Ordonnances: guerre d’images dans l’État apparent

Les manifestations contre les ordonnances ont rassemblé entre 230.000 et 400.000 personnes dans l’ensemble du pays. Si on ne peut parler de succès de la CGT, qui appelait à la manifestation, on ne peut non plus parler d’échec. Pendant ce temps, le Président visitait les victimes de l’ouragan Irma. Une guerre d’images qui met symboliquement en scène un rapport de force entre le pouvoir et la rue. 

En apparence, la comédie se joue sous le regard des Français. D’un côté, des manifestants rebaptisés « fainéants » battent le pavé, avec une participation des Insoumis et une présence importante de fonctionnaires non concernés par le sujet. De l’autre, le Président de la République visite ses pauvres et ses victimes dans les îles. 

Le contraste fait office de slogans politiques. La lutte collective contre la protection de l’État qui s’étalent dans les journaux télévisés. Les Français seront-ils dupes de cette mise en scène où chacun joue un jeu cousu de fil blanc? 

Macron sous-estime les risques qu’il prend?

Beaucoup de commentateurs ont dressé un parallèle entre la loi El-Khomri et ses adversaires, et les ordonnances. Le parallèle est biaisé pour une raison simple: dans la protestation contre la loi El-Khomri, c’était Manuel Valls, le Premier Ministre, qui incarnait l’épouvantail. Dans les ordonnances, l’épouvantail s’appelle Emmanuel Macron et il est Président. 

Sur tous les fronts, l’hyper-présidence expose, plus encore que sous Nicolas Sarkozy, la personne présidentielle. Le fusible de Matignon n’existe plus. 

Emmanuel Macron devrait prendre la mesure du porte-à-faux dans lequel il se trouve. 

Les syndicats veulent-ils vraiment bloquer les ordonnances?

Pour l’instant, Emmanuel Macron peut surfer sur une vague où les organisations syndicales n’ont pas encore décidé de « casser la baraque ». Mailly a fait ce qu’il fallait pour limiter la mobilisation de ses troupes. La CFDT et la CGC, qui disent du mal des ordonnances, se gardent bien d’appeler à rejoindre la CGT. Martinez lui-même ne brille pas par une extrême détermination. 

Derrière les apparences, le rapport de force n’est donc pas aussi clair que les états-majors ne cherchent à le faire croire. Beaucoup se disent qu’ils peuvent obtenir des modulations favorables dans les textes d’application. Et puis ils n’avouent pas qu’ils ont obtenu l’essentiel: la préservation de leurs circuits de financement, notamment dans le domaine de la formation.

Voilà qui mérite bien une petite indulgence vis-à-vis du gouvernement. 

1 commentaire sur Ordonnances: guerre d’images dans l’État apparent

  1. Je ne peux pas m’empecher de penser que M.Macron a ete superieurement habile. Les modifications du Code du Travail, presque personne ne les a lues. Ceux qui l’ont fait notent des avancees et des reculs. Comme si les negociations avaient abouti a un compromis. Une degradation majeure est le considerable abaissement des seuils contraignant a la representation syndicale. Au profit, a tous les sems du terme , des Syndicats. Je pense que la lutte sera symbolique, les Syndicats doivent marquer leur combativite vis a vis de la base. Macron doit lui montrer qu’il bouge effectivement les choses. Bien joue. Mais il fera bien attention de ne pas toucher au regime des retraites, trop casse cou…

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