Le programme économique du FN et ses chocs futurs, par Sébastien Laye

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Sébastien Laye est entrepreneur dans les services financiers

A dire le vrai, et si on s’abstient de tout commentaire moral ou éthique sur ce parti pour se concentrer sur son programme économique, le premier péril posé par le programme économique du FN est son impossibilité pratique.

On peut donc ici hésiter entre deux hypothèses :

a) soit le FN, englué depuis des décennies dans une position contestataire, n’a pas préparé son accession au pouvoir

b) soit le FN brandit des mesures et des ennemis à abattre par pur électoralisme sans se soucier de la cohérence du programme. La ligne de force de ce programme économique se résume en deux antiennes connus de tous les partis populistes : l’anti-européen et l’anti-mondialisation.

Le programme du FN: anti-européen et anti-mondialiste

« Si on ne sort de l’ambiguïté qu’à son propre détriment », selon le Cardinal de Retz, Marine le Pen a du préciser sa position sur l’euro : force est de constater qu’elle ne parle plus directement de sortie de l’euro, mais de recréation du franc avec maintien d’une monnaie commune, le fameux ECU, plutôt que d’une monnaie unique. Elle réserverait l’ECU aux Etats et aux grandes entreprises.

Ce faisant, Marine le Pen tente de répondre a l’hostilité des consommateurs et des petites entreprises à l’euro, tout en déviant les critiques sur la sortie de l’euro, qui mettent en exergue les risques pour la dette d’Etat ou les grandes entreprises insérées sur les marches financiers. Cet exercice d’équilibriste parait peu réaliste, avec concomitance d’une monnaie commune pour certains acteurs et d’une monnaie nationale pour les autres. Que deviendrait par exemple la dette immobilière des ménages français ? Serait-elle libellée en francs ou en Ecus ? Que deviendraient nos patrimoines mobiliers et immobiliers ?

L’imprécision est d’autant plus grave que le concept de monnaie commune, en théorie économique, se réfère a une situation bien différente de celle proposée par Le Pen (et à titre personnel, je suis favorable à la monnaie commune plutôt qu’unique mais Le Pen et moi ne parlons simplement pas de la même chose..) : avec une monnaie commune, les échanges marchands se font tous avec la même monnaie, mais certaines compétences monétaires (suivi du crédit, régulation des banques, régulation des acteurs financiers) sont renationalisées (de la compétence des Etats) notamment si on acte le fait que les économies de la zone euro sont bien divergentes. Marine Le Pen assume le risque d’une grave crise dans la construction européenne en proposant un referendum sur le maintien dans l’UE et de rétablir une monnaie nationale.

FN et protectionnisme

Le deuxième pilier du programme de Le Pen fait appel aux traditionnelles recettes protectionnistes : force est remarquer à ce sujet qu’aucune des mesures de cet acabit n’est possible sans remise à plat de la construction européenne. Le Pen propose une taxe de 3% sur les importations, une taxe sur l’embauche de salariés étrangers (qui parait inconcevable s’agissant des ressortissants européens), une vague obligation d’acheter français pour la commande publique, une interdiction de se vendre à un étranger pendant dix ans pour les entreprises ayant bénéficié d’aides publiques (c’est-à-dire, notamment avec le vampirisme de la BPI, la quasi-totalité des entreprises en France). Ce pilier protectionniste est si vague et mal conçu qu’il n’a aucune chance d’être mis en œuvre, et sur ce sujet, à être protectionniste, mieux vaut être un protectionniste intelligent, et Mme Le Pen pourrait s’inspirer des mesures de Donald Trump. Qui connait bien mieux l’entreprise et l’industrie que les leaders du FN (massivement fonctionnaires ou avocats de formation).

FN et PME

Le troisième pilier du programme du FN est une audacieuse tentative de séduction des PMEs et indépendants, sans s’aliéner les grands patrons. Reprenant le verbe poujadiste des débuts en politique de son père, Marine Le Pen promet une simplification administrative et règlementaire, une baisse des charges, une réduction de l’impôt sur les sociétés de 33% à 24%.

Rien de tout cela n’est ni précisé ni financé, mais force est de reconnaître que le même reproche pourrait être fait à E. Macron. Le FN propose aussi de revenir sur les fameux seuils sociaux comme François Fillon (mais pas comme E. Macron), mesure extrêmement populaire chez les patrons de PMEs. Marine Le Pen, plus dans le symbolique que dans le pragmatisme sur ces sujets, annonce la suppression de la Loi Travail (Khomri) pour plus loin dans son programme ré-insérer certaines de ses mesures, comme la possibilité de déroger aux 35h.

FN et retraite à 60 ans

Enfin, le quatrième pilier du programme FN est de nature mélenchoniste ou gauchiste, et s’apparente à un choc budgétaire de plus grande ampleur que celui du PS en 2012 : il prévoit le retour à la retraite à 60 ans, la baisse de 5% des tarifs du gaz et de l’électricité, une diminution de l’IR de 10% et une prime spéciale pour les plus pauvres.

Si le FN ne présente pas de cadrage budgétaire précis, il estime que ce programme devrait permettre à la France d’atteindre un taux de croissance annuelle de 2.5% en fin de quinquennat. Les multiples incohérences voire contradictions, le manque de préparation et de détails, permettent d’en douter : mais jugé à cette aune-là, l’honnêteté intellectuelle commande de dire que le programme de Macron est aussi imprécis que celui de Marine le Pen.

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