La SNCM devra rembourser les 220 millions versés par l’Etat

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Le tribunal de l’Union a confirmé la condamnation de la France à récupérer l’aide d’Etat de 220 millions versée à la SNCM.

Le Tribunal de l’UE confirme l’obligation pour la France de récupérer l’aide de 220 millions d’euros accordée à la SNCM au titre de certains services de transport maritime assurés entre Marseille et la Corse

La Société Nationale Corse-Méditerranée (« SNCM ») est une compagnie maritime française qui assure des liaisons régulières au départ de la France continentale. Par décision du 2 mai 2013, la Commission a qualifié d’aides d’État les compensations financières versées à la SNCM et à la CMN (« Compagnie méridionale de navigation ») au titre des services de transport maritime fournis entre Marseille et la Corse pour les années 2007-2013 dans le cadre d’une convention de service public. Si les compensations versées à la SNCM et à la CMN pour les services de transport fournis tout au long de l’année (« service dit ‘de base’ ») ont été qualifiées de compatibles avec le marché intérieur, la Commission a jugé incompatibles les compensations versées à la SNCM pour les services fournis par cette société pendant les périodes de pointe de trafic (« service dit ‘complémentaire’ »).

La Commission a alors ordonné la récupération des aides incompatibles, soit un total de 220 millions d’euros, au plus tard le 3 septembre 2013. Au cours de l’été 2013, la France et la SNCM ont chacune introduit un recours devant le Tribunal de l’Union européenne pour obtenir l’annulation de cette décision.

Saisie en parallèle par la Commission d’un recours en manquement contre la France dans cette même affaire, la Cour de justice a, par arrêt du 9 juillet 2015, constaté que la France avait manqué à son obligation de récupérer, dans le délai imparti, l’aide de 220 millions d’euros accordée à la SNCM. Dans cet arrêt, la Cour n’a cependant pas apprécié, sur le fond, le litige qui fait aujourd’hui l’objet des arrêts du Tribunal.

Par arrêts de ce jour, le Tribunal confirme la décision de la Commission et, partant, l’obligation pour la France de récupérer l’aide de 220 millions d’euros.

Le Tribunal rappelle tout d’abord que, pour qu’une compensation de service public puisse échapper à la qualification d’aide d’État, plusieurs critères doivent être satisfaits cumulativement, dont notamment les deux suivants : 1) l’entreprise bénéficiaire doit effectivement être chargée de l’exécution d’obligations de service public et ces obligations doivent être clairement définies et 2) l’entreprise bénéficiaire doit être choisie dans le cadre d’une procédure permettant de sélectionner le candidat capable de fournir les services en cause au moindre coût pour la collectivité.

Dans sa décision, la Commission a estimé, contrairement à la SNCM et à la France, que le premier de ces critères n’était pas rempli pour le service complémentaire et que le second n’était rempli pour aucun des deux types de service en cause. Le Tribunal confirme l’analyse de la Commission.

S’agissant du premier critère, le Tribunal considère que, pour qu’une entreprise de cabotage maritime, activité faisant l’objet d’un règlement de l’Union, puisse être chargée de la gestion d’un service d’intérêt économique général (SIEG) et, partant, d’obligations de service public, il faut, d’une part, que le service en cause réponde à un besoin réel de service public, démontré par l’insuffisance des services réguliers de transport dans une situation de libre concurrence, et, d’autre part, que le périmètre de ce service soit nécessaire et proportionné à ce besoin. Or, en l’espèce, les autorités françaises ne sont pas parvenues à établir ces points, au contraire de la Commission.

Par ailleurs, le Tribunal considère, toujours dans le cadre du premier critère, que la Commission a, à juste titre, assimilé les capacités supplémentaires à fournir durant les périodes de pointe à un service complémentaire et évalué ce service séparément du service de base. Cette distinction entre les services de transport à fournir tout au long de l’année dans le cadre du service de base et les capacités supplémentaires à fournir en période de pointe en tant que service complémentaire ressort clairement tant du texte que des modalités de la convention de service public.

S’agissant du second critère, le Tribunal estime là encore que la Commission a correctement analysé la situation. Il ressort en effet d’un faisceau d’indices convergents que la procédure d’appel d’offres suivie dans le cas de la SNCM n’a manifestement pas entraîné une concurrence réelle et ouverte suffisante permettant de sélectionner le candidat capable de fournir les services de transport maritime en cause au moindre coût pour la collectivité.

Enfin, le Tribunal considère que la Commission a correctement calculé le montant de l’aide à récupérer.

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