Je suis une femme et j’ai participé à une soirée gay, par K.G.

Temps de lecture : 5 minutes

Cet article a été lu 5102 fois

Ou comment j’ai  pu en l’espace d’une soirée me débarrasser de quelques préjugés sur le milieu gay…

Rappelons qu’un préjugé est une idée reçue, un « pré-jugement », verdict rendu sans délibération, faute d’éléments factuels ou d’effort de pensée, généralement incité par une culture populaire. Tout préjugé se doit d’être combattu activement.

Me contentant d’une seule expérience pour décrire un ressenti, je suis consciente ici de ne faire que troquer des idées reçues contre une première impression, ce qui ne vaut pas grand-chose, mais celle-ci aura au moins le mérite d’avoir été recueillie à la source.

Je ne suis moi-même jamais allée à une gay pride, mais je suis sortie en boîte avec un ami au Théâtre Le Palace à Paris, pour écouter de la tech house, par un DJ connu dans la communauté. Le rapport ? Il s’agit d’une salle de spectacle eclectique, emblématique et intimement liée à la culture gay dans son histoire.

L’immersion a été rapide : en faisant la queue en direction des vestiaires, un type, quadragénaire très apprêté et ostensiblement maquillé, accompagné d’un semblable, accoste mon ami : « ooooh ça fait une éternité, dis-moi ! Qu’est-ce que tu deviens ? T’es en couple ? C’est pas vrai! Roooh mais je te connais toi. VU COMME TU SUCES !!! (rires)  Bon alors qu’est-ce qu’il devient Jacky ? Une vraie petite salope, celle-là…». En nous éloignant, je lui demande s’il connaît bien ce type. « Non.» « Mais tu as couché avec lui ? » « Non, il est comme ça avec tout le monde… ». On se dirige vers la piste. Atmosphère gay pride, avec des corps musclés uniquement en string, combinaisons de latex laissant apparaître fesses et tétons percés à l’air, dans des positions plus que suggestives, en somme une version light, mais l’esthétique y est. Observation sociologique amusante : ce sont précisément les jeunes étrangers, notamment maghrébins, qui sont les plus discrets et les plus conciliants, probablement conscients et reconnaissants d’être dans un havre de paix et de liberté (toutes proportions gardées) offert par un pays comme la France. Par ailleurs on constate que cet humour « cage aux folles », fait d’exubérance et de gaîté perpétuelles, est un cocktail qui appartient typiquement au patrimoine français, façonné dans la culture populaire à travers plusieurs décennies.

Je constate que je suis la seule femelle dans mon périmètre, et ressens d’abord le confort d’être parfaitement transparente et pouvoir faire absolument tout ce que je veux. Comme me mettre au bout d’un moment en débardeur à cause de la chaleur, rassurée par l’idée que j’aurais eu plus d’un coup d’avance si je m’adonnais à un strip poker avec certains… Je finis tout de même par être un peu déstabilisée par ces fameux regards froids de la tête aux pieds, qu’on peut aussi appeler regards de mépris. Un homme finit même par pencher la tête vers moi et me crier à l’oreille : « c’est bon ma chérie, on t’a vue ». La musique house étant, heureusement, à mon goût, je décide de me concentrer sur elle. Environ une demi-heure plus tard, j’entends une voix d’homme imiter l’orgasme féminin dans mon dos pendant que je danse. Je me retourne, et des têtes hilares se tournent vers celui qui en était la source. Il ne se laisse pas décontenancer et me sourit d’un air narquois. Je le lui rends, tout en commençant à avoir sérieusement la nausée. Plus tard dans la soirée, scène amusante : un type fait mine de prendre en photo avec son portable une​ femme d’âge mur, qui s’était mise sur son 31. Elle prend une pose manifeste, mais l’homme est en train de se prendre en selfie en riant. Cet épisode aurait prêté à sourire, si on n’avait pas déjà l’estomac retourné par cette atmosphère psychologique de lynchage. Je n’ose même pas imaginer l’ambiance dans un club comme Le Dépôt…

Plus tard quand on s’apprêtait à partir, la vieille connaissance du début nous a rattrapés et a pétri l’épaule de mon ami : « tu t’en vas déjà ? Ya Bobonne qui t’attend à la maison? Oooh vas-y vite vite vite ! Elle va pas être contente !»

