Pourquoi les mutuelles de fonctionnaires veulent un hold-up sur les salariés du privé

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Les fonctionnaires sont-ils des précaires? Il faut lire avec délectation la campagne menée par la Mutualité de la Fonction Publique (MFP, union des mutuelles de la fonction publique) et par son président Serge Brichet pour mesurer jusqu’où peut aller l’indécence des apôtres de la solidarité pour défendre, selon le principe “Charité bien ordonnée, etc.”, leurs intérêts immédiats.

L’indécence des fonctionnaires n’a plus de limite

On ne résiste évidemment pas au plaisir de citer les meilleurs moments du discours Caliméro de Brichet:

Les agents publics sont les « parents pauvres » du système de santé, a alerté mercredi 19 avril la Mutualité fonction publique (MFP), qui a calculé que six agents sur 10 ne perçoivent en moyenne qu’1,60 euro par an de leur employeur pour leur cotisation à une complémentaire, contre 244 euros pour les salariés du privé.

« Il y a aujourd’hui une vraie forme de précarité sociale dans la fonction publique », a déploré Serge Brichet (…)

« Quand ils sont malades, le service public est patraque et nous sommes tous malades ! », résume un de ses slogans de campagne.

Euh! Monsieur le Président Brichet… les fonctionnaires, c’est bien ceux qui gagnent en moyenne 10% de plus que les salariés du privé, qui ont la sécurité de l’emploi, dont personne ne décompte jamais le temps de travail, qui bénéficient même parfois de primes de présence quand ils acceptent de venir travailler, et qui font payer leur retraite par le contribuable et qui n’ont pas de jour de carence quand ils sont malades?

Il ne faut quand même pas manquer d’air pour les présenter aujourd’hui comme les parents pauvres de la protection sociale, et leur attribuer une “précarité sociale” qui rappelle à point nommé la rupture profonde qui existe entre des fonctionnaires protégés par leur statut, et des salariés du privé exposés à tous vents.

Quand la Mutualité de la Fonction Publique demande un nouveau hold-up sur les salariés du privé

L’apparence du problème est au demeurant bien connue, et fait l’objet d’un intense lobbying de la part des mutuelles de la fonction publique depuis plusieurs semaines. Depuis la loi de 2013, tous les employeurs du secteur privé sont en effet obligés de proposer un contrat de complémentaire santé à leurs salariés, et à en assurer 50% du paiement. Les mutuelles de la fonction publique demandent aujourd’hui une mesure équivalente pour les fonctionnaires.

Bien entendu, les mutuelles se gardent bien de proposer le financement de cette mesure par des économies de fonctionnement. La proposition qui est faite est d’augmenter les impôts, c’est-à-dire de demander aux salariés du privé de contribuer à l’amélioration de la couverture santé du public, histoire d’accroître encore un peu plus le différentiel de traitement entre les deux univers.

Au passage, on rappellera que la généralisation de la complémentaire santé n’est rien d’autre qu’une augmentation de charges pour les entreprises, dont on voit bien que personne ne s’est demandé si les employeurs en auraient les moyens…

Les raisons cachées d’une campagne d’influence

Les gogos se contenteront des explications données par Serge Brichet pour comprendre ce dossier très technique. D’un côté, il y a les méchants salariés du privé qui reçoivent plein d’argent de leur gentil employeur aux poches percées et de l’autre les précaires, les fonctionnaires, soumis à une pression extraordinaire sur la productivité, qui doivent impérativement bénéficier de la solidarité collective.

Et puis, il y a la façon raisonnable d’aborder le sujet, qui consiste à décrypter les propos des mutualistes de la fonction publique.

Ceux-ci sont essentiellement dictés par des considérations économiques. Les mutuelles de la fonction publique rêvent en effet d’une mesure réglementaire (et financière) qui leur permettrait d’améliorer leur chiffre d’affaires et leur situation financière, plombée par des coûts de gestion importants. Cet objectif devient d’autant plus vital qu’un décret de 2011 oblige les ministères à mettre en place des procédures de mise en concurrence dans le “conventionnement” des mutuelles.

D’un côté, donc, une activité ankylosée par des années de monopole, et de l’autre, une concurrence dynamique qui se profile.

Les coûts de gestion exorbitants des mutuelles de la fonction publique

Il faut lire les quelques rares rapports annuels publiés par des mutuelles (elles sont tellement démocratiques qu’elles détestent publier leurs résultats) pour mesurer l’ampleur des dégâts. Prenons au hasard la mutuelle du ministère de l’Intérieur, Intériale, pour comprendre l’ampleur du problème:

Un rapide calcul montre que la prime moyenne par assuré chez Intériale est de 530€, dont 450€ servent à payer des prestations. Et les 80€ restants (soit 15%)? Des frais de gestion sans doute… On aimerait tellement qu’Intériale mette ses chiffres à disposition des assurés pour comprendre à quoi servent ces sommes, au juste…

On adorerait aussi qu’Intériale rende publique la liste de ses administrateurs…

Dans tous les cas, ces coûts élevés obligent la mutuelle à développer son chiffre d’affaires. Et, pour y parvenir, quoi de mieux qu’une bonne réglementation qui obligerait l’Etat à verser une subvention déguisée aux mutuelles sous forme de participation à un contrat de complémentaire santé obligatoire des fonctionnaires?

Les mutuelles de la fonction publique et la sécurité sociale

Une fois de plus, c’est la rente de situation dont la fonction publique bénéficie qui est en jeu. Rappelons en effet que les fonctionnaires n’adhèrent pas au régime général de la sécurité sociale et se battent obstinément pour y échapper. Malgré ce privilège, les fonctionnaires demandent aujourd’hui une rallonge pour “ne rien perdre” par rapport aux salariés du privé, vis-à-vis de qui ils sont pourtant fortement avantagés.

La meilleure preuve à donner de cet avantage consisterait à supprimer le statut de la fonction publique. Monsieur Brichet, si le statut privé est si favorable, pourquoi ne pas le revendiquer pour les fonctionnaires?

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1 commentaire sur Pourquoi les mutuelles de fonctionnaires veulent un hold-up sur les salariés du privé

  1. Marrant comme on peut renverser la dernière phrase : Si le statut de fonctionnaire est si favorable, pourquoi ne pas le revendiquer pour le privé ? Ou même, soyons fous, passer les concours ! Quand on voit le nombre de postes non pourvus on se pose la question… Sur chaque session il y a quasi systématiquement 1/4, voir la moitié des chaises vides. Mais ou sont les chouineurs ?

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