Turquie: le vrai faux accord avec l’Union

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 876 fois

La Turquie a-t-elle véritablement conclu un accord, vendredi, avec l’Union Européenne sur les migrants? Tout le monde le dit, mais personnellement, je ne parviens ps à y croire. Voici pourquoi.

Engagements vis-à-vis de la Turquie ou de la Grèce?

En lisant les conclusions du sommet, on reste quand même très perplexe. Ligne à ligne, en effet, les rédacteurs ont bien pris soin de ne rien préciser sur les contours du prétendu accord.

Le point n°1 le dit clairement:

Le Conseil européen confirme sa stratégie globale visant à faire face à la crise migratoire. (…) La priorité restera de reprendre le contrôle de nos frontières extérieures.

Comprenne qui peut… En tout cas, le Conseil ne proclame aucune avancée tonitruante et prend bien soin d’indiquer que rien ne change.

Le point n°2 insiste majoritairement sur la continuité des engagements pris envers la Grèce le 7 mars. La seule disposition qui fait allusion à un accueil des migrants hors de Grèce est la dernière du chapitre:

accélérer la relocalisation depuis la Grèce, ce qui suppose de procéder aux vérifications de sécurité nécessaires; le nombre de demandes dépassant à présent le nombre d’offres, comme l’indique le rapport de la Commission du 16 mars, les États membres devraient rapidement mettre davantage de places à disposition, conformément aux engagements qui ont été pris.

Le moins que l’on puisse dire est, qu’en dehors de confirmer des engagements déjà pris (et jamais suivis d’effet), l’accord n’apporte rien de nouveau. Il constate juste que le dispositif actuel ne marche pas, et qu’il faudrait le faire marcher.

La Turquie bernée?

Les points suivants de l’accord abordent la question de la Turquie. En voici le meilleur:

3. Le Conseil européen prend note de la communication de la Commission intitulée « Prochaines étapes opérationnelles de la coopération UE-Turquie dans le domaine de la migration », en particulier pour ce qui est de la manière dont une demande d’asile émanant d’un migrant qui part de la Turquie pour gagner la Grèce peut être déclarée irrecevable, sur la base du concept du « premier pays d’asile » ou du « pays tiers sûr », conformément au droit européen et au droit international.

4. Le Conseil européen rappelle que la déclaration UE-Turquie n’établit pas de nouveaux engagements à l’égard des États membres en ce qui concerne la relocalisation et la réinstallation.

Cette rédaction particulièrement vicieuse correspond assez bien à ce qu’on appelle un flou juridique. D’un côté, le Conseil « prend note » de la communication du 7 mars qui prévoyait le fameux « un pour un » (un migrant renvoyé de Grèce vers la Turquie provoque l’arrivée d’un migrant de Turquie vers l’Europe). Mais « prendre note », est-ce approuver? Il y a quand même ici une sérieuse nuance sémantique.

D’un autre côté, le Conseil précise qu’il ne prévoit aucun engagement nouveau concernant la relocalisation et la réinstallation.

Certains y ont lu un accord… personnellement, je suis très dubitatif.

Inquiétude vis-à-vis de la Libye

Ajoutons que le Conseil Européen a également fait part de ses inquiétudes vis-à-vis d’une possible prochaine crise migratoire venant de Libye. Cette mention n’est pas faite pour rassurer:

Le Conseil européen est extrêmement vigilant quant à d’éventuelles nouvelles routes de migration irrégulière et invite à prendre les mesures qui pourraient se révéler nécessaires à cet égard. Dans ce contexte, il demeure essentiel de lutter contre les passeurs, partout et par tous les moyens appropriés. L’UE se tient prête à soutenir le gouvernement d’entente nationale, en tant que seul gouvernement légitime de la Libye, y compris, à sa demande, pour rétablir la stabilité, lutter contre le terrorisme et gérer les migrations en Méditerranée centrale.

L’apparition de cette mention laisse à penser que l’installation de l’Etat Islamique en Libye est porteur de risques réels dès 2016.

Défaite européenne de l’Allemagne?

Bref, le texte arrêté vendredi est très loin de consacrer une victoire diplomatique d’Angela Merkel, pourtant très pressée d’éviter une crise migratoire par un accord avec la Turquie. Contrairement aux déclarations abominées sur l’abandon du droit d’asile par l’Union, le sommet de vendredi s’est plutôt terminé sur une capilotade avec un texte fourre-tout qui dit tout et son contraire.

On devrait donc être très loin d’une solution à la crise.

D’ailleurs, toutes les informations le confirment. Non seulement le flux de migrants n’a pas baissé, mais la mise en place de « l’accord » devrait lamentablement échouer.

Bref, l’affaire relève de la posture, et non de l’action. On reprendra le dossier au même point dans quelques mois…

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
La loi travail est-elle vidée de son contenu?

La nouvelle version de la loi Travail, présentée la semaine prochaine en Conseil des Ministres, a-t-elle vidé la version initiale de...

Fermer