Voyage au bout de l’Assemblée, par le député X.

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 8331 fois

Ce récit de l’intérieur est celui d’un député LR qui a souhaité rester anonyme

« Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. »

Moi, au départ j’étais sarkoziste, j’étais pas fillonniste. Mais en novembre, quand Sarkozy a perdu dans les grandes largeurs, on m’a fait comprendre qu’il fallait rester derrière Fillon, discipline, discipline. Ca, je sais faire. Alors j’ai fermé ma gueule et j’ai voté pour lui au second tour de la primaire.  Surtout que Juppé, c’était pas possible. Autant voter Macron direct.

J’ai fait les meetings, les rassemblements, j’ai essayé de convaincre mes électeurs. Ceux-là, je les sens pas. La campagne, dans la «  France périphérique », comme y disent, ça vote de plus en plus Le Pen. Moi, ils m’aiment bien, depuis le temps que je suis là. Vingt ans que je travaille pour eux. Alors ils ont voté Fillon, comme moi. Mais je ne sens pas l’enthousiasme, que je ne ressens pas moi-même.

Et puis, y a eu le Canard Enchaîné ; bon, moi j’ai jamais joué à ça, d’employer ma femme, ma maîtresse ou mes enfants. Mais la plupart le font ou l’ont fait, c’est le système qui veut ça. Au fond, c’était pas grand-chose, mais ils avaient décidé de le monter en épingle. Fallait pas jouer au vertueux aussi. C’était facile de le piéger. Mais il aurait rendu l’argent à ce moment-là, moi je pense que les gens auraient apprécié. Et les juges, ils pouvaient plus rien faire

Et les guignols ont commencé à se défiler ; moi, je dis, quand on est derrière quelqu’un, faut rester et serrer les dents, vaille que vaille. Autant pas se faire d’illusions, les gens pensent qu’à eux. Chacun pour soi, la terre pour tous.

Le Trocadéro, j’y étais aussi, tout le monde m’a vu, sous la pluie. On peut dire que j’ai donné de ma personne, à mon âge. Toutes ces gens qui se croyaient déjà ministres trois mois plus tôt, et qui commençaient à vaciller. Moi, je trouve ça pitoyable. J’ai jamais cherché à me pousser. On m’a jamais rien proposé d’ailleurs.

Et nous voilà aujourd’hui, rendus après le premier tour. Fillon explosé. Jamais vu ça depuis que je vote, la droite, ma droite, qui n’est pas au second tour. J’ai connu des échecs dans ma vie politique, mais les choses étaient claires, à la loyale. Face aux communistes, aux gauchistes, aux syndicalistes. J’en ai fait des bons coups, j’en ai reçu aussi. Mais là ! De jamais vu. Un ectoplasme face à  un bulldozer.

Alors là les guignols ont filé direct à la niche d’en face, ventre à terre, en moto et à vélo. C’était pas beau à voir dimanche et lundi.  Si on pouvait encore en rire, le spectacle du bureau politique de lundi aurait remporté la palme.

Et Fillon, que j’ai soutenu depuis cinq mois, alors qu’il était pas mon candidat, que je savais pas vraiment en phase avec mon électorat parce qu’il leur parlait pas, du bureau de poste qui ferme trois jours par semaine et comment on fait pour envoyer des recommandés, du boulanger qui prend sa retraite et aucun jeune ne vient pour le remplacer, et y en a marre d’avoir du pain congelé du supermarché, pareil le carabin, et faut faire une heure d’autocar pour aller à l’hôpital, et là-bas, on n’est plus chez nous dans la salle d’attente ? Et Fillon, qui il y a une semaine, nous faisait taper sur Macron, le voilà qu’il nous dit qu’il faut maintenant voter Macron ! Là franchement, je me sens vieux.

