Le programme d’Emmanuel Macron est (enfin) arrivé : peu de mots sur les réformes de santé, par Vincent Fromentin

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Article publié sur la Lettre de Galilée.

Ça y est ! Emmanuel Macron a présenté son programme aujourd’hui à 10h30. En guise d’introduction, quelques estocades sur une droite en panique pour laisser la place à son programme. Le candidat veut redonner un renouveau démocratique en insufflant un “esprit de conquête” aux Français et leur “apporter une sécurité individuelle” pour qu’ils “choisissent leur vie” plutôt que de la “subir”. En termes de réforme santé, peu de mots. Décryptage.

Lire : Programme santé de Macron, "révolution culturelle" ou paroles creuses ?

Le programme du candidat tient en une trentaine de pages colorées et 6 chantiers majeurs : l’éducation et la culture, le travail, la modernisation, la sécurité, le renouveau démocratique, l’international. La santé qui constitue pourtant une préoccupation majeure des Français n’est pas un axe prioritaire du candidat.

Suppression des régimes spéciaux de retraite

Sur les retraites, il souhaite une réforme visant à “un système universel avec des règles communes de calcul des pensions sera progressivement mis en place. Le fait de changer d’activité ou de secteur sera sans effet sur les droits à la retraite. Avec un principe d’égalité: pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous“. Répondant aux questions, il a précisé ses intentions. Sans toucher à l’âge légal de départ à la retraite, “les paramètres actuels” ne seront pas impactés. Il n’y aura “pas d’ajustement structurel“. Cette réforme supprimant les régimes spéciaux de retraites prendra peut-être 10 ans, en s’appuyant sur les travaux techniques du COR et sur les négociations avec les partenaires sociaux. Interrogé sur la longueur de ces réformes, il “assume de lancer des réformes qui prendront du temps” et qui prendront effet “après le quinquennat” “compte tenu des défis et de la nature des chantiers envisagés“.

Il vise également “10 Md€ d’économies” sur l’assurance-chômage, qui subirait le même sort égalitariste.

Le délicat système de retraite universelle

Mais ces réformes structurelles des retraites posent la délicate question de leur faisabilité et de leur financement. Car, comme le souligne Marc Landré dans Le Figaro, “quand un régime plus généreux se rapproche du régime général -ce qui serait alors le cas-, il paie une soulte à la CNAV qui se monte à plusieurs milliards d’euros. Là, la soulte représenterait des dizaines de milliards et serait financée par… les contribuables“. Une interrogation que partage également Éric Verheaghe, “on va faire endosser au secteur privé par la cotisation le prix du déficit des pensions de l’Etat financées aujourd’hui par l’impôt. Rappelons que les pensions des fonctionnaires de l’Etat coûtent aujourd’hui 38 milliards aux contribuables, alors que, à taux identique avec le régime général, elles ne devraient coûter que 10 milliards.” Il manquera 28 Md€ que devront payer les employeurs…

L’année dernière, la Cour des Comptes dans un de ses rapports sur les retraites avait déjà estimé que les “scénarios de réformes structurelles modifiant les règles d’affiliation des fonctionnaires sont les plus ambitieux en termes d’équité entre régimes, mais ils auraient un impact particulièrement marqué sur le niveau de pension de certaines catégories de fonctionnaires. Ils apparaissent techniquement complexes à mettre en œuvre et pourraient faire peser, durant une période de transition plus ou moins longue, des charges très lourdes sur les finances publiques.” (p.153).

Hier, ce sont les chercheurs Patrick Aubert et Corentin Plouhinec de l’INSEE qui ont publié des scénarios   de simulation de carrière dans le privé ou dans le public. Il ressort de leur conclusion très technique que la variété des parcours et des carrières est une réelle complexité à l’uniformisation des retraites. “Les réflexions sur les convergences, voire l’uniformisation, à apporter entre les règles des différents régimes de retraite français ne doivent pas s’arrêter à une comparaison simple des règles ou de leur impact toutes choses égales par ailleurs – pas plus que les sentiments d’équité ou d’inéquité parmi certains assurés ne coïncident avec les résultats de telles comparaisons.” concluent les chercheurs. Il faudra donc aller gratter un peu plus que l’annonce électoraliste de Macron…

Emmanuel Macron n’est pas revenu dans son allocution sur les thématiques santé qu’il avait déjà évoquées à Nevers le 6 janvier dernier. Dans son programme en ligne, il confirme la mise en place la “prise en charge à 100% des lunettes et des prothèses auditives et dentaires d’ici 2022, en lien avec les mutuelles et l’ensemble des professionnels de santé.

Un plan d’investissement de 5 Md€

Cinq Md€ seront consacrés à un Plan d’investissement à la santé, notamment à la transformation de notre médecine de ville et de nos hôpitaux : “on a besoin d’un plan structurel d’investissement” a-t-il martelé ce matin à propos de l’hôpital.

Lire : Petit manuel de Macron-économie à l'hôpital.

Se confiant dans Les Échos, il précise qu’il ne “supprimera aucun poste dans la fonction publique hospitalière“. Les 60 Md€ d’économies générales qu’il vise passe par 15 Md€ sur l’assurance-maladie, avec une progression des dépenses contenue à 2,3% par an de l’ONDAM. “C’est tout à fait tenable.

Dans son programme en ligne, il souhaite renforcer “le droit à l’oubli pour les personnes ayant été malades” : par exemple, à la souscription d’un emprunt ou d’un contrat d’assurance, les malades de cancers et de l’hépatite C n’auront plus à le mentionner dès 5 ans après leur rémission (contre 10 ans aujourd’hui).

Lors des séances de question de son allocution, il a réaffirmé le “doublement du nombre de maisons de santé (MSP)” en y affectant 5Md€.

Emmanuel Macron a axé son “projet” (qu’il préfère au terme de “programme”) sur une “philosophie” générale en préférant une “trajectoire économique prudente” mais tenable. La santé s’insère dans ces grands chantiers macro-économiques (notamment au travers des investissements pour l’hôpital) sans être un sujet central. Interrogé sur la poursuite et la continuité d’un “hollandisme” le candidat à botté en touche avec humour. Certainement que le Ministère de la Santé continuera sur sa lancée actuelle. Encore faudra-t-il avoir une majorité parlementaire…

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