NDDL : quand policiers et gendarmes se tirent dans les pattes

Dernièrement, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, défendait la méthode avec laquelle il a fait « revenir l’état de droit » dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Seulement, des témoignages venant des forces de l’ordre viennent relancer le débat sur la bonne coopération entre la gendarmerie et les forces policières. 

On ne finit plus de parler de Notre-Dame-des-Landes. Le Monde rapporte que plusieurs démonstrations d’opérations de maintien de l’ordre avaient lieu au centre de d’entraînement de la gendarmerie à Saint-Astier, en Dordogne. L’occasion pour Gérard Collomb de défendre sa vision de l’ordre. Pour le ministre de l’Intérieur, « la période que nous vivons correspond à un moment de bascule, une occasion selon lui de revisiter nos techniques, notre doctrine ».

Par ailleurs, l’ex-maire de Lyon est revenu sur les nouvelles méthodes des forces de l’ordre. Ces dernières découlent toutes d’une meilleure communications entre toutes les unités, entre la police, la gendarmerie, les renseignements.

La gendarmerie d’abord, la police et les renseignements ensuite…

Le magazine de la gendarmerie, l’Essor, est revenu sur les enseignements à tirer des opérations policières à Notre-Dame-des-Landes. Outre l’utilisation de « moyens spéciaux » comme des véhicules blindés ou encore la neutralisation à distance d’un drone de zadiste, la publication revenait aussi la préparation des opérations. 

Des repérages avaient été fait avant même l’arrivée des forces de l’ordre. De même, l’article précise que des interpellations ciblées ont été réalisées grâce au travail des renseignements. 

La Gendarmerie compte désormais engager de manière systématique deux officiers de police judiciaire par escadron de gendarmerie mobile lors d’opérations de maintien de l’ordre.

Et pourtant, il semblerait que de nombreux couacs entre les forces de l’ordre présentes aient eu lieu. Gaspard Renard, journaliste pour Médiacités, a pu avoir accès à une toute autre version. 

La ZAD étant située en zone gendarmerie, c’est cette dernière qui est chargée d’y assurer la sécurité et de faire le travail de renseignement. Mais, fatalement, les policiers du Renseignement Territorial s’intéressent aussi à ce qui s’y passe, le sujet ayant des répercussions à Nantes, notamment lorsque des manifestations sont organisées.

Officiellement, policiers et gendarmes doivent centraliser toutes leurs informations au SCRT (Service central du renseignement territorial) à Paris pour avoir une vue d’ensemble. Seulement, il s’agit de la théorie. En pratique, les gendarmes auraient tendance à ne partager leurs informations qu’avec leurs homologues.

Certes, ils informent leur hiérarchie, le SCRT à Paris, mais uniquement leur homologue gendarme, en s’arrangeant pour que la numéro 2 du service, commissaire-générale (aujourd’hui partie à l’Inspection générale de la Police Nationale, la « police des police », ndlr), ne le sache pas. C’est quasi quotidien.

Une guéguerre visible sur le terrain !

Seulement, ces querelles ne sont pas restées en interne très longtemps. Le journaliste rapporte qu’elles ont aussi longuement entaché les opérations d’évacuation à Notre-Dame-des-Landes, créant au passage, plusieurs failles qu’ont pu utiliser les zadistes.

Lors de la venue d’Edouard Philippe dans la ZAD le 13 janvier dernier, seuls les gendarmes étaient au fait. Seulement, l’information n’a jamais été partagée. La police n’en sera informée que deux heures avant la venue du premier Ministre.

Plus marquant encore, il est arrivé que la gendarmerie mette physiquement des bâtons dans les roues de la police. Lorsque la préfète de de Loire-Atlantique venaient inspecter les travaux de destruction de la route des chicanes, les policiers n’ont simplement pas été admis sur les lieux par les gendarmes. 

Il aura fallu négocier au plus haut niveau pour que ces derniers puissent finalement accéder à la zone. Ils ont tendance à noircir la situation de la ZAD en exagérant le caractère dangereux de certains zadistes.

Tous ces couacs et ces complications viennent expliquer en partie pourquoi les évacuations ont pris tant de temps. Mais aussi peut-être pourquoi les forces policières ont dû faire usage de la force. Une autre issue aurait-elle été possible si la coordination avait-été meilleure ? Impossible à dire…

 

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