Qui disait: « Trump ne sera jamais élu! »?

Temps de lecture : 4 minutes

Cet article a été lu 3525 fois

Tiens! En désaveu à toutes les affirmations infligées aux Français pendant un an sur le mode du “Trump le vulgaire!”, “Trump le bouffon!”, “Trump le facho…”, Trump crée une divine surprise aux Etats-Unis. L’occasion était trop belle pour ne pas faire une petite rétrospective des chiens de garde français qui ont fait croire, de ce côté-ci de l’Atlantique, qu’un séisme électoral n’était pas possible, et n’était surtout pas souhaitable.

Les experts! l’exemple de Nicole Bacharan

Chercheuse associée à la Fondation nationale des sciences politiques (Sciences Po), Nicole Bacharan a notamment tenu ces propos au mois de mai:

À l’heure actuelle, au début de la campagne, il ne peut pas être élu président des États-Unis. Son pari est de ramener aux urnes les électeurs blancs en colère contre le système politique et les élites et qui ne votent pas. Il est possible qu’il y parvienne et gagne des voix dans cet électorat. Mais il s’agit d’une minorité, qui ne permet pas de compenser le rejet qu’il suscite à la fois chez les femmes, les hispaniques, les noirs, les Asiatiques, les diplômés. Il a fait le plein de ses vrais électeurs et aura du mal à recueillir 51 % des suffrages.

Les experts! l’exemple de Pierre Guerlain

Professeur à l’université de Nanterre, Pierre Guerlain a couvert, au mois d’août, Trump d’injures et de vomi. Il a notamment écrit:

Chaque jour, il s’aliène des groupes ou des individus qu’il devrait conquérir ou fidéliser, comme les anciens combattants ou les militaires. Les sondages montrent qu’il dévisse et, à moins d’une surprise d’octobre qui pourrait venir de révélations compromettantes pour Clinton, il a déjà perdu l’élection. Il souffre d’un syndrome d’échec.

Un grand visionnaire, ce Guerlain!

La finance… L’exemple de la Bourse de New-York

Fin septembre 2016, l’ancien vice-président de la Bourse de New York l’assurait: Trump ne pouvait pas être élu!

Georges Ugeux, actuel président de la banque d’affaires Galileo Global Advisors à New York, estime mercredi dans le Journal du matin de la RTS que l’élection est déjà jouée, même si on cherche à dire le contraire. Et de citer le vote des Noirs, des latinos et des femmes pour Hillary Clinton, alors que c’est surtout le “vieil homme blanc” qui va voter pour Donald Trump.

En outre, à ses yeux, si l’on regarde la situation Etat par Etat, Hillary Clinton a déjà dépassé la majorité de grands électeurs et ne peut plus perdre. “Mais personne ne le dit et comme il y a beaucoup d’argent à gagner en maintenant la tension pour les prochains mois, le show va continuer”, ajoute-t-il.

Un banquier euro-américain qui s’exprime en Suisse pour exprimer que les jeux sont faits. Une fois de plus, les financiers nous prouvent qu’ils ne comprennent rien à la démocratie.

La gauche bien-pensante! l’exemple des Inrocks

Penser vrai, on le sait, n’est pas l’enjeu de la gauche bien-pensante. Elle préfère le penser comme il faut. Les Inrocks, concernant Trump, ont servi une soupe au diapason de l’incrédulité et du mépris, qui annonçait aussi sa défaite.

Et si Donald Trump n’était qu’une farce depuis le début de sa campagne, et ne désirait pas vraiment devenir Président des Etats-Unis ? Ce scénario, digne d’une comédie hollywoodienne, n’est peut-être pas aussi improbable qu’il en a l’air.

La gauche bien-pensante! l’exemple de Libération

On lira cette perle, dans Libération, qui date… du 17 octobre 2016, c’est-à-dire il y a 3 semaines, sous la plume de Guillaume Gendron:

Isolé, distancé et acculé, Donald Trump semble avoir fait une croix sur la présidence des Etats-Unis. En chute libre dans l’opinion depuis que les accusations de harcèlement et d’agression sexuelle se multiplient à son encontre, il a quasiment officialisé sa défaite tout au long du week-end en hurlant, trois semaines avant le scrutin, à «l’élection truquée».

Une analyse brillante! on comprend pourquoi le ministère de la Culture file autant de millions à ce journal que plus personne ne lit, mais qui continue à infliger des leçons d’indépendance d’esprit à la planète entière.

La gauche bien-pensante! l’exemple du Monde

Si le Monde a évité de prendre trop de risques dans ses pronostics, on relira avec surprise cet éditorial (non signé) qu’il a produit le 10 octobre 2016, dont voici les meilleurs extraits:

Voilà un homme qui a érigé son ignorance crasse de tous les dossiers en preuve de sa non-appartenance aux « élites », situation qui lui conférerait une supériorité naturelle sur ses concurrents ! Voilà un homme qui ment tellement qu’il a en quelque sorte neutralisé la notion même de mensonge : dans l’univers de Donald Trump, les faits eux-mêmes sont « élitistes » et ne doivent pas venir entraver la vision du monde que veut nous imposer ce roi de la télé-réalité. (…)

Il s’agit de capter l’attention en repoussant toujours plus loin les limites de la vulgarité. Au nom du « parler vrai » et de la lutte contre le « politiquement correct », on fait reculer le seuil de l’inacceptable. (…)

Trump normalise l’obscénité et banalise la violence verbale en politique. C’est toujours « pour rire », bien sûr, et toujours au nom de la lutte contre la pensée unique. (…)

Les Etats-Unis sont l’une des plus vieilles et la plus grande des démocraties du monde. Ce qui s’y passe préfigure souvent ce qui va arriver ailleurs. Trump en campagne a dégradé la démocratie américaine. A la Maison Blanche, il ferait plus encore, il la menacerait.

La démocratie selon Le Monde, l’objet des gens bien élevés menacés par les gens vulgaires. Bien sûr!

print

A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
Fondateur de Tripalio, auteur.
Contact: Twitter

1 commentaire sur Qui disait: « Trump ne sera jamais élu! »?

  1. Sans oublier l’inénarrable BHL, qui y est aussi allé de son couplet sur la “vulgarité inacceptable” de Trump. Tous ces petits marquis ont un réveil douloureux… Maintenant il faut qu’ils se réveillent rapidement, parce qu’en continuant comme cela je ne vois pas ce qui empêchera la marine d’être élue en 2017.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Paris: Stalingrad attend son nouveau camp de réfugiés

La place Stalingrad, à Paris, a pris d'étranges airs de siège comme en creux ou en ombre chinoise. Après le...

Fermer