidentielle, qu’elle n’a pas les moyens humains pour être majoritaire a l’assemblée nationale (même avec un hypothétique ralliement de Dupont-Aignan), et donc qu’elle serait placée en cohabitation immédiate…D’aucuns persistent a croire que personne ne voudrait gouverner sous sa présidence, j’en doute fortement, un marocain ne se refuse pas…(sans aller jusqu’à évoquer Vichy !…)

    Il est dommage que personne n’envisage cette hypothèse , par peur certainement de dédiaboliser son avènement, pour autant, c’est un sujet particulièrement intéressant pour le fonctionnement des institutions françaises et européennes…

  2. 1/ Je croyais le propriétaire de ce blog ET intelligent ET honnête intellectuellement; il n’est ni l’un ni l’autre car établir des parallèles, même sur des sujets mineurs, entre F Fillon et M Le Pen, c’est quand même assez étrange … J’ajoute que, même si je vote et voterai Fillon, moi au contraire de Verhaege, j’aime M Le Pen car elle aime la France et moi aussi j’aime la France; Fillon aime la France; Mélenchon aime la France (pas de la même manière); “Macron La Crotte” N’AIME PAS LA FRANCE, pas plus que ses potes J Attali (qui considère la France comme un hôtel) ou A Minc ou P Lamy ou B Henri-Lévy (n’en tirez aucune conclusion hâtive: j’aime les Juifs de France, j’aime Israël, j’aime le peuple d’Israël)
    2/ Se disant “Nordiste” (je crois qu’on appelle désormais cette région “Les Hauts de France”), il se range désormais pour moi dans la longue lignée des alcooliques notoires ayant grandi sur les corons: Pierre Mauroy, Martine Aubry et tant d’autres.
    3/ Je remercie quand même ce pauvre homme car, grâce à lui, je vais pouvoir faire plus de sport puisque je n’aurai plus à m’imposer chaque jour la lecture de son blog.

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