Nos élus sont-ils des délégués syndicaux ? (par Didier Picot)

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L’INSEE a révélé récemment que les fonctionnaires gagnaient environ 10% de plus que la moyenne de la population, pour un temps de travail inférieur. Belle progression quand on sait d’où ils sont partis. Dès lors, peut-on penser que nos élus sont des délégués syndicaux ?

Dans cette première Lettre Basque, je vais vous raconter comment les Parisiens qui nous gouvernent ont mis en place une machine parfaitement huilée pour augmenter le nombre et la rémunération des fonctionnaires territoriaux et détourner au profit de leur groupe social, les fonctionnaires, une part chaque jour grandissante de la richesse des Français.

Un évènement important ici au Pays Basque a peut-être échappé à votre radar : depuis le 1er janvier 2017, les 158 communes et 300 000 habitants du Pays Basque sont désormais regroupés au sein d’une seule entité administrative, “l’Agglomération Pays Basque”.  La loi NOTRe, dite troisième acte de la décentralisation, est connue pour avoir réduit le nombre de régions, moins pour avoir réduit le nombre d’intercommunalités par la constitution de méga-intercommunalités.

En 2014, l’adroit préfet des Pyrénées Atlantiques, Pierre-André Durand a proposé aux élus basques de renouer avec une reconnaissance administrative dont le Pays Basque avait été privé depuis 1789, date à laquelle nos bienaimés députés l’avaient soumis à la tutelle des Béarnais au sein des “Basses Pyrénées”. Les élus, enchantés, ont voté pour à 70%. La population, elle, s’est inquiétée que ce nouveau “machin” n’annonce une nouvelle hausse des coûts et des impôts. 

Ils avaient raison parce que cette méga-agglomération est bel et bien une machine à augmenter les coûts et à transférer de la richesse du monde marchand vers le secteur public, des citoyens vers les fonctionnaires. Voici comment ça marche.

1/ Lorsqu’on fusionne des organisations, les coûts de structure augmentent. C’est ce qu’on appelle le rendement décroissant de la fonction administrative, concept bien connu des économistes et des fonctionnaires, mais largement ignoré du reste de la population et de ses élus. Dans nos administrations modèle armée napoléonienne en effet,  la structure et donc le coût d’encadrement d’une organisation de mille personnes sont supérieurs à la somme de ceux de deux organisations de cinq cents personnes. La Cour des Comptes a révélé que dans 93% des cas, la création des intercommunalités a généré des augmentations de coûts. Depuis 1980, le nombre de fonctionnaires territoriaux a augmenté quatre fois plus vite que la population. Donc, en promouvant les regroupements des intercommunalités et des régions avec la loi NOTRe, nos dirigeants organisent l’augmentation du nombre d’agents publics.

2/ Les grilles de salaire des fonctionnaires augmentent en fonction de la taille de l’organisation dans laquelle ils travaillent. Les frais de personnel vont donc augmenter mécaniquement avec l’avènement de notre Agglo et de notre région agrandie : la Nouvelle Aquitaine.

3/ Enfin, la loi fait obligation d’unifier les conditions des agents : à travail égal, salaire égal, c’est logique. Or, dans les 10 intercommunalités maintenant regroupées au sein de l’Agglo Pays Basque, la durée de travail, les rémunérations, les avantages annexes varient : certains sont moins bien payés, d’autres ont un temps de travail inférieur, etc. A votre avis, va-t-on standardiser salaires, temps de travail, avantages sur le niveau le plus défavorable aux agents, sur un niveau médian (ce qui bénéficierait à certains et en pénaliseraient d’autres), ou sur le niveau qui leur est le plus favorable ? Je vous donne un indice : les syndicats ont indiqué que le préavis de grève était déjà préparé au cas où leurs demandes ne seraient pas acceptées. Et les poubelles, ça sent vite mauvais.

Ainsi les élus locaux se trouvent-ils pris en étau entre :

  • des lois édictées par nos dirigeants politiques (qui sont presque tous fonctionnaires) dont l’effet mécanique est d’augmenter le nombre et la rémunération des fonctionnaires, et
  • des syndicats qui, s’appuyant sur le droit de grève revendicative (à peu près unique au monde) que leur confère le statut de fonctionnaire rédigé par la CGT en 1946, mettent le revolver sur la tempe des élus.

Car un élu qui serait tenté de défendre ses électeurs contre les visées des fonctionnaires le ferait à ses dépends. L’actualité politique récente montre en effet que tout personne qui représente un danger pour le pouvoir ou le bien-être des fonctionnaires, ou qui simplement dérange, est impitoyablement poursuivie en justice, sa réputation brisée, son honneur bafoué, ses finances mises à mal. Demandez à Mme Lagarde (lire Christine Lagarde ou le sparadrap du Capitaine Haddock) ou à François Fillon qui veut réduire le nombre de fonctionnaires et qui se retrouve cloué au pilori du Pénélopegate. 

Rappelons qu’il existe une différence fondamentale en matière de négociation syndicale: dans l’entreprise, le débat porte sur le partage de la richesse créée entre le patron et l’employé, entre le capital et le travail dirait Marx. Dans le secteur public où aucune richesse n’est créée, c’est un jeu à somme nulle : toute augmentation de la rémunération des agents se fait en ponctionnant la population. Partage de richesse créée dans l’entreprise, transfert de richesse dans la sphère publique.

Mais, après tout, peut-être nos fonctionnaires sont-ils nécessiteux ? La réponse est non, nous l’avons vu : les fonctionnaires gagnent maintenant en moyenne 2000€/an (10%) de plus que les non-fonctionnaires pour un temps de travail inférieur. Désormais, leurs rémunérations sont en moyenne supérieures à celles des citoyens. L’écart va continuer à se creuser et nos élus ne vont pas s’y opposer.

Alors, nos élus sont-ils des délégués syndicaux ? Non, leur rôle est de donner l’onction magnifique du vote démocratique à ce transfert de richesse de la population vers les fonctionnaires.

Une question : comment s’appelle un régime où une minorité (les fonctionnaires) contrôle tous les pouvoirs et tous les contre-pouvoirs, prive la représentation populaire de tout pouvoir effectif et s’approprie les richesses de la majorité ?

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