Papakonstantinou: “Goldman-Sachs a aidé tous les Européens à truquer leurs comptes”

Le rôle de Goldmann-Sachs dans la crise grecque a prêté à de nombreux fantasmes, comme celui de l'Allemagne d'ailleurs. Nous continuons l'interview de Georges Papakonstantinou, qui s'explique aujourd'hui sur ces sujets...

Assez curieusement, l'opinion française s'est emparée de la crise grecque non pas comme un sujet d'étude historique ou politique, mais comme un objet de preuve et de passion partisane pour ou contre l'euro, pour ou contre l'Europe, pour ou contre la finance internationale. Dans ce tourbillon d'enjeux plus ou moins irrationnels, des légendes urbaines sont tenaces. Par exemple, la banque Goldman Sachs aurait conspiré pour organiser la crise grecque. 

Goldman-Sachs et la crise grecque

La banque d'affaire Goldman-Sachs n'a aucune raison d'inspirer une sympathie ou une amitié particulière. De là à dire qu'elle est un repère d'illuminati qui manipulent le monde, il y a sans doute un "monde", voire une galaxie, voire plusieurs, à franchir avant d'y croire. Cette opinion s'est pourtant répandue ces dernières années dans certaines couches de l'opinion. 

Georges Papakonstantinou a le mérite de rappeler que l'intervention de Goldman-Sachs dans les comptes publics ne s'est pas limitée à la Grèce et qu'à aucun moment elle n'a conduit à dépouiller les États et les élus de leurs responsabilités. Au tournant des années 2000, la plupart des membres de l'Union a fait le choix d'abandonner les ficelles de la banque américaine. La Grèce a continué... jusqu'en 2009.

On s'étonnera de lire les délires conspirationnistes sur le sujet. D'un côté, certains considèrent que Goldman-Sachs a payé les dirigeants grecs pour cacher la réalité de leurs comptes. De l'autre, ceux-là mêmes qui ont mis fin à ces pratiques sont aujourd'hui accusés officiellement (c'est le cas de Papakonstantinou) par la justice grecque d'avoir volontairement grossi les chiffres des déficits. 

Par un étrange retournement de l'histoire, Syriza met en accusation ceux qui ont mis fin à la collaboration avec Goldman Sachs... sous le prétexte qu'ils auraient servi les intérêts de la finance internationale. C'est pourtant Syriza qui, en son temps, avait fait appel à la même finance internationale (en l'espèce Mathieu Pigasse et la banque Lazard) pour faire face à l'Allemagne. 

L'Allemagne et la crise grecque

Accessoirement, serait-on tenté de dire, Papakonstantinou rétablit la vérité de la position allemande dans la crise grecque. Contrairement à l'idée que les Français ont acquise, le principal obstacle à un sauvetage européen de la Grèce n'est pas venu du ministre allemand des Finances, la fameux Wolfgang Schaüble, mais d'Angela Merkel. 

Il faudra un jour reprendre à froid ces pages de notre histoire contemporaine commune pour comprendre l'impact réel d'Angela Merkel sur le destin des peuples européens. Peu à peu, en tout cas, se construit l'image d'une Chancelière dotée d'une faible compréhension des mécanismes financiers, manifestement dépassée par la crise survenue en 2008. 

Quand Tsipras et Varoufakis utilisaient la finance internationale

On l'a un peu vite oublié, mais Tsipras et Varoufakis, lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir, ont bien pris soin, comme les gouvernements grecs des années 90 et 2000, de s'entourer de banquiers internationaux pour enrichir leurs stratégie internationale. Simplement, ils ont abandonné Goldman Sachs au profit de Lazard et du Français Mathieu Pigasse

L'intéressé avait déjà conseillé la Grèce du temps de Papakonstantinou. Selon Challenges, la mission avait alors rapporté 25 millions € à la banque française.

On retiendra les enjeux symboliques et en partie imaginaires qui tournent autour de l'intervention des banques étrangères dans les comptes publiques. Si cette intervention est aujourd'hui incontournable, elle donne lieu à une bataille idéologique sur fond de fantasme. Tsipras est par exemple très occupé à nourrir l'idée que les banques américaines auraient gonflé les déficits pour pouvoir justifier un démantèlement de l'obèse secteur public grec.

Avec Tsipras, la Grèce est entrée de plein pied dans le monde des post-vérités officielles. 

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