Un scandale à 300 millions € à l’Education Nationale

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Il paraît que l’Education Nationale n’a pas d’argent! et même qu’elle s’en plaint beaucoup. Pourtant, la Cour des Comptes vient de lever un fameux lièvre: depuis 2008, ce ministère si pauvre s’est permis d’engloutir 300 millions € dans un projet informatique qui ne marche pas. On remarquera au passage que l’incompétence de la technostructure qui sévit dans ce ministère n’est pas liée aux majorités parlementaires: elle reste constante sous la gauche comme sous la droite.

L’Education Nationale cède-t-elle trop aux SIRHEN?

L’idée initiale était en soi absurde: alors que Bercy mettait en place un système informatique pour gérer les ressources humaines de tous les ministères, l’Education Nationale a décidé de faire bande à part en se lançant dans le Système Informatique des Ressources Humaines de l’Education Nationale (le SIRHEN). Le programme initial devait coûter environ 60 millions €.

Patatras, comme l’indique le référé du premier président de la Cour, Didier Migaud, près de dix ans plus tard, le système ne marche toujours pas, et plus de 300 millions seront finalement engloutis dans le projet. Les prestataires informatiques doivent se frotter les mains!

Voici le texte du référé:

Quelle transparence pour les achats informatiques de l’Education Nationale?

Ce n’est pas la première fois que les achats informatiques de l’Education Nationale posent problème. Ce ministère n’a pas d’argent, mais il adore enrichir les grands prestataires informatiques. Dans le cas de SIRHEN, c’est Capgemini qui bénéficie des largesses du mammouth. Il serait quand même intéressant qu’au titre de la transparence prévue par notre bloc de constitutionnalité, l’Education Nationale fasse la lumière sur sa politique d’achat informatique. Car on se demande quand même comment de telles dérives peuvent intervenir sans que le contribuable (et les parents d’élèves) ne soient informés de l’usage qui est fait de leur argent par des fonctionnaires qui semblent avoir le goût du secret.

En tout cas, depuis 10 ans, personne n’a entendu parler de sanctions qui auraient été prises pour réparer ce gâchis.

On notera ce commentaire général de la Cour:

Le programme Sirhen a pour objet le remplacement des systèmes d’information et de gestion des ressources humaines du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Engagé en 2007 sans cadrage technique et financier précis, le projet a rencontré des difficultés mal maîtrisées qui ont entravé son bon déroulement jusqu’à provoquer un quintuplement du coût final (de 60 M€ à 323 M€), un étirement jusqu’en 2023 du calendrier global et un blocage du programme, le prestataire ne parvenant pas à livrer une version de l’outil d’une qualité apte à la prise en charge des premiers agents. La Cour constate des améliorations récentes mais insuffisantes pour redresser le projet et insiste sur l’absolue nécessité de sécuriser la conduite du programme pour atteindre un déploiement complet en 2020 dans un cadre financier strict. Elle formule trois recommandations.

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5 commentaires sur Un scandale à 300 millions € à l’Education Nationale

  1. Le déploiement des systèmes informatiques dans le service public a vraiment l’air d’être pris par dessus la jambe… Déjà que les entreprises ont du mal à intégrer la révolution numérique… As t on une idée du coup de la fusion ANPE Assedic ( juste au niveau informatique) ? La cours des comptes le dit bien, il n’y a aucune étude d’impact des actions menées, et les ressources sont allouées sans garde fou dans ce type de projet. C’est donc une preuve de plus de l’incompétence ou de l’incompatibilité de notre système de décision publique sur des sujets ou une réelle expertise est nécessaire…

  2. Ne pas oublier les conséquences: retrad de la rentrée scolaire en raison de l’impossibilité de payer une journée en aout…retards de plusieurs mois de paiement des salaires pour les débutants…

  3. Et qui c’était le ministre de l’éducation de N. Sarkozy qui a donné le feu vert à l’enrichissement de Capgemini? F. Fillon ou L. Chatel? Car il n’y a pas que des cadres engagés dans ces affaires. Que je sache, le ministre sait ou peut et même doit savoir ce qui se passe dans sa province.
    L’un ou l’autre – ou un autre encore, quelle différence? On ne s’en souvient plus. Il ne subsiste que l’idée que la commande/gabegie publique est fort bien orientée vers certaines entreprises… avec renvoi d’ascenseur?

  4. Dénoncer n’est pas comprendre, encore moins corriger
    SIRHEN n’est hélas pas le premier fiasco de l’administration en matière de modernisation des ressources humaines. Les avatars des logiciels de paye Louvois pour les militaires et ONP pour les fonctionnaires civils sont dans toutes les mémoires. La dramaturgie en est maintenant bien établie : au départ des promesses d’économies de gestion liée à l’informatisation de taches exercées de façon « vétuste » par des services décentralisés (900 bases de données à reprendre dans le cas SIRHEN); ensuite des difficultés croissantes du prestataire informatique pour maitriser une complexité souvent sous-estimée mais de surcroit débridée par la centralisation du projet et le dessaisissement des acteurs locaux. Acte 3 fin de partie, au mieux avant la mise en service du logiciel comme dans le cas de l’ONP (cout d’1 milliard d’€ avant l’arrêt poubelle !), au pire bien après comme pour Louvois car les services existants de soldeurs avaient été prématurément démantelés. Acte 4 gros yeux de la Cour des comptes qui documente par le menu les étapes du naufrage, fournissant ainsi la matière à de faciles procès, en incompétence des uns, en goinfrerie des autres.
    Pourtant la lecture attentive, et en creux, des rapports de la Cour fournit d’autres motifs d’inquiétude autrement plus sérieux. Le décalage entre la précision méticuleuse, pour ne pas dire obsessionnelle, de l’instruction et l’indigence des recommandations est en effet saisissant. La conclusion de l’abondant rapport sur l’échec de l’ONP, est simplement d’enjoindre l’administration à « apprendre à mieux conduire les grands projets informatiques »! Dans le cas du SIRHEN, les injonctions sont plus précises, mais se limitent au respect de procédures. Qui peut croire que « renforcer la traçabilité des décisions », ou « recentrer le programme sur ses fonctions socles » aurait infléchi la trajectoire du Titanic ?
    Du coup ces rapports prestigieux, malgré leur haute qualité formelle, expriment finalement une double impuissance collective de l’administration actuelle : à comprendre ces fiascos et le rôle du numérique d’abord, à apprendre ensuite tant la répétition de scenarios identiques devrait alerter.
    Trouvera-t-elle les ressorts, internes ou externes, pour s’extraire de cette fatalité ? Souhaitons-le pour nous !

  5. et si on s’intéressait aussi au systeme informatique RH et finance du CNRS ? des millions partis en fumée là aussi !
    – pour s’améliorer il ne suffit pas de bien dérouler des procédures de gestion de projet informatique, il faut aussi se poser la question de la pertinence de certains projets qui souvent servent dans l’administration des egos, des promos et occupent des myriades de chefs de projet surfaits plus qu’ils n’apportent des services
    – ne peut-on pas considérer que la gestion des salaires pourrait être centralisée sachant que dans l’administration c’est une grille d’indices qui est à la base du calcul des salaires. Qu’est ce qui justifie que chacun ait son propres système d’information RH ?

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