La solitude du chef d’entreprise face à l’Université

L’entreprise et l’Université sont régulièrement amenées à collaborer ensemble : la première pour compléter ses effectifs, augmenter sa productivité et dénicher des jeunes talents ; la seconde pour parachever la formation de ses étudiants en recherche de stage ou de contrat d’apprentissage. Ce partenariat réserve parfois des (mauvaises) surprises…

Pour accueillir un étudiant, en stage ou en contrat de professionnalisation, l’entreprise doit signer une convention tripartite avec l’étudiant et l’Université formatrice de l’étudiant. Cette convention est censée marquer l’engagement des parties jusqu’à la fin de la période fixée. Dans les faits, si une mésentente a lieu entre l’étudiant et l’entreprise, il n’est pas rare que l’Université soutienne son étudiant sans même nouer de dialogue avec l’employeur.

 

Comment l’Université abandonne l’entreprise face à l’apprenant

Quand l’entreprise recrute un étudiant en contrat de professionnalisation, la présence de l’étudiant chez son employeur, tout comme aux cours donnés par l’Université, est un prérequis pour valider son diplôme. En effet, l’étudiant s’engage « à être assidu pendant toute la durée de la formation, à respecter les horaires et la réglementation en vigueur ainsi qu’à satisfaire aux contrôles de présence« .

Mais, arrive le moment où l’étudiant se déclare en arrêt maladie, dûment signé par un médecin, pour ne pas venir au travail. Rien d’alarmant me direz-vous ? Pourtant, cet étudiant, supposé trop souffrant pour se rendre dans l’entreprise auprès de laquelle il s’est engagé, continue à se rendre à chacun de ses cours donnés à l’Université ! A un rythme régulier, le malade est donc apte à aller en cours pour redevenir malade au moment de devoir travailler…

Et que dit l’Université face à ce comportement ? Rien. L’employeur fait face à une administration qui considère que les relations entre l’employeur et son salarié ne la regardent pas. Etrange comportement pour l’une des parties à la convention de professionnalisation.

En réalité, il importe peu à l’Université que l’étudiant n’ait pas rempli ses diligences face à l’entreprise qui l’a recruté. Elle validera le diplôme de son étudiant obligé de se mettre en arrêt maladie à cause du méchant employeur qui lui a permis d’avoir un contrat.

La seule chose pour laquelle l’Université se battra, c’est le paiement de la formation qui, dans le cadre du contrat de professionnalisation, est due par l’entreprise, ce même si l’apprenant est à l’origine de la rupture ! Le chef d’entreprise fait alors face à une administration qui se fiche royalement de savoir si son étudiant a eu un comportement fautif et qui exige, coûte que coûte, le paiement d’une formation dont l’étudiant n’a pas respecté les engagements.

Les OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés) qui participent au financement des contrats de professionnalisation seront aussi heureux d’apprendre qu’ils payent parfois pour des contrats qui ne sont pas menés à leur terme.

Outre cet exemple marquant de l’employeur qui se retrouve totalement abandonné par l’Université lorsqu’il recrute un apprenant, le cas du simple stage est aussi éloquent.

Comment les stagiaires sont déresponsabilisés par l’Université

Nombreuses sont les entreprises qui accueillent un ou plusieurs stagiaires pour les épauler dans l’activité quotidienne. Les stagiaires, eux, sont aussi preneurs de véritables stages qui ne se limitent pas à la photocopieuse, aux missions de classement ou à la machine à café.

Il n’est donc pas rare que l’entreprise propose au stagiaire la responsabilité d’une mission, parfois d’un projet (si la durée du stage le permet) sous l’encadrement d’un tuteur. Ce type de mission paraît intéressant et même bénéfique pour l’avenir professionnel de l’étudiant. Et pourtant, il est fréquent que des stagiaires décident de quitter l’entreprise, même si la réalisation d’un stage est une condition à l’obtention de leur diplôme.

Ainsi, il arrive que l’étudiant, récemment recruté, annonce son départ après les 5 premiers jours d’un stage de plusieurs mois. Le stagiaire a pris la place d’un autre candidat qui aurait volontiers fait ce stage, et pourtant il obtient l’aval de son Université pour rompre la convention. Bel exemple d’engagement professionnel inculqué par l’éducation nationale qui, plutôt que de former ses étudiants à la vie professionnelle et au respect des engagements tenus  et écrits, admet régulièrement que les stagiaires puissent ainsi changer d’avis. Cela est d’autant plus choquant que nous ne parlons pas d’une convention qui lierait l’étudiant à l’entreprise sur plusieurs années mais d’un stage de 6 mois tout au plus !

Une fois de plus, le chef d’entreprise est désarmé face à cette attitude de l’Université qui préfère ménager ses étudiants, plutôt que de les préparer à la réalité du marché du travail.

Ces exemples ne sont que d’infimes retours d’expérience qui permettent de se rendre compte de l’attitude parfois méprisante que peut avoir l’Université envers les entreprises qui recrutent pourtant leurs étudiants.

A propos Leo Guittet 186 Articles
Juriste spécialisé dans les données de santé à Tripalio depuis 2014, j'écris quotidiennement des articles sur le thème de la protection sociale collective et des données de santé. Actuellement en thèse CIFRE sur le sujet de l'accès aux données de santé en France, je suis intéressé par tous les sujets qui touchent aux avancées technologiques et juridiques sur ce thème.

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