Naval Energies : un mois après son ouverture, l’usine de Cherbourg prend l’eau, le gouvernement au coeur de la tempête

Naval Energies a annoncé la fermeture de l’entreprise de Cherbourg-en-Cotentin (Manche) seulement un mois et demi après son ouverture. La filière française de l’hydrolien prend un sacré coût et c’est un investissement de 250 millions d’euros, dont une partie d’argent public, qui est remis en question. La responsabilité du gouvernement français est directement mise en cause par l’entreprise, les syndicats et les élus locaux. 

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« Notre conseil d’administration vient de décider de mettre fin à nos investissements dans l’énergie hydrolienne. » Jeudi 26 juillet, Laurent Schneider Maunoury, président de Naval Energies, ex-Naval Group, annonçait la fermeture de l’usine de Cherbourg, un mois et demi après l’avoir inaugurée en grandes pompes. 

Pourtant, le secteur et l’activité semblaient prometteurs. Les hydroliennes permettent d’utiliser l’énergie des courants marins pour la transformer en électricité. D’ailleurs, la France dispose de l’un des courants les plus forts du Monde. Alors, comment cette opération, financée avec de l’argent public, a-t-elle pu se transformer, non pas en énergie, mais en véritable fiasco ?

Des commandes mais pas de marché

Dans son allocution, Laurent Schneider Maunoury explique que la décision n’a pas été facile à prendre mais qu’il faut « préserver les capacités de l’entreprise Naval Energies et ne pas l’affaiblir. »

Il aurait été déraisonnable de continuer d’investir à perte et nous allons à présent nous concentrer sur les deux autres lignes de produits.

Laurent Maunoury Schneider, président de Naval Energies

En clair, le président de Naval Energies explique que si l’usine avait été mise en fonction, l’opération n’aurait pas été favorable à l’entreprise. Pire, elle aurait été un boulet. Pourtant, cette dernière, qui devait employer une centaine de personnes, devait aussi avoir une production de 25 hydroliennes par an. 

Des commandes fermes avaient même été signées par le Canada et le Japon. Mais deux événements majeurs font que l’entreprise doit abandonner. Le premier est que la baisse des coûts de l’énergie n’avait pas été anticipée. En somme, l’énergie produite par d’autres outils comme l’éolien ou encore le photovoltaïque mettent, d’après Naval Energies, l’hydrolien « hors-course ».

Mais le groupe pointe aussi du doigt l’absence de marché. Naval Energies explique que « le marché pour l’hydrolien se ferme […]. Le décalage entre l’offre technologique et la demande du marché ne permet pas à l’industrie de financer seule les développements des marchés de production d’électricité. »

L’entreprise avait investi, depuis 2008, plus de 250 millions d’euros dans l’hydrolien.

Le gouvernement a-t-il failli ?

Parmi les éléments invoqués, plusieurs acteurs reviennent aussi sur le rôle qu’a eu, ou justement que n’a pas eu, l’Etat français. D’abord, ce dernier « ne prévoit que 100 à 150 MW installés d’ici 2028 soit seulement 50 hydroliennes environ ».

Les élus locaux soutiennent aussi cette thèse. Dans un entretien donné à La Manche Libre, Benoît Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin accuse directement le Gouvernement d’être responsable de cette décision, et de ce fiasco. Et c’est particulièrement le gouvernement Macron qui est mis en cause.

C’est une décision regrettable. Mais qui, finalement, est la conséquence des choix du gouvernement actuel qui, contrairement aux gouvernements précédents, notamment sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, fait le choix de ne pas donner sa chance à l’hydrolien. C’est un mauvais choix parce que c’était une filière en devenir. En tout cas, qui était capable d’apporter des réponses pour le mix énergétique français.

Benoît Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin

Et M. Arrivé de continuer en affirmant que « Nicolas Hulot a tué une filière d’avenir pour les énergies marines renouvelables. Un comble pour un ministre qui se veut écologiste. » 

Les syndicats n’y vont pas non plus de main morte. Pour la CFDT, le gouvernement est totalement fautif qui plus est « au lendemain de la COP 21« .

