La violence politique, ce vieux mythe encore tenace de la gauche

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Sur France Inter, un auditeur a ouvertement appelé à la violence politique contre Manuel Valls, en affirmant que 66 millions de Français partageaient l’envie d’un jeune militant breton de gifler le Premier Ministre. Ces propos, prononcés sur une antenne du service public, en disent long sur une vieille manie qui continue à sévir à gauche: la banalisation très sélective de la violence collective vis-à-vis de quelques boucs-émissaires jugés peu fréquentables, et généralement taxés de libéralisme ou de conservatisme.

La violence, l’ultime ersatz d’une Révolution romancée

Dans l’imaginaire de la gauche, on trouve d’abord la Révolution, mais sous sa forme romancée: celle d’une violence exprimant l’intérêt général et balayant tous les conservatismes sous son passage. De cette nostalgie pour un ordre politique fondé sur la brutalité collective, le député socialiste André Laignel avait bien exprimé la quintessence en 1981 en déclarant: “Vous avez juridiquement tort car vous êtes politiquement minoritaire”.

Que l’Etat de droit soit un faux nez, qu’il puisse être tordu au gré des majorités politiques, qu’au fond les Droits de l’Homme soient une façade auquel le désir de la majorité du moment puisse faire violence, telle est l’idée qui traverse la gauche en profondeur et qui structure une bonne partie de sa doctrine. Au nom de cette relativité du droit par rapport à l’expression de la volonté générale, ou ce qu’on prétend qu’elle soit, il est toujours possible de recourir à la violence comme arme d’intimidation vis-à-vis des opposants.

On ne sera donc pas surpris d’entendre un quidam de gauche appeler à la violence au nom des 66 millions de Français, c’est-à-dire de la volonté individuelle projetée comme générale, qui peut tout, y compris violer dans une logique très marxiste-léniniste les libertés fondamentales. Le temps n’est pas si loin où une partie de la gauche présentait ces libertés comme une résurgence petite bourgeoise entravant le triomphe du prolétariat et de sa dictature.

Des leaders comme Filoche maintiennent cet ersatz vivant

S’agissant de Manuel Valls, supposé incarner l’ultra-libéralisme et la tyrannie (alors qu’il est probablement le candidat qui prône le plus de protections nouvelles pour les salariés dans la campagne de la primaire), il faut reconnaître que le fantasme de la volonté générale le détestant a bénéficié d’un fort soutien au sein de son propre parti.

On citera ici Martine Aubry qui, en février 2016, avait dit, au sujet de Manuel Valls: “Trop, c’est trop!“. Mais Gérard Filoche n’est pas en reste, lui qui a déclaré à la télévision que la candidature de Valls à la primaire était “à gerber“. Comment un militant de base aurait-il pu ne pas entendre dans cette phrase un appel à la violence contre un candidat campé en ennemi de l’intérêt général. Et comme chacun le sait, l’intérêt général peut tout, à commencer par la destruction physique des dissidents qui s’opposent à elles.

C’est ainsi que de grands apôtres de la démocratie peuvent, en toute bonne conscience, propager une idéologie totalitaire.

La gifle est devenue la quenelle de gauche

Dieudonné et l’extrême droite nationaliste ont la quenelle, comme geste préfigurant un acte de violence. Les spectateurs récents du débat Soral-Conversano animé par Dieudonné ont eu une belle illustration de ce que cette violence pouvait produire.

La gauche dénigre la quenelle, mais elle lui préfère la gifle. Entre l’éloge courant de la “claque” dans le visage sur les réseaux sociaux par des militants du Front de Gauche ou de l’aile gauche du Parti Socialiste, et la frénésie de la quenelle, on ne trouvera d’ailleurs de différence que dans le geste. Sur le fond, la conception finale de la démocratie est la même: la parole n’est libre que dans la mesure où elle est validée par l’idéologie dominante. Toute pensée alternative doit en revanche être sévèrement combattue.

Hier, c’est Manuel Valls qui en a fait les frais. Il ne faut jamais oublier que le même sort attend toutes les minorités politiques en cas de victoire de ces adeptes de la tyrannie officielle. L’exercice du pouvoir permet d’ailleurs de donner au moins 50 nuances à la gifle: depuis l’intimidation discrète jusqu’à la violence directe, en passant par les campagnes de dénigrement public.

Sous toutes ses formes, la violence collective demeure un réflexe encore vivant chez tous les donneurs de leçon de gauche, toujours aussi fâchés avec la tolérance.

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2 commentaires sur La violence politique, ce vieux mythe encore tenace de la gauche

  1. Une fois encore un article parcellaire qui ne connaît pas ses sources.
    Citer une phrase de l’assemblée nationale hors de son contexte, et sans le phrase précédente et la suivante est pitoyable…
    Juridiquement tort car politiquement minoritaire est toujours vrai dans le cadre de lois inexistantes. Allez donc à l’université avant de commenter inutilement

  2. Pour info, le gifleur de Valls est un “quenelleur”, a priori fan de Dieudo. Votre article ne tient guère la route du coup… d’autant que rien ne prouve que l’auditeur qui a interpellé Valls à la radio au nom des 66 millions de Français soit spécifiquement de gauche. A vrai dire, ce serait même incohérent : dois-je vous rappeler que Valls est membre du Parti SOCIALISTE ? En fait, vous raisonnez via un vieux logiciel droite/gauche qui n’a plus guère de réalité pour le peuple. Et ce n’est pas au nom d’une logique marxiste-léniniste que la violence que vous dénoncez apparaît, mais au nom d’un agacement dorénavant absolu d’une partie du peuple à l’égard des élites. En outre, cette violence est quand même bien relative.

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