Une photo de femme avec son bébé est-elle une offense à la dignité humaine?

Une photo de femme avec son bébé offense-t-elle la dignité humaine? C'est entre autres ce que soutenait le Collectif des Effrontées dans un référé contre l'affaire des silhouettes sexistes de Dannemarie. Le Conseil d'État vient de leur donner tort.

La commune de Dannemarie, dans le Haut-Rhin, a organisé en juin 2017 une "année de la femme" avec une exposition de panneaux représentant des silhouettes de femmes: certaines étaient "sexy" (notamment une femme à califourchon sur une chaise), d'autres empruntées à la vie quotidienne, comme une femme portant un bébé dans les bras. Ce sont ces silhouettes qui ont suscité une réaction forte des associations féministes qui ont introduit un référé contre cette campagne d'affichage. 

L'atteinte à la dignité de la femme reconnue en première instance

Le juge des référés, au tribunal administratif de Strasbourg, a examiné la requête le 9 août. À cette occasion, il a accédé à la demande de l'association, en jugeant que l'égalité entre les hommes et les femmes faisait partie des libertés fondamentales, et qu'une campagne d'affichage sexiste constituait une atteinte à cette liberté. Le juge a donc ordonné l'enlèvement des panneaux litigieux.

Le Conseil d'État prend un arrêt de principe majeur

Dans une ordonnance rendue en appel de cette décision, le Conseil d'État a salutairement rappelé que la campagne ne visait pas à discriminer les femmes et que l'atteinte à l'égalité des femmes ne constituait pas une atteinte à une liberté fondamentale. Il a donc annulé la décision du juge strasbourgeois. 

Féminisme ou ordre moral?

On s'inquiétera néanmoins de la dérive du discours féministe, qui confine progressivement à un rigorisme moral digne des puritains anglo-saxons. Féminisme ou pudibonderie de quaker?

"si, en dépit des intentions affichées par la commune, les panneaux incriminés peuvent être perçus par certains comme véhiculant, pris dans leur ensemble, des stéréotypes dévalorisants pour les femmes, à l’opposé de l’objectif poursuivi par le législateur lors de l’adoption de la loi du 4 août 2014, ou, pour quelques-uns d’entre eux, comme témoignant d’un goût douteux voire comme présentant un caractère suggestif inutilement provocateur s’agissant d’éléments disposés par une collectivité dans l’espace public, leur installation ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la dignité humaine une atteinte grave et manifestement illégale de nature à justifier l’intervention du juge des référés"

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