Montparnasse, ou le naufrage du capitalisme français de connivence

30 juillet 2018 Eric Verhaeghe 2

La panne qui frappe la gare Montparnasse préoccupe beaucoup les voyageurs, mais ne semble pas avoir d’impact politique majeur. Il faut dire que le gouvernement est sonné après l’affaire Benalla. Pourtant, s’il y a bien une affaire d’État aujourd’hui, c’est l’incurie avec laquelle la SNCF et RTE exposent à des risques de paralysie l’une des principales gares d’Europe… et ce faisant des millions de voyageurs qui se sont retrouvés bredouille le jour de leur départ en vacances. L’impunité des responsables illustre bien les dérives du capitalisme français de connivence qui étrangle le pays. L’affaire Benalla a suscité une émotion d’autant plus vive que le quotidien qui l’a propulsée en « une » avait intérêt à souffler sur les braises pour maintenir ses ventes. Mais que pèse-t-elle en réalité par rapport à ces voyageurs qui sont arrivés bredouille, en gare Montparnasse, du fait d’un incendie dans un poste d’électricité, que personne ne peut réparer en moins d’une semaine? Cette fois, Guillaume Pépy peut se féliciter d’une conjonction astrale favorable: sans l’affaire Benalla qui a épuisé les énergies et distrait l’attention des grands médias, il aurait passé un quart d’heure bien pire que celui qui lui a été réservé. Des millions de Français à […]

La grève à la SNCF (nous) coûte 790 M€ !

23 juillet 2018 ptilly 0

21 millions par jour. 37 jours… Le mouvement de grève des cheminots contre la réforme ferroviaire du gouvernement a coûté 790 millions d’€uros à la SNCF, selon l’AFP. Les chiffres dépassent le bénéfice net de 679 millions d’€uros enregistré par le groupe en 2017.  Traduction Entre autres… 600 millions de recettes ont été perdues sur les activités « voyageurs ». 60 millions de ventes ont été perdues sur le fret. 160 millions d’euros – un chiffre sans précédent – ont été dépensés dans des mesures commerciales afin de réduire le préjudice subi par ses clients. Par exemple, bus de substitution, abonnements TGV Max gratuits pour le mois d’avril, des billets à prix réduits, le service de covoiturage IDVroom gratuit les jours de grève… Le mouvement des cheminots s’est en revanche aussi traduit par une réduction des charges de l’entreprise pour 140 millions d’euros. Cette baisse provient des retenues sur salaires pour 100 millions d’euros et de moindres dépenses (en électricité notamment) liées au plus faible nombre de trains roulants. On est plus à ça près 790 M€ qui viennent donc s’ajouter aux 55 milliards de dettes de la SNCF. Pas grave puisque l’Etat reprend 35 Mds€ à son compte… Enfin au notre ! […]

Air France, SNCF: les entreprises publiques sont-elles capables de négocier avec leurs partenaires sociaux?

5 mai 2018 Eric Verhaeghe 0

Les entreprises publiques et leurs héritières (Air France ayant un statut d’entreprise privée avec un actionnaire de référence: l’Etat) sont-elles capables de pratiquer le dialogue social au sens où l’entendent les entreprises privées classiques? Le cas des conflits à la SNCF et à Air France permettent d’en douter. Après l’échec de son referendum sur ses propositions salariales, Jean-Marc Janaillac, président d’Air France, a décidé de démissionner. Il amplifie ainsi une crise qui dure depuis plusieurs semaines avec les salariés. Chacun se fera son idée sur qui a tort et qui a raison dans ce dossier. Une chose est sûre: la négociation qu’il a endossée avec les organisations syndicales pose, sur la forme, autant de questions que celle que l’Etat a menée et mène encore à la SNCF. Air France et ses hauts fonctionnaires Avec un peu de malice, on remarquera tout de même que Jean-Marc Janaillac est un ancien de la promotion Voltaire, à l’ENA – celle qui a tant marqué la vie politique française. Son directeur des ressources humaines, Gilles Gateau, était conseiller social de Manuel Valls à Matignon. Ces deux points soulignent la particularité d’Air France et les syndicats, cités à l’époque par Le Monde, s’en étaient émus: […]

Et si le gouvernement se passait de la CFDT? Quelles en seraient les conséquences?

