SNCF: le statut de cheminot ne disparaîtra pas avant 2060

Edouard Philippe a annoncé hier ses arbitrages sur la SNCF et, en particulier, la disparition du statut de cheminot. Sur le fond, la position du gouvernement semble entre deux eaux: pour des réformes, mais pas trop, et par ordonnances. Les prochains semaines diront si ce choix somme toute mitigé constitue une stratégie gagnante.  

Dans le dossier SNCF, le gouvernement n’a pas choisi la stratégie du choc. Non seulement, les « petites » lignes déficitaires ne seront pas abandonnées, mais les retraites, qui coûtent plusieurs milliards aux contribuables, ne seront pas réformées tout de suite. L’entreprise restera publique. Les partisans d’un règlement global des problèmes (et des coûts inutiles) resteront donc sur leur faim. 

Certes, on peut comprendre la stratégie du gouvernement dans ce dossier, qui a choisi de curiacer les difficultés et de ne se battre que sur ce qui est strictement utile. Il y aura donc bien ouverture à la concurrence, notamment sur les lignes régionales, et remise en cause du statut de cheminot. Mais là encore, quelques remarques ne sont pas inutiles.

Le statut de cheminot… jusqu’en 2060 au moins

Le statut de cheminot devrait disparaître et, avec lui, sa garantie de l’emploi. Mais là encore l’annonce doit être tempérée. La disparition ne sera effective que pour les nouveaux recrutements. Ceux qui bénéficient aujourd’hui du statut conserveront leurs privilèges.

Philippe choisit ici la technique déjà utilisée chez France Telecom et chez Air France. Elle évite des mesures trop brutales pour les personnels en place, mais elle contribue à faire « coller » les anciens statuts à la paroi des changements, et à les ralentir.

La saga des suicides chez France Telecom, qui a souvent touché les fonctionnaires du groupe, a d’ailleurs montré les risques de ces solutions à millefeuilles. Pendant des décennies, des nostalgiques de l’ancienne époque vivent le malaise d’un changement mal digéré.

Il faut au minimum 40 ans pour « purger » la situation, le temps que les derniers recrutés dans le nouveau statut partent. Autrement dit, Edouard Philippe a annoncé hier la survie du statut de cheminot jusqu’à 2060. Voilà une vieille recette des années 80 qu’on ressort alors qu’elle a montré son inefficacité. 

Rien sur la gouvernance de l’entreprise

Pour le reste, Edouard Philippe a limité les dégâts. La SNCF ne sera plus un établissement public de droit privé (EPIC), mais deviendra une société publique. On ne privatise donc pas. 

Il est vrai que les marchés ne se battraient pas forcément pour acheter du titre SNCF. Mais la privatisation aurait précisément permis de faire la vérité des prix. Les cheminots, qui vont nous rebattre les oreilles pendant des mois et des mois sur les innombrables mérites, auraient ainsi vu leurs prétentions ramenées à leur juste niveau. 

Reste à savoir si l’Etat actionnaire sera capable de gérer les évolutions, et notamment de se tenir à l’écart des grands arbitrages qui peuvent plomber ou sauver une entreprise de droit commun. 

L’ouverture à la concurrence ou le début d’un engrenage

Contraint et forcé par le droit communautaire, le gouvernement a néanmoins annoncé l’ouverture à la concurrence. Dès l’hiver 2019, les régions devraient pouvoir confier l’exploitations des lignes locales à un opérateur de leur choix. Le calendrier de mise en place sera toutefois progressif, avec des appels d’offres à partir de 2023 seulement.

Même si cette ouverture doit être lente (et retardée autant que faire se peut par la France), on voit bien quel engrenage elle ouvre: si la SNCF ne se réforme pas en profondeur, elle sera condamnée à disparaître. C’est précisément sur ce mouvement d’entraînement que le gouvernement compte pour « déconcentrer » au sein de la SNCF le poids des réformes au jour le jour (notamment la fin des petites lignes).  

On peut craindre toutefois que le mouvement soit lent, et que la SNCF continue à se comporter comme une diva. Les mesures protectionnistes devraient en effet subsister longuement. 

Un conflit social, vraiment?

Reste que l’équation est très simple. Soit le gouvernement n’ouvre pas le rail à la concurrence, et l’Union Européenne sanctionnera. Soit le gouvernement respecte les engagements européens de la France, et il brusque ses cheminots. La solution est assez vite trouvée. 

Donc, la CFDT cheminots a annoncé une grève à partir du 12 mars. Les mauvaises langues verront là la réponse du Berger, malmené à l’occasion des ordonnances, à la macronie. Exceptionnellement, ce n’est pas la CGT qui laisse le mouvement, mais la CFDT. 

On ne dira pas que cette précipitation est encouragée par Laurent Berger lui-même. Les confédérations sont suffisamment décentralisées pour que le syndicat SNCF de la CFDT ait agi de son propre mouvement. En revanche, on sent bien le malaise poindre. 

L’argumentation gouvernementale est déjà toute trouvée: on réforme au minimum, puisqu’on ne privatise pas, et qu’on se contente d’ouvrir à la concurrence en supprimant un statut coûteux pour l’entreprise. L’objectif est de lui permettre d’être compétitive, tout en évitant de trop malmener les cheminots en place. Cette ligne de sagesse est-elle adaptée à la bataille qui se prépare? 

Réponse dans quelques jours. 

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