Le tiers-payant coûte jusqu’à 2 SMIC annuels aux pharmaciens

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 7028 fois

L’Union Syndicale des Pharmacies d’Officine (USPO) vient de rendre une enquête sur le coût du tiers payant pour ses adhérents. Cette enquête a procédé par sondage courant décembre 2016.

Le tiers payant jusqu’à 2 SMIC par an

Les adhérents de ce syndicat ont évalué les coûts cachés du tiers payant pour leur officine à des sommes qui vont de près d’1 SMIC par an (13.246€) à plus du double de ce montant (28.601€). Une bagatelle!

Ces coûts exorbitants s’expliquent d’abord par la main-d’oeuvre nécessaire au traitement des opérations. Le matériel informatique est le second poste de dépense.

On notera que les impayés ont diminué depuis 2007, mais que les frais informatiques ont augmenté de 50%.

Cette étude tombe à point nommé pour illustrer les effets pervers du tiers payant et de sa généralisation décidés par Marisol Touraine. Pour l’ensemble des acteurs de la filière santé, cette mesure se traduit par une augmentation du temps passé à la gestion administrative des dossiers. Pour les médecins, cette complication empiète sur le temps disponible pour soigner les patients.

Les pharmaciens en grève

L’USPO organise un mouvement de protestation le 26 janvier.

Le site de l’USPO argumente son mouvement de la façon suivante:

Pourquoi est-ce que je devrais aller me geler le 26 janvier aux pieds ?

Ben oui pourquoi ? Au lieu d’être au chaud dans ma pharmacie, peinard avec mes 3-4 patients du jeudi matin ?

Parce que si je n’y vais pas, je n’aurai plus le droit de pleurnicher. Parce que râler sans agir c’est un truc bon pour les geignards. Parce que je suis fière de mon métier, fière du service que j’apporte à mes patients au quotidien, parce que je n’ai pas à rougir de mes connaissances, parce que je n’ai pas à me laisser piétiner sous prétexte que je suis la 5è roue du carrosse des professionnels de santé. Chaque jour je comble les carences laissées par mes confrères médecins indisponibles. Chaque jour je coordonne, je téléphone, je colmate, je gère les fuites. Mon « temps parasite » est de plus en plus important et jamais rémunéré ni même reconnu.
….

Et pourtant je suis toujours perçue comme une épicière. Par M6 et son caricatural pharmacien qui rentre le soir avec sa liasse de billets issue de son « black » (à vomir), par les médias qui nous attaquent régulièrement, pire: par ma ministre de tutelle qui explique à Nicolas Revel que si je ne suis plus assez rémunérée avec le médicament remboursé, il faut analyser d’autres sources de revenus, et bon moi, la prostitution j’ai jamais été branchée branchée…

Alors je vais aller me geler parce que je ne suis pas une citoyenne de seconde zone. Parce que je fais un métier formidable et que je veux être reconnue et rémunérée à ma juste valeur.

Parce que j’ai le sens de l’honneur et que je ne supporte plus le mépris que l’on m’inflige chaque jour.

Je ne veux plus entendre qu’un confrère s’est pendu dans sa pharmacie parce qu’il croulait sous les dettes.
Je ne veux plus entendre une consœur pleurer au téléphone parce que personne n’a repris sa pharmacie et que ses patients la couvrent de cadeaux pour lui témoigner leur reconnaissance et leur tristesse.
Je ne veux plus entendre mes confrères m’expliquer que la sécu leur a refusé le remboursement d’un dossier parce qu’au scan on lisait mal le nom du patient.
Je ne veux plus être un larbin, je ne veux plus être servile, je ne veux plus que l’on me piétine.

Alors c’est moi qui irai piétiner pour me réchauffer.
Et j’espère bien que je ne suis pas la seule à avoir encore un peu d’amour propre. »

Delphine Chadoutaud

print

3 commentaires sur Le tiers-payant coûte jusqu’à 2 SMIC annuels aux pharmaciens

  1. quelqu’un a t il chiffré la probable hausse du CA généré par le tiers payant?
    Et si un jour il n’y a plus de sécu, ou une sécu au rabais combien de pharmacien au lieu de se géler les pieds en manifestant iront de geler sous les ponts?

