Santé: que retenir du pénible moment Fillon?

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Sur la réforme de la santé, François Fillon vient de traverser un moment difficile, qui mérite d’être longuement mâché et ruminé. Il illustre à merveille les affres auxquelles un candidat qui souhaite réformer en profondeur les dispositifs publics s’expose.

Fillon a-t-il rétropédalé sur la santé?

Beaucoup d’adversaires de François Fillon ont ironisé sur les roulements de mécanique du candidat avant la primaire, et sur le démenti qu’il inflige à ces promesses de “virilité” quelques jours après en rétropédalant sur une question essentielle. La santé fait partie des sujets sensibles qui intéressent les Français. Le flou et cette espèce d’indécision à laquelle nous assistons depuis plusieurs jours dans ce dossier fait en tout cas mauvais genre.

Dans la pratique, François Fillon a-t-il vraiment rétropédalé avec sa tribune signée dans le Figaro? Le seul fait que personne ne soit capable de dire clairement si oui ou non le rétropédalage a eu lieu montre bien l’ampleur des dégâts que cette séquence pourrait causer.

Le site Internet du candidat expurgé

Une chose est sûre, en tout cas, le site Internet du candidat a bougé.

La proposition la plus contestée de François Fillon sur l’assurance-maladie a été retirée, mardi 13 décembre, du site internet du candidat des Républicains à la présidentielle. Elle visait à dérembourser les affections bénignes, pour ne prendre en charge que les affections graves et de longue durée.

En termes d’affichage, ce retrait sans explication claire ne laisse augurer rien de bon. Elle donne le sentiment d’une débandade, d’un repli dans le désordre qui soulève quelques questions majeures.

Fillon au coeur de forces antagonistes

Pour l’instant, l’affaire n’a pas prospéré, mais la séquence “santé” du candidat devrait éveiller de plus en plus de questions sur le sujet. Fillon est-il entouré de diverses sphères ou de différentes nébuleuses qui se parlent peu et ont du mal à se mettre d’accord entre elles?

À ce stade, on peut en tout cas distinguer au moins quatre sphères autour du candidat.

La première sphère est composée de ses soutiens politiques et du lot de ceux qui l’ont soutenu dès la première heure et qui espèrent booster leur carrière politique en 2017 en récupérant un maroquin ministériel. Dans ce lot, on mettra notamment son directeur de campagne, Jérôme Chartier.

La deuxième sphère est composée des gens d’entreprise qui ont participé à l’élaboration du projet. Parmi eux, on compte des figures évoquées largement par la presse: Danon et Castries, en particulier. Ceux-là sont moins rompus à l’exercice politique et ne parlent pas la même langue que les politiques.

La troisième sphère rassemble les “technos”, et notamment les fonctionnaires qui entourent le candidat et qui tiennent très souvent la plume. Dans cet entourage coupé des politiques et très attachés à l’étatisme, Jean-Paul Faugère, directeur de cabinet à Matignon et fidèle d’entre les fidèles est toujours là. Mais on retrouve aussi Eric Aubry, conseiller d’Etat, et conseiller social à Matignon, qui ne se démarque pas par une capacité particulière à faire bouger les lignes.

La quatrième sphère est récente: elle se nourrit des ralliements postérieurs à la victoire à la primaire. Elle intègre des figures de la Sarkozie comme Eric Woerth.

Nouveaux ralliés et technos contre projet initial?

La séquence “santé” qui vient de se dérouler pose une question simple: les nouveaux venus dans l’entourage de Fillon sont-ils ligués de fait avec les technos pour ramener le candidat dans le droit chemin, c’est-à-dire dans la ligne du parti étatiste de toujours?

Selon nos informations, le groupe des “technos” constitue de longue date une sorte de barrage autour de François Fillon, qui filtre pour lui les dossiers et la lecture qu’il peut en avoir. Ce barrage ne peut être qualifié de “libéral” et se veut plutôt le gardien du temple. Il est notamment porteur de l’idéologie du “jardin à la française“, qui consiste à réorganiser la société française autour de quelques grands groupes, en javellisant les “petits” ou en les regroupant par blocs soumis à des impôts élevés.

Les ralliés d’après scrutin, comme Jean-Pierre Raffarin (grand manitou du RSI, rappelons-le), trouvent-ils dans ces “technos” des oreilles complaisantes et leur apportent-ils un soutien politique grâce auquel ils peuvent prendre leur revanche sur une campagne où Fillon les a moins écoutés que les entrepreneurs ou les représentants du secteur privé? Les mauvaises langues opineront du bonnet.