C’est clair pour moi, pas question de voter pour l’ectoplasme, je peux pas. Au-dessus de mes forces. Le bulldozer, j’ai un blocage. Pourtant cette fois-ci, mes électeurs m’ont pas suivi au premier tour. Le Pen en tête dans la circonscription. Ca va être dur pour le gamin en juin. Surtout qu’il est du genre un peu mou, un gentil garçon. Ils vont le manger tout cru. Même s’ils mettent une bille en face. Je veux bien l’aider encore un peu, mais il a déjà du mal à trouver une suppléante. Alors gagner des voix sur le Front National, je le vois mal.

Le 7 mai, je vais m’abstenir. L’abstinence, l’abstention, jamais pratiqué de ma vie. Ce serait une première. Mais là, y a pas d’autre choix. Heureusement que le 18 juin, tout sera fini pour moi. Je jette l’éponge, c’était prévu comme ça de toute manière, mais franchement là, je peux plus. « La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. » Cette fois-ci, je vais me laisser mourir, je ne veux plus mentir.

print

5 commentaires sur Voyage au bout de l’Assemblée, par le député X.

  1. c’est un peu comme une lettre anonyme quand on ne sait pas qui c’est, l’impact n’est pas le même………..puisque vous dites être au bout de votre carrière politique, vous n’avez pas de représailles à craindre alors nommez vous ………..j’ai compris le message ….mais je pense que ces primaires ouvertes étaient la connerie de la décennie et qu’elles sont responsables de ce bordel………

  2. Merci M. le député d’avouer, même anonymement. Depuis trop longtemps les Français votent à reculons, cette fois-ci les “affaires” ont fait éclater le système. La base n’en peut plus de financer la gabegie et les privilèges de cette élite qui n’a rien dans la tête. Qu’est-ce qu’est la droite aujourd’hui ? Elle ne sait même plus ce que ces mots veulent dire. La gauche on la connaît que trop bien quoiqu’elle ait bien évolué du prolétariat à la gauche bobo, ce n’est plus la même chose, sauf que les impôts sont toujours le recours. Et là les 2 partis se sont bien entendus sur la méthode, de Juppé à Sapin. Quand on voit que tout ce beau monde sont prêts à sacrifier un gamin gentil à regarder mais qui n’a pas l’étoffe et surtout, qui ne connaît aucune limite dans quel que domaine que ce soit, prêt à jouer la France à pile ou face. Il aura le bouton nucléaire à portée de main dans quelques semaines ! Je tremble ! Où sont ces gens qui nous faisaient peur avec l’imprévisibilité de Trump ? Ses ans nous prémunisaient pourtant d’une catastrophe, mais Macron, avec son immaturité et ses envies d’expériences nouvelles sans limite, ce sera tout bon ! Est-ce que la presse et les financiers qui sont derrière vont gagner leur pari ? Pauvre pays ! Que mes aïeux qui ont tant donné pour le pays leur pardonnent, ils ne savent pas ce qu’ils font ! S’abstenir est un moindre mal, M. le député, mais il y a mieux à faire, cela ne fait pas photo !

  3. Un nouvel exercice littéraire de Mr verhague ou une véritable confession dans le genre:
    “je me confesse avant de me suicider( symboliquement ) en ne me représentant pas aux prochaines élections” ?
    Quoiqu’il en soit, à rien ne sert de pleurer sur le lait renversé.A devoir choisir à présent entre le chaos sociétal quasi immédiat aprés l’élection de l’une ou l’espoir d’une surprise heureuse quand à la qualité d’homme d’état de l’autre , je préfère encore la deuxième alternative. Bon courage à tous pour les années à venir.

  4. Et bien moi aussi je ferai de même, l’abstention coule de source!
    Hors de question que je vote pour cet #emmanuelhollande que j’ai combattu corps et âme pendant toute cette campagne!
    Filloniste dans l’âme je ne peux me résoudre à voter pour un banquier au discours creux, un pantin fabriqué qui finira la politique de sape de son père Hollande! La révolution arrivera vite j’en suis certaine! Elle sera dans la rue dès la rentrée…vive le Chaos ! droit devant…..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Macron est-il victime de la loi de Murphy? par Eric Verhaeghe

Temps de lecture : 3 minutesLa campagne de second tour d'Emmanuel Macron paraît plus compliquée que prévu, à tel point...

Fermer