Remplacement du fusil de précision dans l’armée : pour Guillaume Verney-Carron, la filière du petit calibre n’est plus un sujet en France

La polémique enfle autour du remplacement du fusil de précision en dotation dans l’armée française. On se dirige de plus en plus vers l’arrivée d’un fusil de fabrication étrangère. Joël Barre, délégué général pour l’armement a notamment dû s’expliquer devant l’Assemblée Nationale mais ses réponses n’ont pas convaincu Guillaume Verney-Carron, PDG de Verney-Carron, dont la candidature n’a que peu de chances d’aboutir.

L’armement petit calibre de l’armée français a-t-il définitivement été bradé ? Après le FAMAS, c’est un autre fleuron de l’armement français qui devrait être le dindon de la farce. En août dernier, la Direction Générale pour l’Armement publiait un appel d’offre pour procéder au remplacement des fusils de précision FR2F dans l’armée.

Seulement, les critères pour postuler à cet appel d’offres sont des plus restrictifs. Les candidats doivent être en mesure de fournir 2 600 fusils, mais aussi des optiques et des munitions. En plus, les entreprises qui souhaitait postuler doivent justifier d’un chiffre d’affaire au moins égal à 50 millions d’euros sur les trois derniers exercices.

Un point qui excluait d’office l’une des principales PME française : Verney-Carron.

A l’Assemblée Nationale, on se défend de tuer le « Made in France »

Avec un chiffre d’affaire de près de 13 millions d’euros, Verney-Carron ne pouvait directement postuler à l’appel d’offres. L’entreprise avait alors conclut un partenariat avec deux autres groupes pour satisfaire aux exigences financières. Mais cette alliance ne pesait guère face aux géants du secteur comme l’allemand Heckler & Koch (qui fournit déjà le fusil qui remplaça le FAMAS), ou encore le belge FN Herstal et l’italien Beretta. 

Mieux, mercredi 10 octobre à l’Assemblée Nationale, Patrice Verchère, député du Rhône, interrogeait Joël Barre, délégué général pour l’armement, sur cette polémique. Il fustigeait l’attitude du gouvernement et du DGA en invoquant le démantèlement de l’armée française, la perte de sa souveraineté mais aussi la fin du « Made in France » avec l’exclusion d’office des PME françaises qui ne peuvent satisfaire aux critères financiers de l’appel d’offres.

Des accusations balayées d’un revers de main par Joël Barre qui affirme que l’appel d’offres doit « respecter la réglementation qui s’impose à nous, qu’elle soit européenne ou qu’elle relève du code des marchés publics, et, d’autre part, nous assurer que les titulaires qui nous feront des offres ont une capacité suffisante pour répondre à nos besoins dans la durée. »

L’appel d’offres porte certes sur un fusil, mais aussi et surtout sur des optiques, dont des visées nocturnes permettant à nos forces d’utiliser ce fusil dans des conditions particulières. En termes d’assiette du chiffre d’affaires correspondant à cet appel d’offres, l’optique représente plus de 50 % du marché correspondant. Le fusil lui-même en représente à peu près un quart et les munitions, de l’ordre de 10 %. Telle ou telle société française qui voulait répondre à cet appel d’offres, si elle n’avait pas l’ensemble des capacités fusil et optique de précision, devait se présenter avec un partenaire. C’est, selon la presse, ce que la société dont vous n’avez pas voulu citer le nom, mais qui fait la une de la presse spécialisée tous les jours, a fait.

Joël Barre, délégué général pour l’armement

Il ajoute ensuite que « dès qu’une entreprise française est susceptible de postuler à un appel d’offres, nous faisons le maximum pour que les conditions le lui permettent, dans le respect des règles que nous devons respecter – sinon nous serions en contentieux permanent. »

« Le petit calibre en France n’est plus un sujet… »

Joint par téléphone, Guillaume Verney-Carron, PDG de « l’entreprise dont on ne cite pas le nom », dixit Monsieur Barre, n’est pas des plus d’accord avec l’affirmations de Monsieur Barre. Il s’est dit « sidéré par ces propos » tout en réaffirmant qu’il était « difficile de se positionner comme l’appel d’offres était fait. »

« On aurait pu allotir cet appel d’offres. Ainsi, nous n’aurions pas eu ce problème de chiffre d’affaires » explique Guillaume Verney-Carron, un brin désabusé.

Je comprends que la DGA ne prenne pas de risques. Mais qu’est ce que l’on cherche ? La durabilité ? Verney-Carron est là depuis plus longtemps que certains candidats. Ou alors on cherche un chiffre d’affaires.

Guillaume Verney-Carron, PDG de Verney-Carron

Pour le dirigeant de l’entreprise basé dans la Loire, « le petit calibre en France n’est plus un sujet », la politique industrielle y est défaillante et le savoir-faire français, qui est reconnu, a du mal à perdurer.

Mais pour Guillaume Verney-Carron, il existe aussi une vraie dépréciation des PME française. Alors que son entreprise emploie 90 personnes, il explique n’avoir reçu aucune aide alors qu’il avait clairement annoncé son intention de candidater à l’appel d’offres. Il fut donc obligé de chercher des partenaires mais de son propre avoeu, même s’il compte aller jusqu’au bout du processus, il confesse n’avoir que peu de chances de remporter l’appel d’offres. 

Je ne suis pas trop confiant. Ni serein. Nous n’avons que peu de chances. Mais nous n’avons pas de remords, nous irons jusqu’au bout.

Guillaume Verney-Carron, PDG de Verney-Carron

Il confie cependant que le fusil VCD 10 qu’il présente pour cet appel d’offres, s’il n’est pas retenu, aura tout de même une autre vie. Soit à l’export, « nous avons quelques touches déjà« , soit dans le tir sportif.

En attendant, Guillaume Verney-Carron constate la fin inéluctable de la filière petit calibre en France, avec des appels d’offres qui font de plus en plus la part belle aux gros groupes étrangers et délaissant de plus en plus les PME françaises. Pour lui, il se pourrait très bien que PGM Précision dont le fusil équipe certains corps d’armée français et d’autres « services officiels français et étrangers« , soit prochainement remis en question.

Et si plus aucune entreprise française n’équipait les corps d’armée français ? Récemment, le gouvernement annonçait que le budget consacré à la Défense serait en augmentation, avec une hausse de 1,7 milliards d’euros. Seulement, il semblerait que ce ne soit pas la filière française du petit calibre qui en bénéficierait.

2 commentaires sur Remplacement du fusil de précision dans l’armée : pour Guillaume Verney-Carron, la filière du petit calibre n’est plus un sujet en France

  1. Voila encore une bien belle contradiction de ce gouvernement de flans: soyez entrepreneurs, mais surtout laissez l’etat, dont le train de vie est assure par Vos impots, vous cocufier allegrement en achetant des produit etrangers.
    Cela va dans le meme sens que l’immense flotte d’Audi de fonction de la BPI, ou des Ford de la police.
    On est vraiment trop cons dans ce pays!

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