21 avril 2018 Eric Verhaeghe 1

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT Cheminots, viennent de signer une intéressante tribune dans Le Monde, qui sonne à la fois comme une main tendue et un avertissement au gouvernement. La CFDT rappelle au bon souvenir d’Emmanuel Macron le rôle central qu’elle joue depuis plusieurs années dans le dialogue social en France. On suivra avec intérêt l’éventuel changement de pied du Président. Il n’est pas évident que ce texte ne finisse de convaincre Emmanuel Macron de tourner une page de notre histoire sociale.  Ce qui se joue entre le gouvernement et la CFDT sur l’affaire de la SNCF n’est pas anodin, et c’est peut-être même le cœur du volet social que l’on peut lire dans ce dossier épineux. La suite des événements donnera une bonne indication sur la conception « sociale » du macronisme et méritera d’être suivi avec attention de ce simple point de vue.  Un employeur peu enclin au dialogue social En tant qu’employeur final de la SNCF, ni Emmanuel Macron, ni Edouard Philippe, ni Elisabeth Borne ne brillent par leur sens aigu du dialogue avec les partenaires sociaux. On peut être un patron ou un actionnaire décidé à réformer une […]

Conflit à la SNCF: Elisabeth Borne bientôt fusible du gouvernement?

20 avril 2018 Eric Verhaeghe 2

La gestion des négociations avec les cheminots par Elisabeth Borne semble de moins en moins tenable. Les syndicats demandent à ne plus négocier avec elle et en appellent directement au Premier Ministre. Voilà qui sent le remaniement ministériel. Les syndicats de cheminots, plongés depuis plusieurs semaines dans une négociation épineuse avec leur ministre de tutelle Elisabeth Borne, semblent avoir pris par la presse que la fin du recrutement au statut était programmée pour 2020, et que le fret ferroviaire serait filialisé. Ces annonces sont probablement la goutte d’eau qui fait déborder le vase, après de longues séances chahutées où la ministre n’a pas donné le sentiment de prendre au sérieux les revendications des cheminots. En particulier, on se souvient que les syndicats demandent de longue date à connaître le contenu de la future convention collective du rail avant de négocier la fin du statut de la SNCF. Cette revendication qui ne paraît pas aberrante constitue aujourd’hui le principal facteur de blocage dans un conflit qui semble perdre de son intensité. On notera toutefois que la question de la « convergence des luttes » est clairement posée, même s’il est peu probable qu’elle se réalise effectivement. Certains, à la base de la CFDT, […]

SNCF: de l’inconvénient de gouverner sans expliquer sa politique

3 avril 2018 Eric Verhaeghe 1

Impossible d’échapper au sujet SNCF ce mardi 3 avril. La grève des cheminots est suffisamment suivie pour créer d’importants dommages à l’économie du pays, sans qu’on entrevoie la solution qui pourrait se dégager. Dans ce dossier, le défaut d’explication par le gouvernement pèse lourd. Une fois de plus, l’obsession de la communication au détriment du fond joue de vilains tours à Emmanuel Macron. Le 26 février, Édouard Philippe annonçait son plan de réforme de la SNCF. On y comprenait que le gouvernement reprenait à son compte l’ouverture à la concurrence décidée sous François Hollande, et y ajoutait quelques joyeusetés comme la fin progressive du statut des cheminots. L’argumentation du Premier Ministre laisse aujourd’hui totalement songeur: « Nous devons avancer« , car « ce qui est dangereux, inacceptable, c’est le statu quo« . Il ne s’agit pas de mettre en cause les cheminots, les dirigeants, ou la SNCF, il s’agit de « faire en sorte que nous ayons un meilleur système ferroviaire« . Le Gouvernement « souhaite qu’il puisse y avoir une discussion riche » avec l’ensemble des acteurs. Au nom du « tout cela coûte trop cher », le gouvernement s’est lancé bille en tête dans cette opération, en annonçant un recours aux ordonnances. Puis, fidèle à la technique du […]

SNCF: faut-il vraiment craindre une « grève dure »?

16 mars 2018 Eric Verhaeghe 2

Selon les commentateurs, l’intersyndicale de la SNCF vient de décider une grève dure, organisée selon un rythme compliqué: 2 jours par semaine d’avril à juin. Les modalités de ce mouvement inédit seront fixées la semaine prochaine. Contrairement à l’avis général, nous pensons que ce mouvement est très loin de ce qui pouvait être redouté. Il est loin le temps des grèves immédiates, générales et illimitées. Les anciens diront qu’à cette époque-là on savait vivre et mener un conflit contre son employeur. Depuis plusieurs semaines, on nous rebattait les oreilles avec cette histoire de grève générale à la SNCF, de blocage du pays comme sous Juppé, de résurgence du grand mouvement de 95. Et puis finalement on hérite de cette grève bâtarde, à laquelle on ne comprendra rapidement plus rien (alors, demain, c’est grève SNCF ou pas?), et qui est tout sauf un mouvement collectif spontané. Une grève tactique plus qu’un mouvement social Les cerveaux tordus qui ont inventé ce mouvement de 2 jours de grève tous les 5 jours n’avaient en tout cas pas l’idée qu’ils parviendraient à faire reculer le gouvernement en publiant leur décision baroque. Quand des salariés disent non à leur patron, ils ne disent pas non […]

SNCF: le gouvernement bousculera-t-il les réticences de l’État profond?

