Taux zéro : Vol au-dessus d’un nid de coucou*

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 885 fois

Le monde financier semble planer, en lévitation déconnectée du réel, en attendant la chute. Des Etats européens continuent de violer le traité de Maastricht (notamment le maximum de 3% de déficit/PIB). Certains, au premier rang desquels la France, sont en sursis, sous intraveineuse de liquidités de la BCE. Mais la bourse commence à s’interroger.

 

En 2016, les tensions géopolitiques sont accrues:

  • Le terrorisme s’étend (Köln, Ouagadougou, Indonésie, Turquie, …).
  • Les dissensions européennes (Britanniques majoritairement favorables à une sortie de l’Union Européenne, Catalans travaillant sur leur autonomie, Matteo Renzi et Jean-Claude Juncker en désaccord budgétaire, la Pologne en conflit avec l’UE,…). Pourtant, les taux à 10 ans espagnols et italiens sont passés de plus de 4% début 2013 à 1,7% et 1,5% respectivement.
  • Le baril de pétrole proche des 30$, engendrera des tensions sur les pays exportateurs, et les pétro dollars se tarissent.
  • L’économie chinoise n’aura pas encore fait sa transition vers une consommation intérieure.
  • La Federal Reserve démarre sa remontée des taux.

 

Des taux français proches de zéro:

  • Les taux zéro sous-tendent une valeur temps et une valeur risque toutes les deux nulles, en déconnection avec toute analyse de cette situation géopolitique.
  • La BCE envisagerait même une nouvelle couche de Quantitative Easing, alors que ce type de mesure a prouvé son inefficacité à court terme (inflation nulle**, relance négligeable de l’économie) tout en augmentant un risque dépressionniste systémique à moyen terme (accumulation de prêts par la BCE à rembourser à terme).
  • Les placements sans risque offrent même une surprime (assurance vie rémunérée 3 fois le taux du livret A). Les taux servis en assurance vie ne baisseraient que de 0,25%, alors que les taux d’Etat baissent plus significativement (le taux à 10 ans est à 0,88 à mi-janvier 2016).

 

Le risque français

Le Ministre du Budget a osé se satisfaire d’un déficit de 70Md€ (et encore, grâce au taux bas), pourtant encore supérieur à 3% du PIB. Pendant ce temps-là, l’Allemagne est en excédent budgétaire de 0,5% en 2015, avec un chômage abaissé à 4,3% et une hausse du PIB de 1,7%. Estimant sans doute la Lettonie par trop lointaine, le Gouvernement français reste sourd aux demandes de Valdis Dombrovskis (Commissaire à l’euro) d’accroitre les efforts budgétaires structurels dans l’hexagone.

Dès que la musique (BCE arrêtant de prêter massivement) cessera, les barbares pourront massacrer la dette française (majoritairement détenue par des non-résidents). Si un parti extrémiste arrive au second tour, les taux pourraient repartir de 100 à 150 points de base selon Xavier Lépine (Président du directoire de la Française).

La posture gouvernementale française en 2016 a des airs de ligne Maginot contre la stagnation, l’immigration massive, le chômage de masse (qui sera à peine masqué par des traitements statistiques sur la formation et les emplois aidés). Peut-être même des airs de drôle de guerre*** avant une remontée massive des taux. On sait le risque systémique croissant, comme savait le Commandant en Chef, le Général Gamelin, fin 1939 l’intention de l’armée du Reich. Alors que l’on pouvait, en poursuivant l’offensive de la Sarre, battre les nazis (comme l’avait compris Henri Giraud), l’ordre a été donné de faire demi-tour. Alors que l’on pourrait assouplir le code du travail comme le propose Emmanuel Macron, le Gouvernement fait demi-tour. La France ne bouge plus (en allemand la drôle de guerre se dit d’ailleurs « Sitzkrieg » : la guerre assise).

Les douves de liquidités de la BCE seront contournées par les fonds vautours, comme la ligne Maginot avait été contournée par la Wehrmacht.

 

Un choix à considérer pour les assureurs

Avant les conséquences économiques et sociales, le risque systémique induit par cette perspective est d’abord financier. Les grands assureurs européens, internationaux ou systémiques, vont perdre par exigence (de l’IAIS) de capital supplémentaire ce qu’ils avaient gagné avec Solvabilité 2, par des modèles internes.

AIG, méga-assureur américain sensibilisé aux crises existentielles, a compris qu’il faut éviter le risque systémique. En se découpant, il devrait éviter d’être soumis au surcroît de capital devant frapper les « Systemically Important Insurers ».

 

*Film de Milos Forman de 1975 avec Jack Nicholson. Un interné psychiatrique, ayant commis un viol, s’y rebelle contre l’infirmière despotique.

**L’inflation nulle n’est pas due qu’à la faiblesse de la croissance et à la baisse du pétrole. Elle serait négative si l’on prenait en compte la diminution des prix en passant de la distribution physique à celle digitale.

***Traduction erronée de « phoney war » (fausse guerre) par Roland Dorgelès qui a cru entendre « funny war ».

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
A quoi doit ressembler la DUE en santé après la Circulaire du 29 décembre 2015 ?

Dans le contexte de généralisation des « complémentaires santé » au 1er janvier 2016, la Direction de la Sécurité Sociale apporte des...

Fermer