Quel sera l’impact de Trump sur la politique monétaire américaine ?

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Article de politique monétaire initialement paru sur le site The Conversation sous la signature d’Usman W. Chohan.

Donald Trump a souvent dit que la Reserve Fédérale maintient des taux d’intérêt trop bas afin de jouer un rôle politique. Il estime que la politique monétaire Américaine manque de transparence, et que sa manipulation cause actuellement « une grosse bulle » économique. Selon ses propres mots :

« Ils maintiennent les taux au plus bas pour que tout le reste ne s’effondre pas. A un moment donné, les taux vont devoir changer. […] Nous sommes dans une économie artificielle. »

Pendant sa campagne, il a proposé un contrôle, une responsabilisation rigoureuse de la banque centrale. En tant que nouveau président, il est en mesure de peser lourd dans le fonctionnement de la Fed. Il y a en effet deux postes à pourvoir au conseil de la Réserve fédérale, pour lesquels il pourra proposer des personnes partageant ses idées économiques. Ensuite, la présidente Janet Yellen et le vice-président Stanley Fischer vont eux-mêmes finir leur mandat au début de 2018, et il pourra peser aussi sur ces nominations.

La sacro-sainte indépendance

La Fed a toujours proclamé, comme d’autres banques centrales, que l’objectif de stabilité monétaire nécessite une indépendance totale vis-à-vis du pouvoir politique. Les économistes orthodoxes ont toujours été sur cette ligne. Ils estiment que si une banque centrale est soumise aux politiciens, leurs intérêts à court terme vont « provoquer des booms artificiels ».

De plus, les économistes orthodoxes pensent que les politiciens sont trop influencés par des idéologies qui n’ont pas de cohérence économique. Non sans raison : l’histoire offre de multiples exemples de responsables politiques à courte vue.

La bonne gouvernance nécessite plus que de l’indépendance

Pour que l’indépendance des banques centrales fonctionne efficacement, elles doivent être des institutions capables d’autocritique, intellectuellement honnêtes et adaptables, comme c’est le cas par exemple des banques centrales du Canada et de Nouvelle-Zélande. Travailler en tant que banque centrale est un art, pas une science, et c’est pourquoi l’humilité est aussi un facteur important du succès de certaines de ces institutions.

Le statut d’exception des banques centrales touche aussi un champ plus large, professionnel et académique : elles exercent une influence sur les distinctions et la reconnaissance dans le domaine de la recherche en économie. Par exemple : le prix Nobel d’économie– qui n’est pas vraiment un prix Nobel mais un prix « commémoratif »– est attribué par la Banque centrale de Suède. Il n’est donc pas vraiment surprenant que ce prix revienne régulièrement aux économistes qui défendent la puissance des banques centrales.

La Fed a un impact global

Donald Trump et Bernie Sanders ont insisté pendant leurs campagnes pour qu’on mette en place un robuste mécanisme de contrôle et de responsabilisation de la Fed. Elle exerce en effet une influence disproportionnée sur le bien-être des gens partout dans le monde. Si la Fed n’avait qu’un impact national, comme la plupart des banques centrales, la question ne se poserait pas en ces termes. Mais la Réserve fédérale imprime le dollar américain, la monnaie de réserve (c’est-à-dire la plus courante et importante) du monde. Elle pèse ainsi très lourdement sur le destin économique de la planète.

Dans un monde embourbé dans le populisme, l’idée qu’un petit groupe d’économistes gère le prix mondial de la monnaie (les taux d’intérêt) sans avoir été élu – paraît insupportable à beaucoup.

Leçons pour les autres banques centrales

Deux autres banques centrales ont des mandats aussi complexes que celui de la Fed et un impact global disproportionné au-delà de leur impact domestique. Il s’agit de la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque Populaire de Chine (BPC). Elles doivent certes répondre aux besoins domestiques de leurs économies, mais elles peuvent agir sur les orientations de l’économie mondiale. Elles sont soumises aux mêmes critiques que la Fed : elles ne sont en effet pas soumises à un mécanisme de responsabilisation démocratique cohérent.

Même si la BPC ne fait pas l’objet de critiques substantielles en Chine, elle provoque régulièrement la colère des partenaires commerciaux de la Chine pour sa politique monétaire domestique. De son coté, la BCE est désormais la cible du mécontentement de nombreux états membres de l’UE, pour plusieurs raisons. Il faut dire que la BCE a un mandat très difficile puisqu’elle doit en permanence essayer de trouver un équilibrequi convienne aux pays européens stables, et à ceux qui sont touchés par la crise. Son absence de contrôle démocratique a également été maintes fois soulignée.

Quel avenir pour la Fed ?

Comme c’est le cas de beaucoup de « promesses » de Trump, il n’est pas encore certain que le président élu s’en prenne à la Fed. Toutefois, s’il mène les réformes qu’il a annoncées, l’impact de la présidence Trump sur la Réserve fédérale pourrait être énorme. Et son impact sur les marchés boursiers et obligataires mondiaux, sur la valeur du dollar américain, sur la masse monétaire et sur la vie quotidienne des Américains pourrait être très lourd.

L’indépendance n’est certes pas le seul facteur dans la bonne gouvernance d’une banque centrale. Cependant, étant donné la ferveur populiste actuelle, une réforme visant à mettre en place des mécanismes de responsabilisation de la Fed pourrait s’avérer nécessaire.

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