S’installer lorsque l’on n’est pas issu du milieu agricole

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Article initialement paru dans Paysan Breton.
’installer pour reprendre seul une exploitation, lorsque l’on n’est pas issu du milieu agricole, n’est pas forcément chose aisée. « Mais, avec de la volonté, on y arrive ! », témoigne Ronan Latimier, éleveur laitier installé à Trébry (22) en début d’année.

« Un gagnant est un rêveur qui n’abandonne jamais », avait coutume de dire Nelson Mandela. Une maxime que Ronan Latimier peut reprendre à son compte. Passionné par l’agriculture, ce Costarmoricain n’a jamais envisagé d’exercer un autre métier. « Enfant, j’ai passé tous mes week-ends et toutes mes vacances sur l’exploitation laitière du voisin de mes parents. Mon stage de découverte des métiers en classe de troisième, c’est dans sa ferme que je l’ai réalisé ». Fidèle à son cap, le jeune homme prépare un Bac pro « Conduite et gestion de l’exploitation agricole » au lycée La Ville Davy, à Quessoy (22). Puis, une fois son diplôme obtenu, il travaille comme salarié agricole durant sept ans. « Je voulais voir ce qui se faisait un peu à droite et à gauche, me constituer une expérience avant de m’installer ».

Durant son parcours, Ronan a dû faire face au scepticisme. « Tu n’es pas fils d’agriculteurs, tu ne trouveras jamais d’exploitation à reprendre… » Une phrase trop souvent entendue. Mais son ancien voisin, celui avec qui il a « tout appris », lui a aussi insufflé la confiance en l’avenir. « Il m’avait dit : ne les écoute pas. Un jour, tu auras ta ferme ».

Un outil fonctionnel

Pour son installation, le jeune agriculteur a choisi « un outil fonctionnel avec des possibilités d'évolution ».

Pour son installation, le jeune agriculteur a choisi « un outil fonctionnel avec des possibilités d’évolution ».

Inscrit au Répertoire Départ Installation (RDI) depuis 2010, il a bien failli s’installer il y a déjà quelques années. « J’avais trouvé une ferme qui correspondait bien à mes attentes, sans travaux à engager. Mais cela a capoté quand le propriétaire des terres a su que je n’étais ni de la commune, ni enfant d’agriculteurs… » Déçu mais pas abattu, il laisse passer un peu de temps avant de reprendre sa quête. En mai 2015, par ouï-dire, il apprend qu’une exploitation laitière est à reprendre à la Ville Gourio, sur la commune de Trébry (22). « Pour être sûr, j’ai vérifié au préalable sur le site de la Chambre d’agriculture. Puis j’ai pris contact avec le cédant qui arrêtait son activité, suite à des soucis de santé ».

La visite de l’exploitation le rassure. « Je voulais un outil qui soit directement opérationnel. Je n’ai pas beaucoup de patience ! » Une ferme d’une quarantaine d’hectares, une salle de traite 2 x 5, un troupeau de 40 laitières, un peu de matériel… Le rêve d’enfance prend forme. Pour financer son installation, il sollicite deux établissements bancaires. Et retient finalement le Crédit Mutuel de Bretagne, « mon choix s’est fait sur la rapidité de la réponse ». Le temps de finaliser l’accord avec le cédant, et Ronan Latimier, à 27 ans, effectue ses grands débuts sur son exploitation le 1er mars dernier. « Les journées ont été longues au départ. Heureusement, un copain qui connaissait la ferme pour y avoir déjà travaillé m’a donné un coup de main ».

En moins de trois mois, le jeune agriculteur prend ses marques. « Mes expériences précédentes m’ont beaucoup servi pour m’adapter rapidement ».
« Dans une reprise, il y a toujours des choses que l’on n’avait pas prévues. Mais, globalement, c’est conforme à ce que je souhaitais : un outil fonctionnel avec des possibilités d’évolution ».

Motivation et expérience
Les points forts du dossier de Ronan Latimier, lors de son installation, étaient sa motivation et son expérience en élevage bovin. Nous n’avons pas eu recours au financement MTS JA car les taux proposés sur des crédits « classiques » étaient inférieurs et présentaient, en outre, l’avantage d’être modulables. Concernant le plan de financement initial, au vu de la conjoncture, nous avons mis en place un différé d’un an sur le prêt le plus important, celui du bâtiment, qui représentait plus de la moitié du montant total.
Cela permet de ne pas avoir des annuités de remboursement trop fortes la première année. Dans le même esprit de « sur-mesure », le matériel repris a été financé sur 5 ans au lieu de 7 ans car il nécessitera d’être renouvelé plus vite que du neuf. Chaque installation est un cas unique. Et nous adaptons nos solutions de financement au projet.Nolwenn Le Mée, Chargée de clientèle agricole au CMB, Moncontour (22)

Un équilibre

S’il ne compte pas ses heures – « Je ne le faisais déjà pas en étant salarié, ce n’est pas ma manière de travailler » -, le jeune agriculteur a toutefois réussi à trouver un équilibre qui lui permet de concilier vies professionnelle et familiale. « La traite, c’est 1 h 10 le matin, 1 heure le soir. Pour le reste, je m’organise en fonction des saisons ». Adhérent au service de remplacement, ce jeune papa a ainsi pu prendre son congé de paternité.

Habitant à sept kilomètres de sa ferme, Ronan, qui travaille seul – son épouse est salariée sur une autre exploitation -, apprécie de ne pas être isolé. « J’ai des voisins agriculteurs que je croise tous les jours. Le matériel de culture est en copropriété avec le frère du cédant. Par ailleurs, je suis adhérent et administrateur de la Cuma de Saint-Glen ». En quelques mois, il a trouvé sa place et s’est parfaitement intégré au sein du paysage agricole. La preuve que l’on peut grandir sans renoncer à ses rêves d’enfance.

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