Marseille, Catalogne: l’inquiétante mise en scène de la violence dans les démocraties libérales

Les démocraties libérales vivent un sale temps. À Marseille, l'émergence d'un Islam politique violent a fait deux morts et justifie encore un peu plus la militarisation croissante de l'espace civil. En Catalogne, les brutalités policières contre les opérations référendaires ressuscitent des spectres qu'on croyait impossibles. 

En apparence, bien entendu, tout ceci n'a rien à voir.

En plein débat sur la prolongation de l'état d'urgence et sur l'utilité de l'opération Sentinelle dont le principal effet consiste à militariser l'espace public, un agresseur tue au couteau deux femmes à Marseille avant d'être abattu par un soldat. Le même jour, la police espagnole ne ménage pas ses efforts pour semer la violence en Catalogne afin d'empêcher le referendum illégal qui s'y tient. On parle de 900 blessés dans la journée. 

La paradoxale lutte contre le terrorisme

Il existe en France un paradoxe sur la lutte contre le terrorisme. D'un côté, il est interdit d'expliquer que celui-ci repose sur l'expression violente d'un Islam politique, comme si la lutte contre le terrorisme ne pouvait dépasser la demi-mesure. De l'autre côté, nous sommes supposés admettre comme juste la militarisation progressive de la société civile et son placement sans véritable contre-pouvoir sous surveillance politique.

C'est l'objet même de la énième loi de lutte contre le terrorisme: inscrire dans le droit commun des dispositions liberticides sous couvert de la lutte contre le terrorisme. Ne pas surveiller les plus dangereux, car ce serait discriminatoire, mais surveiller tout le monde. 

C'est le paradoxe français: pour ne pas nuire à quelques-uns il vaut mieux nuire à tous. 

Le glissement progressif vers le liberticide

Entendons-nous: il est normal qu'un État organise sa défense en prenant des mesures adaptées à la lutte contre le terrorisme. Mais c'est bien le sujet qui pose problème: tout se passe, en France, comme s'il était interdit d'attaquer le mal à la racine et comme s'il valait mieux généraliser la surveillance à l'ensemble de la population. On en ressort avec ce sentiment de malaise où le terrorisme est instrumentalisé pour "blanchir" des règles liberticides sans viser les terroristes eux-mêmes. 

Et on ne citera même pas ici les "trous dans la raquette" dans l'évaluation interne, notamment pour tous les cas d'infiltrés qu'on croise régulièrement dans les attentats de ces dernières années. Tout ceci donne le sentiment d'une surveillance tournée vers les citoyens plus que vers les terroristes eux-mêmes. 

La violence policière en Catalogne

Parallèlement à cette montée de la surveillance généralisée et de la militarisation, les violences policières en Catalogne montrent un autre visage de la répression étatique.

Là encore, on pouvait comprendre que l'État central espagnol cherche à déjouer un vote illégal qui met son avenir en péril. Ce qui pose problème ici, encore une fois, c'est la mise en scène de la violence. Le Premier Ministre Rajoy a surjoué la scène en laissant ses policiers instaurer un climat de violence dans les bureaux de vote, comme si répandre des coups de matraque tenait lieu d'argumentation durable. Ce faisant, c'est bien un basculement politique qu'il a décidé: celui d'une réponse autoritaire à une requête démocratique. 

On n'épiloguera pas non sur le chemin que Rajoy fait parcourir à l'envers à tous les souverainistes qui tentent d'expliquer que la construction communautaire est la plus grande ennemie de la démocratie. Il faudra des années pour corriger l'image désastreuse qu'il vient de donner des États-nations.

On retiendra surtout qu'il a donné corps à la mauvaise pièce que les démocraties libérales commencent à jouer: celle d'une mise au pas des populations civiles sous différents prétextes. Mais peu à peu le voile se lève: l'exercice de l'autorité dans toute sa brutalité ne se dissimule plus et envahit la rue.

La mauvaise passe des démocraties libérales

Ce premier dimanche d'octobre restera donc dans les mémoires de la démocratie libérale comme un mauvais jour. Dans la grande tension des peuples que l'après-crise de 2008 suscite, les maux de notre société oblige les institutions étatiques à de mieux en mieux assumer leur violence, et à se raidir dans leurs projets orwelliens. 

2 commentaires sur Marseille, Catalogne: l’inquiétante mise en scène de la violence dans les démocraties libérales

  1. Ce ne sont ni des démocratie, ni des sociétés libérales.

    Démocratie : régime politique où la constitution n’est modifiable QUE par référendum, lequel peut être initié par une pétition de citoyens, aisément et sur tout sujet.

  2. Effectivement, mon premier commentaire sur l’attentat de Marseille a été “Une vraie bénédiction pour les fossoyeurs de la liberté!”.
    Concernant la Catalogne, on s’interroge sur l’étrange mansuétude à gauche envers un mouvement séparatiste qui n’est pas que libertaire, alors qu’ils n’ont jamais eu de mot trop durs pour le séparatisme en Italie du Nord.
    On s’interroge encore plus sur l’étrange stratégie de coup de force de Rajoy, alors qu’il aurait gagné haut la main un référendum légal, ce qui aurait mis un terme au débat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Quand les libéraux allemands persiflent déjà le passager clandestin Macron

Le vice-président des libéraux allemands Wolfgang Kubicki n'a pas hésité à se moquer d'Emmanuel Macron et de ses projets européens....

Fermer