Politiques migratoires. Le spectre du migrant allemand. Par Seynabou Boye

Source: Eric Verhaeghe

Le centre humanitaire situé à la porte de La Chapelle accueille de plus en plus de migrants, venus d’Allemagne. La grande majorité d’entre-eux est d’origine Afghane. Et le phénomène s’est notamment accentué avec le durcissement de la politique anti-migrants amorcée Outre-Rhin, depuis septembre 2015. Le non-respect ambiant des termes dits de Dublin plonge l’Allemagne et l’Europe dans l’impasse en matière de politiques migratoires. État des lieux.

Lorsque l’on pénètre sur le site, la file d’attente est déjà bien fournie. Ce jour-là, une jeune femme d’origine somalienne, arrive seule avec pour seuls bagages deux minuscules sacs. Rudimentaire. Il pleut des cordes. D’anciens migrants somaliens l’ont gracieusement escortée devant les grilles du centre.

Femmes et enfants, célibataires ou en famille, ils se pressent chaque jour devant cette immense bulle jaune et blanche dans l’espoir d’y être hébergés le temps d’une journée ou plus s’ils en ont la chance.

En moyenne, les migrants y séjournent trois semaines, dixit Djiby, chargé d’accueil et d’orientation. Et de renchérir, d’un œil aguerri, l’habitude, certainement : « ces dernières années, on observe une recrudescence de migrants récemment débarqués d’Allemagne !« 

L’endroit est entièrement géré par Emmaüs. Toutes les entrées sont bouclées, impossible d’y entrer sans l’aval de l’entité humanitaire. Il faut montrer patte blanche.

Le centre est réparti sur plusieurs îlots. Denrées alimentaires, équipements de premières nécessités leurs sont distribués. Dès leur arrivée, des chambres leurs sont systématiquement attribuées.

Une fois à l’intérieur et les différentes démarches administratives effectuées, ils sont quasiment sûrs de pouvoir bénéficier d’une solution de relogement plus adaptée.

Seuls les célibataires y sont admis, les familles elles, sont systématiquement réorientées vers le centre d’hébergement de pré-fabriqués situé dans la ville d’Ivry-sur seine.

“ Le règlement de Dublin suggère que le réfugié, une fois enregistré dans un pays européens ne peut effectuer plusieurs demandes d’asile”

Dans l’enceinte, des bénévoles, salariés et autres membres du staff se relaient jour et nuit.

Soudanais, érythréens, syriens, constituent la majeure partie des migrants. En revanche, les migrants afghans représentent une majorité flagrante. Tous ont longtemps vécu Outre-Rhin, un an, deux ans parfois même quatre ans. Des salariés payés quatre vingt centimes de l’heure, il faut dire que l’Allemagne souffre d’un déficit démographique chronique. À l’époque, cette main-d’oeuvre bon marché était la bienvenue. Aujourd’hui le contraste est saisissant ! L’arrivée de nombreux partis conservateurs au Bundestag allemand ainsi que leurs pressions exacerbées sur l’État fédéral ont eu raison de la politique d’ouverture prêchée par la chancelière allemande, Angela Merkel.  

En outre, le règlement de Dublin suggère que le réfugié, une fois enregistré dans un pays européen ne peut effectuer plusieurs demandes d’asile, en Europe. Certains afghans anciennement accueillis en Allemagne se retrouvent alors dans une épineuse situation, contraints de quitter le pays faute de renouvellement de papiers d’identité.

“L’accord scellé entre les conservateurs et les représentants des États régionaux allemands argue en faveur, d’un renvoie manu militari des migrants  vers l’Afghanistan”

Concrètement en France, deux choix s’offrent aux migrants : le retour subventionné dans leur pays d’origine à hauteur de quatre mille euros, cette somme a récemment été doublée par l’OFII : Office Français de l’Intégration et de l’Immigration.

Le second : celui de réitérer leur demande d’asile auprès des services d’immigration allemands via  les services d’immigration français . Le temps de latence entre la demande d’asile et la réponse rétorquée est long ! 6 mois d’attente.

Les services français jouent un rôle d’interface. Lorsque le migrant est débouté, il est de facto pris en charge, par l’État français.

Il faut dire que les migrants ont été au coeur  des dernières Élections législatives allemandes. D’où l’accélération des expulsions des demandeurs d’asiles déboutés et aujourd’hui présents en France. L’accord scellé entre les conservateurs et les représentants des États régionaux argue en faveur,  d’un renvoie manu militari des migrants  vers l’Afghanistan . 

 

“ Cela fait sept ou huit ans qu’ils ont quitté leur pays d’origine, avant d’arriver en France”

La barrière de la langue est palpable. Ainsi, pour favoriser au mieux la communication, Emmaüs fait appel à des traducteurs. Autant dire que leur présence est indispensable. Rahmatullah est interprète, lui aussi est d’origine Afghane : les migrants allemands fuient l’Allemagne de peur d’être expulsés dans leur pays d’origine. D’une manière générale, cela fait sept ou huit ans qu’ils ont quitté leur pays d’origine, avant d’arriver en France, où ils ne sont donc plus considérés comme des réfugiés à part entière par l’opinion publique. Les idées reçues sur le sujet vont bon train.

Cependant, l’hexagone peut s’enorgueillir de bons résultats en matière d’accueil des réfugiés.

Et pour cause, en 2017, 100 412 demandes ont été enregistrées à l’OFPRA : l’Office Français de Protections des Réfugiés et Apatrides dont 92 830 premières demandes (mineurs inclus) et 7 582 réexamens. 89 307 décisions, hors mineurs accompagnants, ont été prises, soit une augmentation de 27,0 % par rapport à 2016.

Au total, le nombre de décisions sur d’accord d’un statut de protection (réfugiés et protections subsidiaires, hors mineurs accompagnants) prise par l’OFPRA et la CNDA s’établit en 2017 à 32 011, une hausse de 20,8 % par rapport au total des décisions positives de 2016.

Au delà de l’Allemagne. c’est l’intégralité des politiques migratoires édictées par l’Europe qui sont visées. Elles ne datent pas d’hier, chaque année qui passent apporte avec elle son lot de réfugiés dont l’afflux croît de manière exponentielle.

L’échec criant des politiques d’aides au retour et du projet starthilfe, en Allemagne pointent certaines déficiences des politiques migratoires mises en œuvre. Les plans de retours en partie subventionnés par l’UE, mis en place en février dernier par Angela Merkel consacrent 150 millions sur trois ans en faveur des migrants.L’Allemagne patauge.

On croyait la crise des réfugiés éteinte. Depuis son commencement fin 2014 début 2015,  elle éclabousse ceux qui se refusent à prendre des mesures efficaces et pérennes afin de gérer, sur place ces migrants à qui l’on a promis, d’une certaine façon, l’eldorado ! La réalité est qu’il existe différents type d’exilés !

Cette réalité, la voici qui s’intensifie inexorablement. Elle est désormais, bien visible, ici dans l’hexagone, ils sont bien présents, ceux que l’on appelle les migrants allemands !

Seynabou BOYE est journaliste spécialisée en politique et relations  internationales.

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