Un bel exemple d’intervention du gouvernement profond

La séquence “santé” et les manifestes tiraillements dans l’équipe du candidat montrent en tout cas comment des ambitions réformatrices qui touchent à l’organisation systémique de la société française sont rapidement contrées par les zélateurs du gouvernement profond. Depuis plus d’un siècle, la France subit en effet une torsion historique pour confier à la puissance publique les fonctions providentielles exercées auparavant par les forces privées, notamment par l’Eglise. Ce qui vient de se produire sur la santé illustre à merveille la difficulté de s’abstraire de cette série historique et d’en “inverser la courbe” pour paraphraser l’homme de l’Elysée.

Cette difficulté mérite vraiment d’être calmement analysée et disséquée, car elle fait peser une hypothèque sur la possibilité de réformer le système “de l’intérieur”. Nous avons bien entendu tous l’espérance de pouvoir “changer le système” de façon démocratique et ordonnée. Mais tout montre que ce type de changement suppose l’existence d’une technostructure disposée à transposer les intentions politiques en mesure technique. Et là, les ennuis commencent.

L’habile propagande du pacte social

Enfin, on notera que l’intervention du gouvernement profond en faveur d’une étatisation grandissante de la société française s’opère toujours sous couvert des grands mots qui vont bien: solidarité, pacte social, grande oeuvre modernisatrice du Conseil National de la Résistance, etc. Le système est, de ce point de vue, très bien monté: il consiste à systématiquement présenter une réforme systémique de l’assurance maladie comme une intention de rendre la médecine payante. Cette étape franchie, des journalistes consciencieux sortent dans la rue faire des micro-trottoirs en demandant au quidam: “Entre une médecine remboursée par la sécurité sociale, et une médecine privée payante, que préférez-vous?”

Le résultat du micro-trottoir permet de prouver dans l’heure que tous les Français sont contre cette réforme. Sur ce point, Fillon s’est trouvé trop court d’un uppercut. Dans la bataille des doxa, il n’était pas prêt à rendre les coups ni à imposer ses thèmes. Gramsci demeure bien notre maître à penser.

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5 commentaires sur Santé: que retenir du pénible moment Fillon?

  1. bonjour
    à la différence de Hollande il tient compte de l’état de l’opinion. En effet pour la loi Travail il y’a eu une pétition réunissant plus d’un million de signatures, il y’a eu de grandes manifestations dans les rues, il y a eu entorse à la loi qui prescrit une négociation-information avec les partenaires sociaux au préalable (loi larcher) et le couple Hollande Valls n’a su que sortir le 49-3 sans aucun égard pour les réactions de l’opinion ! impressionnant!
    Le texte de la loi travail va restructurer complètement la santé au travail sans tenir compte de l’avis des organisations syndicales ni de l’avis des professionnels et ne se basant que sur des rumeurs sans fondement!

  2. Je ne comprends pas la référence à Gramsci. Gramsci valorisait l’intellectuel organique, qui comme sa dénomination l’indique verbalisait et structurait son adaptation du dogme au travers de son vécu au coeur du tissu social. Ce ne serait pas le cas des conseillers de M. Fillon? Il n’aurait jamais proné la reddition à la pression de la rue.

    Par ailleurs je ne comprends pas non plus comment un système bien monté peut amener à un déni de “virilité”, mais là encore je retarde peut-être d’un époque.

    • Salut Jean-Luc! Il est clair que Fillon ne s’est pas doté d’une machine à fabriquer une influence suffisante pour imposer ses thèmes, et que ses idées sont passées à la moulinette de ses adversaires… Pour le coup, Fillon devra sans doute abandonner beaucoup de ses positions…

  3. OUI, mais quand on dit sous forme d’une généralité « … dérembourser les affections bénignes, pour ne prendre en charge que les affections graves et de longue durée.. » chacun voit midi à sa porte et commence à se demander si ce qu’il vient d’ attraper est ou non ‘une « affection bénigne »: une grippe c’est bénin, donc il faut attendre et faire avec afin que cela se complique en en une bonne grosse broncho-pneumonie pour pouvoir être pris en charge. Et puisqu’une grippe est chose bénigne est ce que cela mérite un arrêt maladie ??? En fait, la vraie réforme du système de santé serait de faire passer un appareil de santé rigidifié dans le CURATIF à un modèle plus souple de médecine PREVENTIVE mais là il n’y a aucun risque que cela soit proposé par qui que ce soit car big pharma sait trop bien que le système français actuel (sécu. toute seule mais sécu+mutuelles encore plus) est une rente et Bayer ou Novartis ont probablement, chacun à eux seul, bien plus de pouvoir que n’importe lequel de nos petits candidats à la présidence de la république française pour que cela devienne un jour un projet politique majeur.

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