La CFDT condamne d’autant plus la décision du gouvernement que des engagements avaient été pris par l’ancienne majorité et qu’une usine a été construite à Cherbourg et inaugurée il y a quelques semaines seulement, grâce notamment au soutien des collectivités locales. On ne peut, au lendemain de la CPO21, balayer d’un revers de main une technologie que d’autres, ailleurs dans le monde, vont développer et peut-être nous revendre dans quelques années.

Communiqué de la CFDT Naval Group et Naval Energies du 27/07/2018

Laurent Berger a réaffirmé sa position quant aux énergies renouvelables. Il a aussi expliqué qu’elles doivent être comprises dans des processus à long termes et que des résultats rapides sont impossibles à obtenir. Par ailleurs, « la CFDT Naval Energies et la CFDT Naval Group attendent autre chose du gouvernement que des décisions qui mettent à mal l’environnement, l’avenir industriel d’une filière en démarrage et par voie de conséquence l’emploi. »

L’échec pourrait être beaucoup plus important si jamais c’était toute la filière française qui prenait fin. Comme nous le disions précédemment, Naval Groupe avait investi plus de 250 millions d’euros dans l’énergie hydrolien.

Et quand on sait que l’entreprise de Cherbourg est détenue à 60% par Naval Group et 34% par le fonds SPI de la BPI France, la banque PUBLIQUE d’investissement de France, on observe un mieux comment est géré l’argent du contribuable.

Le groupe réfléchit maintenant à la reconversion du bâtiment flambant neuf de 5 500m² où neuf personnes travaillaient déjà à la production de deux hydroliennes. Cette seule usine aurait coûté entre 10 et 15 millions d’euros.

2 commentaires sur Naval Energies : un mois après son ouverture, l’usine de Cherbourg prend l’eau, le gouvernement au coeur de la tempête

  1. Au même titre que le barrage de la Rance a toujours eu plus de jours de maintenance par an que de jours de fonctionnement, n’importe qui ayant passé sa jeunesse au bord de la mer aurait pu dire à tous ces aimables esthètes que seul l’échec se trouve au bout de ce chemin.

    Entre corrosion, attaque par couplage electrolytique, collage des coquillages sur les parties immergées, croissance des algues, joint explosés et le reste, croire que ce type de bidule pourrait avoir ne serait-ce qu’une seule chance contre la nature est… contre nature.

    C’est bien là toute la quadrature du cercle de l’ingénierie française, quand ça marche (très rarement), ça donne des choses comme le Concorde, et quand ça foire (la plupart du temps), le contribuable éponge les conneries de gens qui se croient, à tort, très au-dessus du lot – pire encore : on les laissera recommencer (et échouer aux frais de la princesse.)

  2. Il y a des gens au gouvernement qui ont su faire les bons calculs, il faut les remercier.

    Les annonces tonitruantes faites par les universitaires en 2007 (« 2 Giga Watts dans le Raz Blanchard »), ont été mal comprises. Il s’agit bien de 2 GW, mais répartis dans tout le Raz Blanchard.

    Une hydrolienne idéale de 16 m de diamètre placée dans un courant idéal de 4 m/s récupérerait, au maximum de la limite de Betz, une puissance de 4 MW. Les Open Hydro pourront produire de 1 à 2 MW chacune, ce n’est pas mal du tout.

    Mais pour sortir 2 GW du Raz-Blanchard, et remplacer ainsi un réacteur nucléaire, il faut donc 1000 hydroliennes de 2 MW : chacune aussi lourde qu’une locomotive de TGV, et chacune coûtant au moins 1 million d’Euro. Il faut donc trouver au moins 1 milliard d’euros pour la fabrication, plus quelques centaines de millions pour l’installation.

    Rajoutez le coût annuel de l’entretien de ces 1000 turbines immergées (corrosion, défauts de lubrification, algues, etc.). Sans doute des millions d’euros.

    Non, le coût du projet n’est pas « très élevé » : il est colossal. En l’absence de marché, il plomberait les finances de toute la région et ses partenaires pour longtemps.

    Avec seulement 250 millions d’euros perdus en 10 ans, DCNS s’en tire bien. Remarquez que l’hydrolien utilisé pour alimenter une île (comme le projet de Ouessant) reste une bonne idée : c’est le principe de grande ferme hydrolienne qui est mal conçu.

    Les édiles cherbourgeois et les responsables de DCNS devraient remercier le gouvernement, qui leur enlève ainsi une bien grosse épine du pied.

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