14 mars 2018 Eric Verhaeghe 1

Pour la SNCF, la semaine qui s’annonce est cruciale: ce mercredi, le gouvernement doit dévoiler son projet de loi d’habilitation autorisant le recours aux ordonnances. Jeudi, Guillaume Pépy doit dévoiler sa feuille de route… sous la menace d’une décision syndicale de recourir à la grève. Partout, les « élites » appellent Emmanuel Macron à parier sur le dialogue avec les cheminots (entendez: avec les syndicats de cheminots…). Macron tiendra-t-il sa ligne? Elles sont nombreuses, les voix qui appellent Emmanuel Macron à ne pas foncer comme un hussard dans la réforme de la SNCF, et qui lui conseillent de tergiverser avec les organisations syndicales. L’anniversaire de la compagnie leur a donné l’occasion de s’exprimer massivement. L’État profond ne veut pas de réforme systémique de la SNCF Le récit du quatre-vingtième anniversaire de la SNCF vaut en tout cas son pesant de cacahuètes. Tout ce que le rail français comporte comme « huiles » est venu déclarer publiquement que le recours aux ordonnances était une mauvaise idée. Il est tellement plus souhaitable d’organiser une concertation avec des syndicats qui ne veulent toucher à rien, ou presque, pour préserver la paix sociale, au prix, il est vrai, d’un renoncement à réformer… Mais une bonne réforme, en France, […]

SNCF: le statut de cheminot ne disparaîtra pas avant 2060

27 février 2018 Eric Verhaeghe 1

Edouard Philippe a annoncé hier ses arbitrages sur la SNCF et, en particulier, la disparition du statut de cheminot. Sur le fond, la position du gouvernement semble entre deux eaux: pour des réformes, mais pas trop, et par ordonnances. Les prochains semaines diront si ce choix somme toute mitigé constitue une stratégie gagnante. Dans le dossier SNCF, le gouvernement n’a pas choisi la stratégie du choc. Non seulement, les « petites » lignes déficitaires ne seront pas abandonnées, mais les retraites, qui coûtent plusieurs milliards aux contribuables, ne seront pas réformées tout de suite. L’entreprise restera publique. Les partisans d’un règlement global des problèmes (et des coûts inutiles) resteront donc sur leur faim. Certes, on peut comprendre la stratégie du gouvernement dans ce dossier, qui a choisi de curiacer les difficultés et de ne se battre que sur ce qui est strictement utile. Il y aura donc bien ouverture à la concurrence, notamment sur les lignes régionales, et remise en cause du statut de cheminot. Mais là encore, quelques remarques ne sont pas inutiles. Le statut de cheminot… jusqu’en 2060 au moins Le statut de cheminot devrait disparaître et, avec lui, sa garantie de l’emploi. Mais là encore l’annonce doit être tempérée. […]

La SNCF n’est pas un E.P.I.C., c’est un établissement sous la coupe directe de l’Etat et il faudrait que ça change. Par Frédéric Buffin

19 février 2018 Redaction 1

Cet article provient du blog de Frédéric Buffin. Le rapport Spinetta préconise une réforme à l’allemande de la SNCF qui suppose notamment par rapport à la situation actuelle, plus d’autonomie dans la conduite de l’entreprise. Pour atteindre cet objectif louable, une société anonyme à capitaux publics se substituerait à l’actuel établissement industriel et commercial. Bien évidemment le service public ne serait pas remis en cause. Dont acte. S’il suffisait d’un simple changement de statut pour sauver notre fleuron national de la faillite et de l’obsolescence programmée de son réseau, ça se saurait. Car aujourd’hui, la réforme ou le statu quo sont entièrement dans les mains de l’Etat. 1) Celui-ci en effet décide de tout ou de presque tout dans la marche de l’entreprise de transport. A- priori, le statut d’Epic devrait conférer à l’entreprise publique une certaine autonomie de gestion, mais dans la pratique comme en droit, il n’en a rien été et concrètement l’Etat est « partout sous la table à la SNCF. »  – Toute réorganisation significative est conditionnée par la promulgation d’une loi ou la publication d’un décret. (Loi de du 4 août 2014 portant réforme ferroviaire  Règlementation du travail spécifique à la SNCF dit RH77 organisée par décret) – Le président est nommé […]

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