Trump Président : quelles conséquences pour la finance ?

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Le 8 novembre, a eu lieu l’«Election day » : élections des grands électeurs pour la présidence, mais aussi, des membres du Congrès (qui était républicain et qui le reste), de certains sénateurs (le Sénat reste républicain de peu), de gouverneurs, et vote plus de 150 référendums sur des sujets qui relèveraient de la nation en Europe (salaire minima, taxe carbone, marijuana,…). Ce n’est que le 20 janvier 2017 que se déroulera l’ « Inauguration day » du vainqueur Donald Trump.

D’après les médias, c’était joué pour le 8 novembre aux USA en faveur d’H. Clinton (les prévisionnistes n’avaient plus qu’à se rabattre sur le Harry’s bar*). Le combat a été acharné jusqu’à la dernière minute dans les « swing states ». Ohio, Floride, Pennsylvanie, Iowa, Wisconsin, ont basculé dans le rouge (les Républicains).

Plus que ses options militaires (H. Clinton est classée « faucon »**) ou sociales (Obama care), Hillary Clinton a souffert de ses e-mails, comparés par son adversaire à un nouveau Watergate, et des hésitations du FBI à classer puis rouvrir l’affaire. Elle a surement pâti de son appartenance à l’establishment de Washington et peut-être du soutien de B. Obama (son ancien adverse chez les Démocrates) qui représentait 8 années passées à la Maison blanche.

Des enjeux financiers

Trump se veut pro-business, mais les bourses mondiales sont fébriles, sauf celle de Moscou qui triomphe. Les valeurs minières remontent à la surface, les énergies vertes s’éteignent, les entreprises pharmaceutiques se rétablissent (les ennemis d’Hillary), et celles du commerce international sont en berne.

Trump a promis un abaissement à 33% de la tranche marginale d’imposition et un passage de l’impôt sur les sociétés de 35% à 15%. Ces réductions ne sont pas financées, mais ont été préférées aux options financières d’H. Clinton (nouvelle tranche d’imposition à 43,6%, investissement fédéral de 275Md€, régulation du shadow banking).

Des enjeux de société

Beaucoup d’américains auraient voulu voir un plafond de verre explosé avec, après le premier noir à la Maison blanche, la première femme. Ils auront finalement un phallocrate.

Les accusations de corruption d’Hillary sont peu à côté du populisme de D. Trump (soutenu par le libertarien « tea party »***, voire des extrémistes du Ku Klux Klan), ses affaires de comportements et de xénophobie. C’est révélateur du moment, mais cela remonte aussi à l’histoire des USA (tea party, isolationnisme de l’« America first »,…).

A l’heure de la COP22 au Maroc, et alors que les USA ont ratifié l’accord de Paris, non seulement D. Trump veut remettre en cause cet accord, mais il préconise la réouverture des exploitations controversées de schistes bitumeux. La COP21 représente des engagements de principe et, pour s’inscrire dans le réel, il faudrait au contraire des contraintes quantitatives (prix du carbone notamment).

Les enjeux politiques internationaux

La victoire de D. Trump est globalement négative pour l’UE et le commerce mondial en général : droits de douane avec la Chine, mur avec le Mexique, retour avec le protectionnisme, arrêt des discussions sur le Tafta, remise en cause du traité trans-pacifique et même la sortie de l’ALENA.  Il reste cependant le CETA entre l’UE et le Canada, qui peut servir de sas avec les USA.

Quelques points sont plus mitigés. Le coût de l’énergie pourrait rebaisser avec la reprise des schistes bitumeux, même si cela pollue considérablement. D.Trump plaide pour le désengagement de théâtres d’opérations (moyen orient, pays non contributifs à l’Otan), et donc peut-être la fin de la reprise de la guerre froide (wishful thinking?).

L’empire américain.

La domination des USA s’est affirmée avec la première guerre mondiale. Elle a reçu un coup avec le 11  septembre 2001 et l’avènement de la Chine. La roue mondiale tourne: la Chine supplante les USA qui vieillissent pour ressembler à l’Europe, qui stagne comme le Japon.

Il reste que le soft power (pouvoir par les normes) se poursuit avec la Silicon Valley. Les normes de Google (groupe Alphabet) sont mondiales (sauf en Chine). Le chiffre d’affaires des GAFA correspond à un PIB proche de la Belgique. La capitalisation boursière des GAFA représente 1,36 fois le CAC 40.

Aucune monnaie n’a finalement réussi à supplanter le Dollar : ni l’Euro ni le Yuan. Avec la chute de la Livre (Brexit oblige), les USA redeviennent la capitale mondiale de la finance. Les USA trustent également 50 des 100 premières places des universités du classement de Shanghai.

La Chine n’a pas encore accumulé assez de richesse, et l’UE est en crise (Brexit, menace des frontières de l’espace Schengen,..). Il reste, malgré les incertitudes de Donald Trump (il est sans expérience de gouvernement, ni idéologie autre que personnelle), que les USA pourraient garder leur suprématie, mais avec un commerce mondial freiné.

Après le Brexit, c’est un nouveau signal de populisme avant les échéances électorales en France et en Allemagne l’année prochaine.

*Straw vote du Harry’s bar 5 rue Daunou, aussi connu pour ses cocktails et son downstairs cabaret.

** La Guerre au proche orient aurait continué à l’identique avec H. Clinton. Le bourbier au moyen orient, qui a suivi la guerre du Golfe remonte à 1990. C’est plus long que les 20 ans de la guerre du Vietnam (1955-1975).

***Par référence au tea party à 1773 à Boston, mais aussi à « Tax Enough Already ».

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