  2. Je comprend parfaitement le problème des pharmaciens/nes, et sans doute, on en trouve qui font très sérieusement leur travail. Mais, en ce qui me concerne, je ne les vois que comme des commerçants, d’autant que le pharmacien chez qui j’allais n’a jamais rectifié l’ordonnance de mon médecin traitant. C’est ainsi que j’ai pris durant 16 mois un produit de santé qu’il ne fallait prendre que durant 3 mois. Le médecin renouvelait, le pharmacien suivait.
    Il s’est avéré malheureusement qu’il s’agissait d’un neuroleptique caché, et que je n’ai pas été la seule à subir de terribles effets secondaires lors de l’arrêt. Certaines femmes ont dû être hospitalisées en psychiatrie, une a sauté du 3ème ou 4ème étage de l’hôpital où son mari l’avait conduite, une autre dont les tremblements étaient très violents s’est cassée les côtes et une clavicule, pour se retrouver ensuite avec des électrodes dans le cerveau. Des symptômes très divers et très différents aussi. Je suis une des seules à n’avoir pas fait de dépression (grave pour la plupart). J’ai très vite analysé le problème et me suis rendu-compte que les symptômes nous étaient personnels, et que le problème venait de nous (le produit aidant). Les autres personnes n’ont pas voulu l’admettre, alors même que j’ai rencontré des femmes qui ont cessé ce produit sans aucun effet secondaire.
    Mais j’ai changé de pharmacien, d’autant que j’étais retournée chez mon ancien pharmacien 2 ou 3 ans après, avec un article de journal qui en parlait, et que ce pharmacien en me disant “il y a longtemps que je ne vous ai pas vu” (sic…. je suis restée couchée durant 2 ans dans l’impossibilité de marcher seule), se retourne pour mettre la main dans un tiroir et me dire “je n’en ai plus !” Ma répartie a été immédiate “vendre des produits de santé lorsque l’on a Alzheimer, ça craint !” Ce produit ayant été retiré du marché français (après l’Espagne) depuis 2 ou 3 ans.
    Pour en venir au tiers-payant, je suppose que le problème est le même pour les médecins. Et, comme pour les médecins, les français réagiront (en gueulant ou en pleurant) qu’il n’y a plus de pharmacie. De ce fait, j’ai cessé mon abonnement à l’UFC-Que Choisir qui disait soutenir pleinement M. Touraine. Dire que des médecins de ma région (Haute-Savoie) ont déplaqué pour aller en Suisse n’a pas plus et lorsque j’ai vu que mes commentaires, qui n’allaient pas dans le sens de l’UFC étaient bloqués, je n’ai pas hésité.
    L’hémorragie pourrait bien s’accentuer, Genève agrandissant son hôpital https://www.ge.ch/construction/chantiers-travaux/bdl2.asp et allant recruter médecins et chirurgiens.
    Il y a aussi une Convention de coopération transfrontalière entre les 2 régions : http://www.geneve.ch/LEGISLATION/rsg/f/s/rsg_K1_22.html
    Je ne sais pas si des pharmacies d’Annecy ont fermé. Les 2 les plus près de chez moi ont l’air de tenir. Ce n’est pas le cas des médecins qui se font rares, voir très rares, d’où des urgences hospitalières encombrées.

  3. La Commission Européenne soutient les associations de consommateurs. L’UFC est une association de consommateur. Je n’y avais pas prêté attention la première fois que j’avais écouté cette vidéo :
    https://www.youtube.com/watch?v=BY5rGTjrfLI&t=8s
    A écouter attentivement à partir de 13 minutes. Y a t’il financement ? Mystère….
    Toujours est-il que l’UFC soutient les pharmacies en ligne, ce qui coupe tout lien social.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Le chômage augmente en décembre: les chiffres de la DARES

La DARES a publié hier les chiffres du chômage assortis de ce commentaire: Fin décembre 2016, en France métropolitaine, le...

Fermer