Travail détaché: comment Macron cache son échec derrière un écran de fumée

Au-delà des déclarations complaisantes sur les victoires que Macron enregistrerait sur le travail détaché au niveau européen, l’analyse factuelle du dossier montre que le nouveau Président est en train de se prendre un immense râteau. Au point qu’il doit multiplier les gesticulations en droit national pour dissimuler son magistral échec. 

La presse subventionnée évite soigneusement de rappeler les déclarations ronflantes d’Emmanuel Macron à peine élu sur le travail détaché: initialement, le Président avait annoncé que les règles auraient changé pour le 15 juin. Puis, l’Élysée avait expliqué que la réforme européenne interviendrait à l’automne, « pour que nous puissions construire une vraie refondation de cette directive européenne du travail détaché ».

Dans la pratique, l’accord de l’automne n’a débouché que sur un compromis minimal, avec une réduction modeste de la durée de détachement, qui n’intégrait pas le transport (grand pourvoyeur de travailleurs détachés). Pour Macron, ce dossier n’est qu’une Berezina européenne parmi d’autres. Dans la pratique, rien ne change vraiment. 

Les annonces fumeuses de Muriel Pénicaud sur le travail détaché

Donc, Muriel Pénicaud a repris le dossier en main, avec une mission officielle: cacher la poussière sous le tapis. Elle s’est livrée hier à des annonces en ce sens, prononcées avec d’autant plus de roulements de mécanique qu’elles sont vides de contenu. 

Ainsi, la ministre a dégainé l’arme du shaming contre les entreprises qui ne respecteraient pas les règles en matière de travail détaché:

 La généralisation de la publication des condamnations pour travail illégal.

On durcit le ton, donc, contre les contrevenants. Mais pendant ce temps, les règles ne changent pas et ceux qui les respectent ont encore de beaux jours devant eux. Rappelons qu’en 2017, plus de 500.000 travailleurs détachés seraient intervenus en France. 

De façon très symptomatique, Muriel Pénicaud a beaucoup communiqué sur le nombre de contrôles effectués… en 2016. Selon les informations révélées par Le Monde, le nombre de contrôles se serait effondré en 2017. 

Tous ces eurolâtres qui détestent le libre échange

Sur le fond, le paradoxe du gouvernement est bien connu.

D’un côté, Emmanuel Macron a décroché son élection avec force de déclarations europhiles voire eurolâtres. Quel bien n’a-t-il pas dit de ce projet communautaire supposé nous rendre heureux, avec ses grandes valeurs « d’ouverture » sur le monde. 

D’un autre côté, le même Emmanuel Macron n’a pas tardé à expliquer que le marché unique et le libre-échange au sein de la zone euro, voire de l’Union, devait obéir à des règles… protectionnistes. La libre concurrence est une bonne chose quand elle est faite par des pays qui ont la même protection sociale ubuesque que la France. Sans quoi, il s’agit de concurrence déloyale et il faut fermer les frontières.

L’idée avait même traîné un temps d’imposer aux travailleurs détachés de payer des cotisations sociales en France le temps de leur détachement, en contradiction avec le règlement de 1975 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale. On le voit, l’imagination de la technostructure française est sans limite lorsqu’il s’agit d’exiger un alignement de tous les Européens sur notre toxique sécurité sociale. 

L’inquiétante augmentation du nombre de Français… détachés en France

Selon les chiffres du gouvernement lui-même, près de 40.000 salariés français sont désormais détachés… en France. Le phénomène n’est pas étonnant: pour diminuer le coût du travail, certaines entreprises préfèrent « immatriculer » leurs salariés français dans des pays où la protection sociale est moins coûteuse. 

Cette formule astucieuse permet de contourner les délirantes cotisations imposées aux entreprises pour assurer des salariés qui sont souvent peu consommateurs de soins. Le gouvernement devrait méditer longuement la portée de ce chiffre. 

Car il est très probable que, dans la concurrence généralisée, mondialisée, continentalisée, à laquelle les entreprises françaises sont confrontées, les différentiels de coût, quo’n le veuille ou non, pèsent. Et, très probablement, la France a désormais atteint une frontière. 

 

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