À ce moment-là un souvenir a priori parfaitement inutile m’est remonté à la surface : un ami d’ami appartenant à un réseau gay qui m’avait été présenté, et avec lequel j’ai eu droit à un hilarant bien que classique « j’ai envie de faire l’amour à ton vagin»… 

À y réfléchir, il ne s’agit évidemment pas d’une vengeance : leurs bourreaux sont très majoritairement des hommes. Il existe la même intolérance envers les hommes hétéros dans les milieux lesbiens, peut-être renforcée par le grief de tout le machisme du monde qu’elles font porter sur les épaules de tout ce qui est masculin et dans leur champ de vision, en tirant à vue. Mais on constate tout de même une différence : là où l’hostilité féminine est presque toujours formulée au premier degré, elle est enrobée dans le sarcasme chez les hommes, qui usent de leur humour comme d’une arme blanche. Mordent la chair, étymologiquement, et savent viser. En l’occurrence dans les ovaires. J’en viens même à penser qu’une femme ne saura pas ce qu’est la misogynie dans son essence avant de s’être retrouvée seule dans une boîte gay.

Quelques réflexions sur le milieu gay

Paris est une ville où la communauté LGBT est particulièrement bien représentée : d’après leur site, la Marche des Fiertés est organisée par l’inter-LGBT, qui regroupe environ 60 associations de lutte contre l’homophobie.

La Fédération LGBT, elle, a aussi pour vocation de regrouper les associations isolées, « unir les forces militantes ». Elle énonce parmi ses objectifs « Lutter contre les propos, mutilations ou toutes les formes avouées ou non de discrimination, d’exclusion, d’injures, de violences et d’agressions, notamment celles basées sur l’orientation sexuelle, le sexe, l’indétermination de sexe, l’identité de genre, à l’encontre d’individus, de groupes, ayant des pratiques homosexuelles, bisexuelles ou perçues comme telles. » Dommage que l’objectif ne soit pas tout simplement l’harmonie entre les communautés…

Qu’en tire-t-on ? Qu’il existera toujours pour les hétéros un territoire à ne pas fouler, aux frontières malheureusement invisibles car inavouées.

Qu’il existe une forme de préjugé, entièrement construit, consistant à dire que la communauté homosexuelle a toujours été une victime unilatérale du restant de la population. Une certaine forme d’hostilité a certes toujours existé mais n’a jamais été concentrée uniquement en direction des homosexuels, aujourd’hui membres d’une institution, malgré cette criminalisation systématique de tout ce qui touche de près ou de loin à de l’intolérance envers ce qu’on appelle le Milieu gay. C’est cette immense chimère nébuleuse, intouchable car tout y est indissociable (devoir de mémoire envers les martyrs, instrumentalisations politiques diverses, exploitations commerciales, genèse identitaire d’un énième phénomène de mode, etc.), qui brandit systématiquement l’homophobie comme son arme favorite.

Que ce qu’on appelle le Milieu gay doit être dissocié de la cause homosexuelle, et du groupe social d’individus qui, isolé comme cas d’étude selon le seul critère de ses pratiques sexuelles communes, représente une tranche de la population active d’une grande diversité, et qui adhère de moins en moins à ces codes et valeurs : les gens qu’on rencontre par ce biais sont trop superficiels et n’ont rien d’autre en commun que le sexe, les revendications et les provocations (sic!) perdent leur raison d’être, en un mot ils ne s’y reconnaissent plus. Ils ne croient pas plus en la nécessité d’une Marche des Fiertés qu’une féministe ne croirait en la nécessité d’une Journée (mondiale des droits) de la femme, dont l’existence même ne fait que leur rappeler qu’elles sont des “minorités étiquetées”.

Que s’il existe une Nation gay, avec un drapeau, un peuple, un « territoire», une culture, des droits, un sentiment d’unité, une entité si ce n’est politique, du moins juridique, elle doit pouvoir également avoir des comptes à rendre, être justiciable.

Prochaine sortie, une boîte lesbienne !

print

1 commentaire sur Je suis une femme et j’ai participé à une soirée gay, par K.G.

  1. Ton récit est très intéressant et véridique.
    La “milieu gay” est juste immonde, stéréotypé, intolérant, sexiste (anti-femme), profondément raciste, discriminatoire sur le physique, comme tu dis avec une ambiance de lynchage et de jugements permanent. Moi je suis un jeune gay, en surpoids, et tu m’imagines même pas les regards et les remarques aux quelles j’ai eu le droit la seule fois de ma vie où je suis allé dans un bar gay.
    Je me sens bien plus a l’aise dans des bars ou club majoritairement hétéros mais avec une ambiance de tolérance que dans ce genre de lieux communautariste sans intérêts.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Attentat de Londres: les vidéos à voir

Après le tragique attentat de Londres, voici quelques vidéos à regarder pour comprendre ce qui s'est passé près de Westminster....

Fermer