Que retenir de la nomination d’Édouard Philippe comme Premier Ministre?

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Alexis Kohler a confirmé le pressentiment annoncé depuis plusieurs jours par la presse: c’est le juppéiste Édouard Philippe qui devient Premier Ministre. Il aura fallu plusieurs heures d’attente pour que cette décision largement pressentie tombe. Que signifie-t-elle?

Un pari sur l’implosion de la droite

Pour Emmanuel Macron, ce choix, qui devrait durer au-delà des prochaines législatives, manifeste bien son intention de saper le paysage politique de la droite après avoir sapé celui de la gauche. Reste à savoir (et la composition du gouvernement, prévue pour demain, permettra de le confirmer) si les bataillons juppéistes attendus dans la foulée suivront. Peut-être les transfuges se limiteront-ils à quelques ministres comme Bruno Lemaire par exemple, sans déborder sur le corps des troupes.

Le risque d’une hyper-énarchisation du pouvoir

Avec un Président inspecteur général des finances et un Premier Ministre conseiller d’Etat, ajoutés à un président du Conseil Constitutionnel lui-même conseiller d’Etat, la France de Macron est plus que jamais une énarchie. On notera qu’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, est lui aussi énarque. Et pour l’instant, pas une femme en vue! Ce n’est pas exactement le souhait que les Français ont exprimé en pratiquant le “dégagisme”. Nul ne sait, à ce stade, l’impact de ces choix sur l’opinion publique.

La révolution jeune-turc continue

En matière de renouvellement, Édouard Philippe n’est pas un exemple absolu. L’intéressé, qui a succédé à la mairie du Havre à Antoine Ruffenacht, s’est par exemple beaucoup opposé à la transparence des patrimoines et à l’interdiction du cumul des mandats. Il sera forcément attendu au tournant, notamment sur le très imminent projet de loi sur la moralisation de la vie publique.

En attendant, ce sont plus des étatistes centralisateurs qui arrivent au pouvoir que des libéraux rénovateurs.

Macron cherche à rester dans l’ambiguïté…

En attendant, le choix d’Édouard Philippe montre bien qu’Emmanuel Macron cherche des personnalités peu marquées, modérées jusqu’à l’effacement politique. C’est une façon de n’opter ni pour la gauche ni pour la droite. On en reste toujours à cette politique pragmatique, incertaine, dont les contours ne sont pas connus. Il faudra voir avec attention le discours de politique générale du Premier Ministre pour savoir quelle direction idéologique il voudra donner à son action.

… mais y arrivera-t-il?

Cette posture de l’ambiguïté sera quand même difficile à tenir éternellement. Outre que certaines options seront obligatoirement clarifiées à court terme, la campagne des législatives donnera aux autres partis l’occasion de lutter farouchement contre cette nomination. Le Parti Socialiste et la France Insoumise ont d’ailleurs d’ores et déjà sorti l’artillerie pour tirer à boulets rouges sur la nouvelle équipe.

La question critique est évidemment celle du ralliement ou non d’Édouard Philippe aux candidats En Marche contre les Républicains qu’il soutenait la semaine dernière… à l’occasion des législatives.

Une prise de risque technique pour la campagne d’En Marche

Les investitures définitives d’En Marche devraient donc être connues le 17 mai… avec un impact possible sur les candidatures des autres partis. Les dépôts de candidature seront clos vendredi. On peut donc penser que la campagne des législatives ne commencera pas avant le 19 mai. Pour les candidats En Marche, ces choix tactiques laisseront donc trois semaines pour se faire connaître sur le terrain.

C’est quand même très peu…

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