Non, la multiplication des CDD ne sert pas aux entreprises à réduire les coûts

Contrairement aux idées reçues, le poids financier du CDD par rapport au CDI n'est invoqué que par moins de la moitié des entreprises qui recrutent. Le rapport de la DARES évoque plutôt un moyen de combler un manque d'effectif sur une courte période, ou de tester les compétences d'un salarié avant de l'embaucher pour une longue durée. 

Ce graphique tiré du rapport sur les relations de travail et contrats de moins d'un mois, publié par l'Unédic (l'association qui gère l'assurance chômage en France), montre bien l'explosion depuis 16 ans du nombre de contrats à durée déterminée de mois d'un mois. Elle précise aussi la durée médiane des CDD échus en 2012. Parmi les secteurs qui utilisent les contrats les plus courts, on retrouve en premier les arts, spectacles et activités récréatives, puis les métiers de l'édition, de l'audiovisuel et de diffusion. Les activités pour la santé humaine montent sur la 3e marche du podium. A titre indicatif, les métiers de l'hébergement et de la restauration sont dans la moyenne basse avec environ une vingtaine de jours par contrat. 

Eviter la réglementation du CDI n'est pas le premier motif de recrutement en CDD

Lorsque l'on interroge les établissements sur leurs pratiques en matière de recrutement et sur ce qui les pousse à préférer le CDD au CDI, 69% indiquent un besoin limité dans le temps. La deuxième raison est la possibilité d'évaluer les compétences d'une personne en vue d'une possible embauche en CDI. Ainsi, le CDD s'apparente plutôt à une période d'essai étendue du salarié. Pour autant, cela n'est pas non plus une promesse d'embauche assurée. 

A l'inverse, lorsque l'on demande aux employeurs si leur volonté de recruter en CDD était inhérente au fait de vouloir éviter la réglementation du CDI (qui intègre des coûts financiers en cas de licenciement, avec des formalités importantes en cas de rupture de contrat, et les incertitudes en cas de recours), seuls 45% des sondés ont répondu favorablement. 

Des pratiques qui varient selon la configuration de l'entreprise

Cependant, on observe aussi que ces affirmations concernant le CDD ont tendance a varier selon la taille de l'établissement, le secteur de l'entreprise et la catégorie socio-professionnelle du poste à pourvoir. Ainsi, les sociétés qui possèdent entre 1 et 9 salariés confessent à 55% utiliser le CDD pour contourner la réglementation du CDI ! De l'autre côté, seulement 19% des groupes de 200 salariés ou plus corroborent ce motif. 

Quant à ceux qui ont le plus tendance à multiplier les CDD pour appréhender un besoin limité dans le temps, on retrouve en tête les administrations publiques, l'enseignement et le secteur de la santé. 

Cette dernière statistique est un clin d'oeil d'autant plus amusant que le gouvernement souhaite imposer un système de bonus-malus aux entreprises qui ont tendance à favoriser la multiplication des CDD par rapport à des contrats de longue durée type CDI. 

Le cas de Wafa Dahman et France Télévisions

Entre 2004 et 2014, la journaliste Wafa Dahman travaille pour 38 bureaux de France 3. En 10 ans, elle a cumulé 450 CDD, allant d'un mois à une journée. Elle a assigné en justice son employeur pour multiplication de CDD, et discrimination raciale.

 “J’ai demandé à de nombreuses reprises ma titularisation au sein de France Télévisions. En vain. C’était refus sur refus, je n’avais droit à aucune justification.”

Un éventuel arrangement devait avoir lieu ce 12 octobre au tribunal, mais aucune information ne nous est parvenue. “Si la discrimination n’est pas reconnue dans la négociation, j’irais jusqu’au bout”, affirme Wafa Dahman.

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