Télémédecine : les médecins libéraux contre l’ubérisation de la santé

Depuis que la télémédecine est remboursée par l’Assurance maladie, les médecins libéraux sont sur plusieurs fronts. Ils doivent faire face à la concurrence des plateformes commerciales de télémédecine mais se méfient aussi de la possibilité pour les pharmaciens d’officine d’organiser des téléconsultations.

Ce n’est que depuis le 15 septembre 2018 que les actes de télémédecine (téléconsultation et téléexpertise) sont pris en charge par l’Assurance maladie. Plusieurs plateformes sont engagées sur ce créneau (telles Livi ou Qare) et sont montrées du doigt par les syndicats de médecins libéraux pour publicité mensongère sur la possibilité de remboursement de la téléconsultation par l’Assurance maladie.

Dans le même temps, la signature par les syndicats de pharmaciens de l’avenant sur la téléconsultation en officine fait aussi réagir dans les rangs des médecins. 

 

Les plateformes de télémédecine dans le viseur des médecins libéraux

Lors de leur lancement, les plateformes de télémédecine annonçaient en grande pompe que les consultations effectuées via leur site étaient prises en charge par l’Assurance maladie. On se souvient que l’Ordre des médecins s’était offusqué de ces annonces et avait mis en demeure la société Qare de mettre fin à ses publicités. 

En effet, tous les actes de télémédecine ne sont pas pris en charge par l’Assurance maladie : des conditions strictes sont à respecter. Il faut que la consultation soit réalisée par le médecin traitant où qu’elle ait été demandée par lui. Si ce n’est pas le cas, une liste limitative de situations permet au patient devoir son acte de télémédecine pris remboursé par la sécurité sociale.

En outre, un acte de téléconsultation ne peut avoir lieu que si le patient est connu du médecin téléconsultant et qu’il a bénéficié d’une consultation physique dans les 12 mois précédents : les seuls cas où cette règle ne s’applique pas sont ceux où le patient n’a pas de médecin traitant désigné et ceux où le médecin traitant n’est pas disponible dans un délai compatible avec l’état de santé du patient. 

Les informations délivrées par les plateformes pouvaient, malgré tout, faire penser aux patients qu’ils étaient toujours remboursés par la sécurité sociale en ayant recours à la télémédecine sans tenir compte des critères de prise en charge du parcours de soins coordonné. 

L’action de l’Ordre des médecins semble avoir porté ses fruits car la plateforme Qare communique maintenant plus clairement, dès sa page d’accueil, sur la prise en charge des téléconsultations par l’Assurance maladie avec un schéma simple. A l’inverse, la plateforme Livi reste vague sur la prise en charge des actes de téléconsultation, il faut aller chercher l’information dans les pages d’information du site. 

On voit bien que les médecins libéraux restent vigilants : l’Ordre entend d’ailleurs porter les valeurs de la médecine et « poursuivre ses engagements contre toute tentative de publicité commerciale et d’ubérisation du système de santé« . Les plateformes de télémédecine savent à quoi s’en tenir, elles peuvent se déployer mais doivent clairement informer les patients sur les conditions de prise en charge réelle des actes par l’Assurance maladie. 

 

Les médecins libéraux se méfient de la télémédecine en pharmacie

Les syndicats de pharmaciens USPO et FSPF ont récemment signé l’avenant n°15 à la convention nationale régissant les rapports entre les pharmacies et l’Assurance maladie. Cet avenant prévoit que les pharmacies d’officine pourront organiser des téléconsultations : elles doivent pour cela disposer d’un local adapté pour respecter la vie privée de chaque patient. 

Surtout, les pharmacies doivent avoir le matériel nécessaire pour l’achat duquel l’Assurance maladie apportera une participation (1225€ la 1ère année, 350€ les années suivantes). En plus de cela, le pharmacien recevra une participation forfaitaire en fonction du nombre d’actes de téléconsultation réalisés : 200€ de 1 à 20 téléconsultations, 300€ de 21 à 30 téléconsultations, 400€ au-delà de 30 téléconsultations. 

Face à cette organisation de la télémédecine en pharmacie d’officine, le syndicat de médecins libéraux MG France a réagi en estimant que « la médecine générale ne se réduit pas à une cabine d’outils connectés« . Cette défiance qui entame le communiqué se poursuit dans le texte avec la crainte de l’émergence d’un « conflit d’intérêts du pharmacien d’officine qui initie la téléconsultation, en mettant de facto une pression sur le prescripteur« . 

Toutefois, le syndicats de médecins salue le fait que ce type de télémédecine en pharmacie ne peut avoir lieu que dans le respect du parcours de soins. En outre, le communiqué reconnaît que cette coopération entre médecins et pharmaciens permet de poser « les jalons d’une équipe de soins primaires et des services utiles au patient que l’équipe peut offrir dans le cadre d’une offre de soins coordonnée« . 

Malgré ces points positifs pour le patient, les médecins libéraux n’oublient pas de rappeler leur méfiance vis-à-vis de la téléconsultation qui ne devrait pas se développer de manière « commerciale « hors sol », répondant à ces considérations économiques au détriment de la santé du patient« . Le message est passé…

A propos Leo Guittet 202 Articles
Juriste spécialisé dans les données de santé à Tripalio depuis 2014, j'écris quotidiennement des articles sur le thème de la protection sociale collective et des données de santé. Actuellement en thèse CIFRE sur le sujet de l'accès aux données de santé en France, je suis intéressé par tous les sujets qui touchent aux avancées technologiques et juridiques sur ce thème.

2 commentaires sur Télémédecine : les médecins libéraux contre l’ubérisation de la santé

  1. la télémédecine est une opportunité pour changer la médecine elle-même, le corps médical ne va pas pouvoir longtemps freiner des quatre fers sa progression.

    • Ça risque fort d’être pire que ce à quoi ils s’attendent, car un système expert correctement renseigné par des centaines de milliers de consultations différentes peut arriver à faire encore mieux qu’un gus.

      Donc, leur avenir a de bonnes chances de s’assombrir, les condamnant à devenir, soit des Dr House, soit des spécialistes (et encore.)

      Cependant, ce cas de figure fait partie des révolutions qui n’ont qu’un temps, car au bout d’un moment, ces systèmes plafonnent (difficile de laisser même une AI extrapoler sans risques…), alors que dans le même temps, les praticiens s’apauvrissent, mentalement parlant.

      Ce qui ne peut déboucher que sur un temps de carence assez long, temps que les praticiens reviennent à niveau des systèmes, puis les dépassent – temps jouant évidemment en défaveur des patients.

      Une fois ce point atteint, les mêmes erreurs seront re-commises et ainsi de suite, formant un rippling qui finira (peut-être) par s’amortir un jour.

      Tout cela est inhérent à la nature humaine – pourquoi se fouler, alors que la machine a les réponses ? et/ou vite, plus de brouzouffs ! (corollaire: plus grand chose à foutre des patients (déjà que dans ce pays on voit plus un K qu’un être humain…)) – le seul équilibre prévisible se trouvant dans l’interprétation des clichés (radios, MRIs, CAT scans, PET scans, échographies, scintigraphies.)

      Mais bon, pas d’inquiétude, même pour les d’jeuns, car vu la qualité ainsi que l’immense succès des projets informatique étatiques (theu! theu! kof! kof! kof!), ça n’arrivera à maturité ici que dans un bon siècle.

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