Paris Habitat et ses petits mensonges de Toit à Toit

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Paris Habitat mérite-t-il (sans jeu de mots) le titre d’organisme le plus opaque de la Ville de Paris? Les innombrables révélations dont il fait l’objet le laissent à penser. L’office parisien de logement paraît une source inépuisable de petits mensonges et de gros arrangements qui transcendent les époques et les clivages politiques. De la droite à la gauche, le logement social subventionné constitue décidément un fromage à affinage long, et même très long.

Les petits mensonges de Toit à Toit

Paris Habitat s’est par exemple amusé la semaine dernière à communiquer sur son application mobile « De Toit à Toit » en délivrant une information sur la réalité de ses services dont on peine à identifier la traçabilité.

« A terme, l’objectif, c’est d’améliorer la relation client avec le locataire, poursuit le directeur des systèmes, d’économiser du papier et aussi de décongestionner les agences de proximité ». La mise en place a nécessité un investissement de 80 000 € d’investissement et six mois de travail avec un éditeur de logiciel.

80.000€ d’investissement et six mois de travail? Vraiment?

Cette description idyllique, qui laisse à penser que Paris Habitat est une start-up et fonctionne en mode projet ne paraît pas parfaitement conforme à la réalité.

Y a-t-il eu un marché public pour cette application?

Première interrogation: comment Paris Habitat a-t-elle contracté avec un éditeur de logiciels pour constituer cette application miracle à 80.000€ d’investissement? On a beau fouiller le Bulletin Officiel des Annonces des Marchés Publics, la trace de l’opération est complexe à suivre. En revanche, elle permet de reconstituer le fil des marchés lancés par Paris Habitat pour assurer ses relations avec ses clients – c’est-à-dire les locataires des logements sociaux.

On retrouve par exemple, en 2010, une prestation de conseil pour un réseau social de locataires. Cette opération, pour un montant de 152.000 euros, fut attribuée à Actimage. On le voit, et la date et le montant de l’opération excède largement la théorie de l’application montée en six mois pour 80.000 euros. En réalité, l’application de Paris Habitat couronne sous forme numérique et applicative une série d’investissements bien plus anciens et bien plus lourds que les chiffres avancés dans l’article du Parisien.

En fait, l’application « De Toit à Toit » entre dans les développements assurés par la société Sopra pour l’ensemble du progiciel Ikos et de l’Extranet de l’Office à destination des locataires. Cet Extranet, dont l’application mobile n’est qu’une face apparente et totalement marginale, constitue un investissement dans le temps extrêmement lourd.

Par exemple, en 2009, l’Office avait programmé les travaux de l’Extranet avec Sopra, pour un montant proche de 400.000 euros.

Ces montants n’ont rien d’irrégulier ni d’illégal et chacun en comprend l’utilité. En revanche, il n’ont rien à voir avec une opération qui se serait déroulée en six mois.

Sopra grand vainqueur de la compétition

Au demeurant, on s’amusera de voir comment Sopra s’est intelligemment constitué un fromage auprès de Paris Habitat. Sopra, éditeur français de logiciels, assure le développement du progiciel Ikos, qui sert de base à l’informatique client de Paris Habitat. Cette rente est assortie de quelques cadeaux discrets qui ne sont jamais de refus.

Par exemple, on lira avec amusement les conditions générales d’utilisation (datant de juin 2011… on est là encore loin d’une opération montée en six mois) du réseau social « De toit à toit ». Le chapitre consacré au traitement des données personnelles illustre bien tout l’intérêt du réseau pour l’éditeur de logiciels:

101. Les données traitées sont destinées au service habilité de Paris Habitat-OPH et à la société SOPRA pour les données la concernant.

102. Le membre reconnaît qu’il a parfaitement connaissance des caractéristiques du réseau internet et notamment celle tenant à la difficulté de contrôler l’utilisation qui pourrait en être faite par des tiers. (…)

105. Si le membre saisit dans ces espaces (champs ou zones de commentaires libres), certaines données sensibles telles que des données relatives à ses origines raciales ou ethniques, opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou à son appartenance syndicale ainsi que des données concernant sa santé ou vie sexuelle, le membre les rend publiques et accepte qu’elles soient traitées et visualisées. (…)

108. Paris Habitat-OPH se réserve le droit de sous-traiter ou de céder à un tiers les droits et obligations issues des présentes conditions générales d’utilisation.

Traduction: Paris Habitat se sert de son réseau social « De Toit à Toit » pour collecter des données privées sur ses utilisateurs que Sopra comme Paris Habitat peuvent revendre à des tiers. Officiellement, tous les locataires de Paris Habitat savent qu’il en va ainsi. Mais, bien entendu, si nul n’est censé est ignoré les conditions générales d’utilisation, l’empressement de Paris Habitat à faire savoir aux locataires ses petites dispositions entre les lignes est très modéré.

Mais on le sait depuis longtemps, l’office HLM de Paris, c’est l’opaque fait roi.

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