Oeil de Moscou : l’Assurance Maladie dévoile aux employeurs les motifs d’arrêt des salariés

Statistiques objectives pour challenger d’autres entreprises ou espionnage à grande échelle ? En tous cas, l’Assurance Maladie se lance dans une expérimentation surprenante. Elle dévoile aux entreprises des données que l’on pensait confidentielles : les motifs d’arrêts des salariés.

Pour l’instant, il ne s’agit que d’une expérimentation. Mais elle pose un certain nombre de questions. Laurent Bailly, responsable du département des services des assurés, est en charge du programme et à réaffirmé le caractère provisoire de la mesure. Seules quelques entreprises sont concernées en France, pour l’instant…

Un programme pour alerter sur les pratiques à risques

Pour Laurent Bailly, la mise en place d’un tel programme tient du bon sens. Il constate une explosion du nombre d’arrêts de travail dans les entreprises. Alors, il veut « les piquer au vif » en les confrontant à leurs propres manquements. Le programme va d’ailleurs particulièrement loin dans la confrontation. 

Pour encourager la prise de conscience, nous convertissons les absences en coût direct (valeur des salaires versés) et en coûts indirects (nous renvoyons à des études ayant calculé que ceux-ci atteignent un à quatre fois les coûts directs). 

Après Big Brother, La Secu is watching you !

Pas besoin d’être un expert en vie privée et confidentialité pour comprendre les risques qu’un tel programme fait planer. Ainsi, l’Assurance Maladie souhaite rendre visible une information que les documents Cerfa donnés aux entreprises rendait invisible : le motif de l’arrêt de travail. 

Laurent Bailly explique cibler « uniquement les arrêts pour troubles musculo-squelettiques (TMS), les lombalgies et ceux liés aux risques psychosociaux (RPS) », en somme, les motifs d’absences considérés comme « diplomatiques » dans l’esprit de tous. 

Pour autant, le chef du projet assure :

« qu’il n’est pas possible, même de manière indirecte, de tracer les personnes. Par ailleurs, nous nous focalisons uniquement sur les établissements de plus de deux cents salariés. Dans les plus petites sociétés, l’employeur pourrait trop facilement établir un lien évident avec tel ou tel collaborateur. »

Rassurant ? Pas vraiment car si le dispositif ne se porte « actuellement que sur cinq entreprises à Amiens, Bourg en Bresse, Marseille, Grenoble et l’une sur la Côte d’opale », une quarantaine d’entreprises devraient être suivies d’ici 2018.

Au cours de la discussion, Laurent Bailly s’est aussi confié sur le rôle de la Sécu dans la prise en charge des arrêts maladie. Ainsi, il affirme « qu’en l’absence de contrôle, nous parvenons à reconstituer la pathologie à partir des consultations et des remboursements de médicaments. Par exemple, si le salarié a vu un psychiatre et pris des antidépresseurs, on peut en conclure qu’il a été arrêté pour dépression. Ce sont des algorithmes qui font le travail. Ils ont été développés à l’origine par le service du contrôle médical, pour essayer de mieux prévoir les contrôles en fonction des pathologies. »

Qu’en dit la Commission nationale de l’informatique et des libertés? 

Nous n’avons pas de demande d’autorisation à effectuer auprès de la Cnil. Pour l’utilisation de de ces données à titre expérimental, nous sommes couverts par des décrets qui permettent une simple déclaration de conformité.  

2 commentaires sur Oeil de Moscou : l’Assurance Maladie dévoile aux employeurs les motifs d’arrêt des salariés

  1. Une tempête dans un vers d’eau: Le salarié ne travail pas tout seul dans son silo. Il a des collègues de travail, avec qui il entretien des relations (de travail et autres). Ils se parlent, échangent. L’information finit de toute façon par remonter aux RH/direction. La question est plutôt de savoir si ils y a un intérêt à compiler tout cela.

  2. Si l’environnement de travail était propice au bien être, au respect de l’intégrité physique et morale de tous, à la logique et la rationalité, à la bienveillance des uns envers les autres, il n’y aurait pas ce genre de situation.

    Expliquez plutôt aux soi-disants managers que stresser ou harceler ses collaborateurs est totalement contre productif, cela nous fera gagner du temps, de l’argent, de l’énergie à tous.
    Ils ne sont pas tous comme ça mais il faut reconnaître la mentalité et l’état d’esprit qui prédominent dans les entreprises où chacun est en compétition contre tous.

    La société capitaliste et tout se qui la compose amène uniquement la destruction, le mal, la mort. En attendant, les libertés sont chaques fois un peu plus diminuées, à quand l’arrestation d’un nourrisson par anticipation de ce qu’il pourrait faire à l’âge adulte compte tenu de son lieu de naissance, son origine ethnique, l’heure et le lieu de naissance ?

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