La régulation des marchés n’est pas un péché originel

Temps de lecture : 2 minutes

Cet article a été lu 1078 fois

Cet article est initialement paru sur le site Paysan Breton.

États-Unis, Chine, Russie protègent leurs agriculteurs. En Europe, c’est presque tabou, constate Momagri, un think-tank agricole qui y voit là une source de fragilisation de l’agriculture.

Allons-y pour des mots forts. « Les agriculteurs sont au cœur d’une guerre économique ». Ou plus exactement, ils sont ballottés, impuissants, dans un rapport de force de bassins agricoles qui sont des enjeux de puissance nationale. Et quoi que l’on voie au travers du prisme d’un paysage agricole bucolique où paissent de placides vaches, l’agriculture de la finance et de la lutte de pouvoir entre pays n’a rien de pacifique. « Au contraire. La concurrence est de plus en plus redoutable », a embrayé Christian Harbulot, directeur de l’École de guerre économique, lors d’une conférence organisée par le Syrpa, au Space, sur le thème : « De la crise des prix à la crise de confiance dans notre agriculture, les agriculteurs au cœur d’une guerre économique ? »

Les Américains imposent leur vision

Si l’on veut des preuves pour s’en convaincre, il suffit de regarder outre-Atlantique. Les Américains jettent l’offensive sur le marché européen. « Leurs lobbies sont très présents à Bruxelles. Ils cherchent à imposer leurs normes, à imposer la financiarisation du système agricole ; à imposer une vision du produit alimentaire qui est loin d’être rassurante », énumère Christian Harbulot, en faisant référence à l’alimentation trop sucrée, gavée de graisses et d’additifs chimiques, responsable d’obésité et de maladies comme le diabète.

Et l’on prétendrait que la protection et la régulation seraient des outils d’arrière-garde, s’étonne Momagri. « L’OCDE présente toujours des courbes planes quand elle évoque la production et les cours agricoles. La réalité est tout autre : elle est très chaotique », observe Jacques Carles, délégué général de Momagri. Et Frédéric Courleux, conseiller en charge des études économiques du think-tank, de compléter : « Il faut arrêter le clivage entre marché et régulation. Le marché est par essence une régulation ». La preuve, la situation finit toujours par « s’arranger » ; quand des milliers d’agriculteurs ont fait faillite, la production baisse enfin ; le cycle peut reprendre.

Privilégier les aides contracycliques

Même les Américains ne s’aventurent pas (plus) sur ce terrain du libéralisme agricole sans garde-fous. Ils protègent leurs agriculteurs par un système d’aides contracycliques. Autrement dit, en stimulant l’économie lorsque celle-ci tend à ralentir et en la freinant lorsqu’elle s’emballe. La première politique agricole américaine fondée sur la régulation de l’offre et le soutien des prix a fonctionné de 1933 à 1996. Remplacée aujourd’hui par le Farm Bill. « Et paradoxalement cette première régulation des années 1933 à 1996 a permis de développer les échanges. Pendant que 1/3 des surfaces étaient mises en jachère aux USA, l’Union européenne se lançait dans l’exportation grâce à la spéculation ».

print

A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
Fondateur de Tripalio, auteur.
Contact: Twitter

1 commentaire sur La régulation des marchés n’est pas un péché originel

  1. Et moi, je vois, je vois, je vois, pour la 2ème fois la même faute. Monsieur Verhaeghe, vous me copierez 10 fois la conjugaison du verbe voir au présent.
    “Et quoi que l’on voie au travers du prisme” Je vois un “e” là où il devrait y avoir un “t” 🙂

    Il est évident qu’il nous faut protéger notre agriculture et nos agriculteurs, agriculteurs qui font si peu la Une des journaux, sauf lorsqu’ils manifestent leur colère, mais jamais lorsqu’ils décident d’en finir avec la vie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Alstom et les carabistouilles de l’eurolatrie

Amusant! il paraît que, pour éviter aux ouvriers d'Alstom à Belfort de déménager dans une usine alsacienne (soit moins de...

Fermer